‹ Œuvres de Delille (volume 3)Chapitre 69 sur 89 · I. L'édition de poche (|iockct) du pocmc des Jardim · texte numérisé non relu

I. L'édition de poche (|iockct) du pocmc des Jardim

Est Un coup d'oeil du prince, un sourire, un cordon. Même avant ses quartiers, il compte ses services,

Se pare de ses cicatrices.

Un brancard, décoré de ses sanglans lambeaux.

Un trophée ennemi conquis dans les batailles, Des grenadiers en pleurs suivant ses funérailles ,

Le flattent plus qu'un fastueux cercueil, Les pompes de la mort et le luxe du deuil ; Il aime l'héroïsme, abhorre la bassesse J

En vain Plutus, entouré de trésors,

Au dieu d'hymen ouvre ses coffres-forts ;

Il veut pour dot, au lieu de la richesse,

Un nom sans tache, un rang, et la sagesse ; Il est souvent l'espoir des peuples abattus. L'aiguillon des talens et l'ame des vertus. Mais aussi qu'un grand choc ébranle un grand empire.

L'honneur lui-même à sa perte conspire.

L'opinion, simulacre du jour.

L'opinion, divinité frivole,

Entend sa voix ; il commande : elle vole De l'église au barreau, de la ville à la cour ; Poursuit delà les mers sa course vagabonde ;

Nègres et blancs s'arment en un clin d'œil; Le sang rougit la terre et l'onde ; Les champs, les cités sont en deuil :

On est brouillon par mode et méchant par orgueil. Malgré les changemens qu'a subis ce théâtre, Sur ce terrain mouvant, sous ce ciel orageux, Vos yeux surpris verront la jeunesse folâtre

Et l'allégresse opiniâtre Recommencer ses bals, ses danses, et ses jeux,

Que sa longue enfance idolâtre.

Tel le voyageur curieux Qui d'un volcan horrible Vient observer l'explosion terrible, Sur les bords du cratère, interroge en tremblant Les cavités de l'abîme brûlant; Les points d'où partit l'incendie, Où la lave s'est refroidie ; Mais, parmi ces monts menaçans, Où dans les tourbillons de ces feux ëtouffans Le gouffre ensevelit les mânes De leurs femmes, de leurs enfans , Bientôt il voit les bergers triomphans Rétablir en chantant leurs antiques cabanes ; Y reconduire leui's troupeaux, Reprendre leurs joyeux pipeaux ; Sur la terre encor mugissante, Les gazons refleuris, la moisson renaissante,

L'industrie appelant les arts, Les superbes cités relevant leurs remparts, Les églises leurs tours, et les arbres leur faite, Et la nature en deuil, et la nature en fête. Ainsi, d'un œil surpris, et des biens et des maux Vous contemplerez les tableaux.

Par un moins bizarre assemblage.

Quelque pinceau capricieux Sur un même visage.

Pour amuser nos yeux, Aux traits du rieur Démocritc Dnirait ceux du pleureur Heraclite; Et sur ces murs Voltaire aurait écrit :

C'est Jean qui pleure, et Jean qui rir. Sans cesse menacé par l'Océan qu'il brave, Tel vous ne verrez point l'industrieux Batave : Le travail, la sagesse, et toutes les vertus,

Entre leurs mains fidèles, Tiennent chez lui la clef du temple de Plutus. Il respecte les lois et les mœurs paternelles ; Dans son terrain, conquis sur l'abîme des flots, Doublement enrichi par la terre et les eaux,

Il est frugal au sein de l'abondance; Hardi spéculateur, guidé par la prudence. Son industrie est son trésor.

Son crédit est l'économie ; Dans l'avenir il rejette la vie ; Seul il règne au milieu de ce monde amphibie. Commande aux élémens, mais obéit à l'or. Fier de sa propreté, de sa simple élégance.

