‹ Œuvres de Delille (volume 3)Chapitre 60 sur 89 · A M. DE BRULE · texte numérisé non relu

A M. DE BRULE

Perdreaux exquis, vers pleins de grâce, Les fruits de votre veine et ceux de votre chasse Dans notre humble logis arrivent à-la-fois. Ainsi le dieu qui d'un heureux délire Dans mes beaux ans m'animait quelquefois, Partage avec vous son empire :

Poète, vous touchez sa lyre ; Chasseur, vous portez son carquois.

Pour moi qui, sur les monts, dans les plaines riantes, Sous la fraîche épaisseur des forêts ondoyantes, Promenant mes rêves chéris, Poursuis des vers, et non pas des perdrix :

3fiO PO KSI ES

Qui, dans les airs laissant l'oiseau rapide, Le lièvre dans son gîte, et le cerf dans ses bois ; Qui, chasseur paresseux et rimeur intrépide,

Chaque soir reviens sous mes toits Mon portefeuille plein, ma gibecière vide, Entre vos deux talens s'il fallait faire un choix. Au lieu de dépeupler ces terres giboyeuses. De vos festins à la gaîté si chers

Inépuisables pourvoyeuses, Fidèle au dieu du chant que dès long-temps je sers. Je l'avouerai, pour ma Muse indigente,

A vos poétiques concerts J'aimerais mieux voler quelqu'un des jolis airs

Que votre Muse négligente

Adresse à l'écho des déserts :

Gardez donc votre chasse, et laissez-moi vos vers.

Page 1