‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 15 sur 114 · V. 5o5. L'ÉNEJDE, LIVRE IV · texte numérisé non relu

V. 5o5. L'ÉNEJDE, LIVRE IV

L'un , dès que l'onibrc humide enveloppe les cieux , Terrible et menaçant se présente à mes yeux ; L'autre à mille remords livre en secret mon âme , Je l'enlève aux grandeurs que son destin réclame. Dans ce moment encor le fils de Jupiter, J'en atteste et mon père et cet enfant si cher, A mes yeux éblouis se dévoilant lui-même , A fait sur moi des dieux tonner l'ordre suprême ; Fait parler le destin, la gloire, le devoir : Je crois l'entendre encor, je crois encor le voir. N'irritez plus vos maux et ma douleur profonde ; Je vous quitte à regret pour l'empire du monde ; Et ce fatal départ , qui m'arrache au bonheur, Est l'arrêt du destin , non le vœu de mon cœur. »

Durant ces mots , Didon , dévorant son offense , A peine à contenir sa longue impatience ; Avec le froid dédain de son courroux altier, Le mesure des yeux , le parcourt tout entier, Se détourne en silence, et de sa sourde rage En ces mots à la fin laisse éclater l'orage : « Non, tu n'es point le fils de la mère d'Amour , Au sang de Dardanus tu ne dois point le jour. N'impute point aux dieux la naissance d'un traître ; D'une race divine un monstre n'a pu naître : Moins horrible que toi, le Caucase en fureur De ses plus durs rochers fît ton barbare cœur ; Et du tigre inhumain la compagne sauvage , Cruel 1 avec son lait t'a fait sucer sa rage. Car enfin , qui m'arrête ? Après ses durs refus , Après tant de mépris, qu'attendrais-je de plus? Auteur de tous mes maux , a-t-il plaint mes alarmes ? Ai-je pu de ses yeux arracher quelques larmes?

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