POUR MOULIN-JOLI
Je suis le talisman de ces lieux de féeries :
Malheur à qui me détruira ;
Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries !
Un bon meunier autrefois me plaça
Sur le cours de cette onde pure ;
Un vieux curé me conserva ; Un couple heureux, ami de la nature,
Me prit en gré, me respecta.
Et dit, lorsqu'il me répara :
« Deviens le talisman de ces lieux de féeries :
IMalheur à qui te détruira ;
Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »
Il dit encore : « Ah ! crains que quelque jour Le faste destructeur, l'ignorance hardie, Pénétrant en ces lieux, n'usurpe ce séjour.
L'ignorance, avec industrie.
D'un air capable enlaidira
I. Cette maison de campagne appartenait à M. Watelet, de l'Acadcmie française, qui yavflit fait placer ces vers. {JNote des précédentes Éditions.)
Ce ([ue sans art, sans symétrie, La nature, en riant, de ses mains décora. Les détours ondoyans de ces rives fleuries,
Le faste les redressera; Ces arbres, de leurs bras couronnant les prairies,
Le faux goût les mutilera ; Ces réduits ombragés, propres aux rêveries,
Lin cœur faux les profanei'a ; Et partout la nature, insultée et flétrie,
En détestant la barbarie.
De ce séjour disparaîtra.
Ah î sois le talisman de ces lieux de féeries :
Malheur à qui te détruira;
Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »