‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 104 sur 114 · V. :'.) L'ENEIDE, LIVRE VII · texte numérisé non relu

V. :'.) L'ENEIDE, LIVRE VII

Il s'agile , il bonclil dans ses prisons profondes , Et jusqu'au ciel enfin lance ses vastes ondes.

On se mêle : aussitôt tombe le brave Almon , Premier fils de Tyrrhée , espoir de sa maison ; Et , sortant h grands flots sous la flèche ennemie , Son sang arrête l'air, la parole et la vie. Sur ce corps expirant s'entassent mille corps. Un mortel s'opposait à ces premiers transports ; C'est le vieux Galésus, fameux par sa sagesse , Et de qui la justice égalait la richesse : Cent coutres exerçaient ses robustes taureaux ; Dans ses prés mugissaient ou bêlaient vingt troupeaux. Vaine richesse , hélas ! Répandu par la guerre , De cet homme de paix le sang rougit la terre.

Tandis que dans les champs règne un massacre égal , Celle qui du carnage a donné le signal , Du sang qu'elle a versé savourant les prémices , Se promet en secret de plus grands sacrifices ; Et, s'enorgueillissant de ses heureux essais , Elle court à Junon raconter ses succès : « Reine des dieux, dit-elle avec une voix fière , Mes mains à la discorde ont ouvert la carrière ; Le sang de l'Ausonie a souillé les Troyens : De la paix maintenant renouez les liens ! Le fer les a tranchés. Si Junon le désire , Je ferai plus encor : bien loin de cet empire J'irai par de faux bruits, de sinistres rumeurs , De la soif des combats embraser tous les cœurs : Cent cités marcheront de carnage affamées , Et la terre à ma voix vomira des armées. — C'est assez , dit Junon ; ces préludes heureux Me sont un sûr garant du succès de mes vœux.

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Talia conjugia et taies célèbrent hymenœos Egregium Veneris genus et rex ipse Latinus. Te super setherias errare licentius auras Haud pater ille velit summi regnator Olympi ; Cède locis : ego , si qua super fortuna laborum est , Ipsa regam. » Taies dederat Saturnia voces.

Illa autem attoUit stridentes auguibus alas , Cocytique petit sedem , supera ardua linquens. Est locus , Italiaî medio sub montibus altis , Nobilis , et fama multis memoratus in oris , Amsancti valles ; densis hune frontibus atrum Urget utrimque latus nemoris , medioque fragosus Dat sonitum saxis et torto vortice torrens. Hic specus horrendum , ssevi spiracula Ditis, Monstratur ; ruptoque ingens Acheronte vorago Pesliferas aperit fauces , queis condita Erinnys , Invisum numen , terras cœlumque levabat.

Nec minus interea extremani Saturnia bello Imponit regina manum. Ruit omnis in urbem Pastorum ex acie numerus : caesosque reportant , Almonem puerum , fœdatique ora Galsesi ; Iniplorantque deos , obtestanturque Latinum. Turnus adest , medioque in crimine csedis et ignis

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Lin premier sang versé vient de rougir la lerre ; Rien dans son cours fougueux n'arrêtera la guerre : Qu'ainsi traitent ensemble, aux dépens de Turnus , Et le roi des Latins et le fils de Vénus ] Pour ne pas irriter le souverain du monde , Toi , regagne à l'instant ta demeure profonde ; Sur le trône des cieux gardons de le braver. Va, pars; tu commenças, c'est à moi d'achever. »

Ainsi parle Junon. La terrible immortelle , Secouant les serpens qui sifflent sous son aile , Pour regagner le Styx , descend du haut des airs. Au sein du Latium, sous des rochers déserts. S'étend un noir vallon où des feuillages sombres Entretiennent l'horreur de leurs épaisses ombres ; Partout l'œil y rencontre un deuil majestueux. Sous leur voûte funèbre un torrent tortueux Roule, et battant les rocs de ses eaux vagabondes , Fatigue les échos du fracas de ses ondes. Là, des vapeurs du Styx empoisonnant les airs , S'ouvre un antre profond , soupirail des enfers , Du séjour ténébreux épouvantable entrée.

Là , dirigeant son vol , la déesse abhorrée Plonge , et dérobe au jour son visage odieux , Et soulage en partant et la terre et les cieux.

Junon n'en suit pas moins ses projets de vengeance. D'agrestes combattans bientôt un peuple immense Court à Laurente , étale aux yeux épouvantés D'Almon , de Galésus les corps ensanglantés ; Galésus moissonné dans sa noble vieillesse , Almon pleuré des siens dans sa tendre jeunesse. Tous implorent les dieux, tous conjurent le roi. Turnus soudain se montre , et redouble l'effroi :

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Terrorem ingciniiiat : Teucros in régna vocari , Stirpem admisceri Phrygiani ; se limine pelli.

Tuni, quorum attonitœ Baccho nemora avia malics Insultant thiasis , neque enim lève nomen Amaliv , Undique collecti coeunt, Martemque fatigant. Ilicet infandum cuncti contra omina belium , Contra fata deum , perverso numine poscunt : Certatim régis circumstant tecta Latini. 111e, velut pelagi rupes immola , resistit ( Ut pelagi rupes , magno veniente fragore ) , Quîe sese , multis circum latrantibus undis , Mole tenet: scopuli nequidquam et spumea circum Saxa fremunt , laterique illisa refunditur alga. Verum , ubi nulla datur caecum exsuperare potestas Consilium , et sœvae nutu Junonis eunt res , Multa deos aurascjue pater testatus inanes : « Frangimur heu! fatis, inquit, ferimurque procella. Ipsi bas sacrilego pendetis sanguine pœnas , O miseri I te , Turne , nefas , te triste manebit Suppliai uni ; votisque deos venerabere seris. Nam mihi parta quies ( omnisque in limine porlUî ) , Funcrc fcliri spolior. » Ncr plura loculus ,

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