‹ Œuvres de Delille (volume 3)Chapitre 9 sur 89 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

De bonne heure apprit à plier Au joug d'une règle sévère Son caractère moutonnier ; Lequel de nous, malgré sa chaire dominante, Sa coiffure carrée et sa robe imposante, Sur le nez du régent faisait d'un doigt hardi Voler le pain en boulette arrondi.

Sans pesanteur, sans morgue doctorale, Souvent nous raisonnions des lois, de la morale, Des défauts de l'esprit et des vices du cœur. De la science, peu commune, D'unir la gloire et le bonheur ; Du grand chemin de la fortune.

Du sentier étroit de l'honneur :

Aucun, par un babil frivole, Sur son voisin n'usurpait la parole ; Chacun parlant, se taisant à son tour, Du discours circulaire attendait le retour ; Et comme ces pinces fidèles Qui, des tisons de mon ardent foyer,

De temps en temps, pour m'égayer, Font pétiller les vives étincelles.

Par un commun accord passaient de main en main :

Ainsi venant, revenant à la ronde.

L'entretien, tour-à-tour sérieux ou badin, Sans désordre suivait sa marche vagabonde.

Et faisait jaillir à propos Le feu de la saillie et l'éclair des bons mots.

De ces aimables causeries.

Qui me charmèrent tant de fois.

J'ai conservé les images chéries ;

J'en g-oûtai les plaisirs ; j'en dicterai les lois.

Dans les sociétés et les âges antiques,

Causeï' fut le premier des plaisirs domestiques ;

Et dans cette altière cité, Mère du despotisme et de la liberté,

Dont les bandes républicaines, Aux bords de l'Eurotas, aux rives africaines, A travers les débris de vingt trônes divers, Allaient porter ses lois, ses drapeaux et ses fers ; Si du Forum les fougueuses cabales, Ou du sénat les discordes fatales.

Ou les attentats des médians.

Les avaient exilés dans leurs maisons des champs, Ce qui restait d'illustres personnages,

Édiles, consuls, dictateurs.

Magistrats renommés, ou fiers triomphateurs ;

Sitôt que dans leurs paysages Les bosquets paternels reprenaient leurs ombrages, De leur sainte union resserrant les liens, Chaque jour renouait leurs graves entretiens. Là n'étaient point traités ces objets inutiles. Ces petits intérêts, ces nouveautés futiles, Qui des grandes cités composent les rumeurs ; De la mode du jour le caprice fantasque. Ou les plis d'une toge, ou les plumes d'un casque :

. Les bonnes lois, les bonnes mœurs.

Le chemin du bonheur, la route de la gloire ; Les règles de la vie et de l'art oratoire;

Les grands tableaux de la terre et des cieux ; Les droits des citoyens, la natui'e des dieux, La constante amitié, la ti-anquille vieillesse,

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