V. 793. L'EN EIDE, LIVKE VII. 2i
u Connaissez les Troyens, dit-il , cl leurs victimes ! Ces cadavres sanglans déposent de leurs crimes : Et ce double attentat reste encore impuni ! Le trône attend Encc , et Turnus est banni ! »
Ces mots ont rallié tous ceux de qui les mères Accompagnent la reine à ses sacrés mystères ; Tous importunent Mars de leurs cris furieux , Tous veulent des combats réprouvés par les dieux. Les dieux parlent en vain , et la rage l'emporte. De Latinus en foule on assiège la porte ; Calme , il voit sans pâlir leurs efforts menaçans : Tel un roc est battu par les flots impuissans ; En vain autour de lui les vents ligués rugissent , En vain contre ses flancs mille vagues mugissent ; Lui, tandis qu'à ses pieds fléchissent les roseaux^ Tranquille , et défiant la colère des eaux , Aux coups de la tempête il oppose sa masse. Mais enfin , quand il voit leur sacrilège audace L'emporter sur les dieux qu'il attestait en vain , Et la fière Junon triompher du destin : « Dieux, éloignez de nous l'orage qui s'apprête! Dit-il : en vain j'ai cru surmonter la tempête , Je suis vaincu. Mais vous qui renversez l'état , Combien vous paîrez cher votre horrible attentat ^ Et toi, Turnus, et toi, quels orages t'attendent I Tu n'arriveras pas où tes fureurs prétendent ; Malheureux ! tu mourras proscrit , désespéré , Levant trop tard au ciel ton bras déshonoré. Pour moi, je touche au port, j'ai fini ma carrière. Puisse une prompte mort , abrégeant ma misère , Épargner à mon cœur ces tableaux douloureux , Et que je meure enfin d'un trépas moins affreux ! »