‹ Œuvres de Delille (volume 3)Chapitre 59 sur 89 · A LA CÉLÈBRE MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

A LA CÉLÈBRE MADEMOISELLE

Lorsque du haut des voûtes éternelles Le roi des dieux venait aux demeures mortelles Chercher ou l'homme juste, ou la jeune beauté.

Sa modeste immortalité N'allait point, dédaignant le repos des cabanes.

Demander aux palais profanes

La pompeuse hospitalité.

Hôte indulgent, à son banquet céleste Où jamais ne siégea la douce égalité,

Il préférait d'un gîte agreste

L'innocente frugalité.

Là, dans l'incognito de la grandeur suprême, Oubliant pour un jour l'étiquette des cieux, Chez l'homme hospitalier, pauvre et religieux, Le chaume pour lambris, des fleurs pour diadème, Du miel pour ambroisie et du lait pour nectar,

En attendant que des chaumières Le doux sommeil vînt fermer ses paupières, Jupiter dételait les aigles de son char ;

Et sans projets, et sans tonnerre.

Laissant aller le monde et rouler le Destin,

En simple habitant de la terre, Du pauvre laboureur partageait le festin ; Mais au départ (Baucis en offre un grand exemple). Le voyageur sacré, de ce rustique lieu Changeait l'obscur asile en un superbe temple,

Et payait son écot en dieu.

Vous êtes plus puissante encore et plus modeste ;

Et mon poétique taudis, Grâce à vos traits divins, à votre voix céleste,

Devient pour moi le paradis.

EPITRE

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