‹ Œuvres de Delille (volume 3)Chapitre 55 sur 89 · POUR MOULIN-JOLI · texte numérisé non relu

POUR MOULIN-JOLI

Je suis le talisman de ces lieux de féeries :

Malheur à qui me détruira ;

Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries !

Un bon meunier autrefois me plaça

Sur le cours de cette onde pure ;

Un vieux curé me conserva ; Un couple heureux, ami de la nature,

Me prit en gré, me respecta.

Et dit, lorsqu'il me répara :

« Deviens le talisman de ces lieux de féeries :

IMalheur à qui te détruira ;

Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »

Il dit encore : « Ah ! crains que quelque jour Le faste destructeur, l'ignorance hardie, Pénétrant en ces lieux, n'usurpe ce séjour.

L'ignorance, avec industrie.

D'un air capable enlaidira

I. Cette maison de campagne appartenait à M. Watelet, de l'Acadcmie française, qui yavflit fait placer ces vers. {JNote des précédentes Éditions.)

Ce ([ue sans art, sans symétrie, La nature, en riant, de ses mains décora. Les détours ondoyans de ces rives fleuries,

Le faste les redressera; Ces arbres, de leurs bras couronnant les prairies,

Le faux goût les mutilera ; Ces réduits ombragés, propres aux rêveries,

Lin cœur faux les profanei'a ; Et partout la nature, insultée et flétrie,

En détestant la barbarie.

De ce séjour disparaîtra.

Ah î sois le talisman de ces lieux de féeries :

Malheur à qui te détruira;

Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »

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