Son luxe est sans extravagance ; La seule utilité dirige ses projets ;

Pour lui les prés ne sont que des pâtures, Les chênes des sabords, et les pins des mâtures !

Les vents ne sont que des soufflets.

La mer un grand chemin, les vaisseaux des voitures.

A-dieu, chers nourrissons de la riche Angleterre ! Je vous ai transportés de votre heureuse terre,

Du séjour chéri de vos rois. De leurs simples palais, de leurs bosquets champêtres, Ornés par les vertus de leurs augustes maîtres,

Où le pouvoir siège à côté des lois, Au Louvre, où de Louis régnèrent les ancêtres ;

A ces jardins célébrés tant de fois,

Embellis par les arts, dessinés par Le Nôtre,

Beaux lieux tout-à-coup envahis Par un peuple qui fit son malheur et le notre.

Quand vous aurez visité mon pays, Revenez promptement être heureux dans le vôtre. Là, tout doit charmer les regards :

Ce pays est celui des arts, Des vertus, des lois protectrices, <^ui d'un bonheur égal font jouir tout l'Etat, Du roi, du peuple, et du sénat.

Inexorables bienfaitrices.

Revenez donc dans cet heureux séjour, Présent à votre esprit et cher à votre amour. Plus on parcourt le reste de la terre. Plus on apprend à chérir l'Angleterre.

Yers ces beaux lieux hâtez votre retour. Ainsi la vagabonde et frileuse hirondelle Que loin des noirs frimas Un printemps étranger appelle En de moins rigoureux climats, Revient, aime à revoir, se plaît à reconnaître Le champ qui la nourrit, le ciel qui la vit naître, Et ces murs paternels, et ces fragiles toits Que son vol rasa tant de fois

D'une aile familière, Et la solive hospitalière Qui soutenait son nid. Là, de son doux berceau. Le duvet la reçut ; là de sa tendre mère Le bec, pour son repas, lui portait un morceau Ou de mouche, ou de vermisseau.

Là, sa diligence attentive Dirigea son vol faible encor,

Enhardit son aile craintive

A prendre son premier essor ; Ce lieu, de son enfance ancien dépositaire, Sera de ses neveux l'empire héréditaire ; Pères, mères, enfans, au printemps réunis, Y viendront faire encore et l'amour et leurs nids.

Revenu de ces incartades, Le pèlerin ailé fait à ses camarades Ces récits curieux, utiles, ou nouveaux: Où sont les plus beaux grains et les plus belles eaux,^

Où chantent le mieux les oiseaux,

Où sont les plus douces peuplades, Où l'horrible vautour, où l'avide épervier Troubla le moins ses douces promenades.

Ce toit qui le vit essayer Et son instinct novice et sa plume nouvelle. Qui jeune encor l'entendit bégayer La chanson paternelle ; Où la douce habitude en secret le rappelle, Seul peut lui plaire, et seul peut l'égayer ;

Et la plus riante charmille,

Où, par la verdure séduit,

Le peuple des oiseaux fourmille, Plait moins à ses regards que cet humble réduit, Et ces toits enfumés, berceau de sa famille.

Aussi le zéphyr printanier

En vain revient le convier

A quitter sa poutre chérie ; Si long fut son exil! si douce est sa patrie I Il partit vagabond, il revient casanier. Ainsi le voyageur, que loin de son foyer

Un instinct curieux exile,

Avec transport retrouve son asile;

C'est là qu'il veut vivre et mourir. Pourquoi Chercherait-il encor les terres étrangères, Chez d'autres nations et sous une autre loi?

La défiance est mère de l'effroi.

Les changemens de lieu ne nous profitent guères : On peut s'instruire ailleurs; on ne vit que chez soi.

INSCRIPTION

Mise au bas la statue de Louis XV, sur la place de Reims.

De l'amour des Français éternel monument,

Instruisez à jamais la terre, Que Louis en ces murs jura d'être leur père,

Et fut fidèle à son serment.

VERS

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