V. 3i5. L'ENEIDE, LIVRE V
L'autre, heureux par l'audace , ose cncor davantage; Son espoir lait sa lorce ; et, grâce à son courage , Peut-être un même honneur égalait ces rivaux , Si Cloanthe , étendant ses deux bras vers les eaux , N'eut invoqué les dieux de ces plaines profondes : ^ « Humides habitans de l'empire des ondes ! Heureux dominateurs de ces mers où je cours ! Si je dois la victoire à vos divins secours, Oui , j'en fais vœu ; pour prix de cet honneur suprême , J'inniiole un taureau blanc sur ce rivage même , Je jette dans les mers ses intestins fumans , Et mêle un pur nectar à leurs flots écumans. »
n dit : et , des palais de la mer azurée , Les agiles Tritons, les filles de Nérée , Entendirent sa voix. De sa puissante main Palémon le seconde; il le pousse ; et soudain , Plus rapide qu'un trait , sa nef obéissante Court , vole, et dans le port arrive triomphante.
Le fils d'Anchise alors , aux accens du clairon , De Cloanthe vainqueur fait proclamer le nom : Le nom victorieux de toutes parts résonne. Du laurier verdoyant lui-même il le couronne. Ensuite il fait conduire à chacun des vaisseaux Et l'argent , et le vin , et trois jeunes taureaux. Les chefs ont leur tribut. Au vainqueur il présente Un vêtement guerrier où la pourpre éclatante Bordant un tissu d'or par un double contour. En deux bandes s'alonge et serpente alentour. Sur ce tissu l'on voit, armé de traits rapides , Ganymède à grands pas presser les daims timides ; Echauffé, hors d'haleine, et le feu dans les yeux , l\ semble respirer : l'oiseau du roi des dieux