V.633. L'ENÉIDE, LIVllE VII
Telle , (jiiantl LatiMUS détruit son espérance , Du superbe Turnus s'irrite la vaillance. Il veut d'un prince ingrat attaquer les remparts , Ordonne que dans l'air flottent ses étendards , Qu'à sauver l'Italie à l'envi tout conspire , Qu'un perfide étranger soit chassé de l'empire. Les Troyens , les Latins ne l'épouvantent pas ; Contre deux nations il suffit de son bras. Il dit , court aux autels , présente son hommage. Tout son peuple irrité seconde son courage : L'un vante en lui ce sang iàsu de tant de rois , Celui-ci sa beauté , celui-là ses exploits.
Tandis qu'au fier Rutule , armé pour sa vengeance , L'audacieux Turnus inspire sa vaillance , L'horrible Alecton vole embraser les Troyens ; Et son art a recours à de nouveaux moyens. Ce jour, dans les forêts et le long des rivages , Ascagne poursuivait leurs habitans sauvages , Tantôt les surprenant en des pièges adroits , Tantôt d'un pied léger les suivant dans les bois ; Et , tandis que ses chiens , pleins d'adresse ou d'audace , De leur timide proie interrogent la trace , Alecton, tout-à-coup irritant leur ardeur, D'un cerf au front altier leur apporte l'odeur ; Son art fatal ainsi cherche à troubler la terre , Et donne dans les champs le signal de la guerre. Les enfans de Tyrrhée , honneur de ces hameaux , A qui le roi commit le soin de ses troupeaux , Avaient , tout jeune encor, dérobé sous sa mère Cet hôte des forêts élevé chez leur père. Leurs yeux avec plaisir avaient vu sous leurs toits Croître sa jeune tête et l'orgueil de son bois ;
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Errabat silvis , rursusque ad limina nota Ipse domum sera quamvis se nocte ferebat. Hune procul errantem rabidae venantis luli Commovere canes , fluvio cum forte secundo Deflueret , ripaque asstus viridante levaret. Ipse etiam , eximiœ laudis succensus amore , Ascanius curvo direxit spicula cornu :
Nec dextrae erranti deus abfuit ; actaque inulto Perque uterum sonitu perque ilia venit arundo. Saucius at quadrupes nota intra tecta refugit , Successitque gemens stabulis ; questuque , cruentus , Atque imploranti similis, tectum omne replebat.
Silvia prima soror, palmis percussa lacertos , Âuxilium vocat, et duros conclamat agrestes. Olli ( pestis enim tacitis latet aspera silvis ) Improvisi adsunt ; hic torre armatus obusto, Stipitis iiic gravidi nodis : quod cuique repertum Himanti, telum ira facit. Vocat agmina Tyrrheus,
Surtout leur jeune sœur, la charmante Silvie ,
Eu faisait le plaisir, le bonheur de sa vie ;
Elle enlaçait des fleurs à son front jeune et fier,
Choisissait pour son bain le ruisseau le plus clair.
Le lavait dans ses flots, le séchait au rivage,
Tous les jours de sa main peignait son poil sauvage ;
îl vivait à sa table , accourait à sa voix ;
Libre dans la journée , il errait dans les bois ;
Et vers la fin du jour, bondissant d'allégresse ,
Lui-même revenait retrouver sa maîtresse.
Ce jour, comme il suivait le frais courant des eaux
Ou reposait sur l'herbe au bord des clairs ruisseaux ,
Les chiens, qui pleins d'ardeur erraient dans la campagne.
De cette belle proie avertirent Ascagne ,
Et vers elle leurs cris dirigèrent ses pas.
Soudain , impatient de signaler son bras ,
Vers le noble animal couché sur la verdure
Son arc a fait voler une flèche trop sûre :
Alecton la guidait. Le trait part en sifflant.
Et du cerf qui sommeille il va percer le flanc.
Lui , tout ensanglanté de la fatale atteinte ,
Accourt à son asile , et par sa triste plainte ,
Gémissant, l'œil en pleurs , la flèche dans le sein ,
De ses maîtres chéris semble implorer la main.
Silvie entend ses cris ; elle accourt la première ;
Elle accourt , elle voit la flèche meurtrière ;
Elle frappe son sein , invoque à haute voix
Ses frères , ses amis , dispersés dans les bois ;
Alecton la seconde. A l'instant tout s'assemble;
Diversement armés, ils accourent ensemble :
Ici c'est un tison tout noirci par les feux,
Lit des pieux aiguisés , là des rameaux noueux ;