‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 34 sur 114 · V. 347. L'KNEIDE, LIVRE V · texte numérisé non relu

V. 347. L'KNEIDE, LIVRE V

L'observe, fond sur lui , le saisit et l'enlève : Ses gouverneurs , levant les bras vers leur élève , Le suivent vainement de leurs yeux, attendris , Et ses chiens étonnés l'appellent à grands cris. Celui de qui l'adresse a la seconde place Reçoit pour récompense une riche cuirasse Dont l'or à triple maille a formé le tissu. Le héros généreux dont sa main l'a reçu , Enée , aux bords du Xanthe et sous les murs de Troie , Avait au fier Démole arraché cette proie. Surpris de sa richesse et de sa pesanteur, Aux bras impatiens du fier triomphateur Ensemble la portaient Sagaris et Phégée : De ce prix glorieux leur épaule chargée Fléchit sous le fardeau ; mais Démole autrefois Poursuivait les Troyens sans en sentir le poids. Deux grands bassins d'airain , deux coupes qu'embellissent Des figures d'argent dont les formes saillissent , Du troisième vainqueur couronnent les efforts. Déjà, tout glorieux et fiers de leurs trésors, Ils revenaient contens, quand le triste Sergeste, Avec peine arraché de sa roche funeste , Honteux et dépouillé d'un rang de ses rameurs , Seul , au milieu des ris , au milieu des clameurs , Entraînant les débris de son vaisseau débile , S'avance lentement. Tel on voit ce reptile Qu'une rapide roue au milieu du chemin A surpris , traversé de son cercle d'airain , Ou que le voyageur, sous le poids d'une pierre , A laissé tout sanglant et meurtri sur la terre; En longs élancemens il se fatigue en vain ; Terrible d'un côté , l'œil ardent, l'air hautain , 3. - 7

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Nexantcm nodis seque in sua menibra plicantcin : Tali remigio navis se tarda movebal; Vêla facit tamen , et velis subit ostia jDlenis. Sergestum ^neas promisse munere donat, Servatam ob navem laetus sociosque reductos. Olli serva datur operum haud ignara Minervae , Cressa genus Pholoe , geminique sub ubere nati.

Hoc pius yEneas misso certamine tendit Gramineum in campum , quem collibus undique curvis Cingebant silvse ; mediaque in valle theatri Circus erat , quo se multis cum millibus héros Gonsessu médium tulit , exstructoque resedit. Hic qui forte velint rapido contendere cursu Invitât pretiis animos , et praemia ponit. Undique conveniunt Teucri , mixtique Sicani : Nisus et Euryalus primi ; Euryalus forma insignis viridique juventa , Nisus amore pio pueri : quos deinde secutus Regius egregia Priami de stirpe Diores : Hune Salius, simul et Patron ; quorum aller Acarnan , Âlter ab Arcadio Tegeœae sanguine gentis : Tum duo Trinacrii juvenes , Helymus Panopesque , Assueti silvis , comités senioris Acestae :

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Il siffle , il s'enfle , il lève une orgueilleuse tête ; Mais de l'autre côté , que sa blessure arrête , Il rampe , et, par cent plis l'un sur l'autre coulés , Courbe et recourbe en vain ses restes mutilés : Tel le vaisseau boiteux se traînait avec peine. Au défaut des rameurs la voile le ramène , Et le port avec joie accueille ses débris. Sergeste du héros obtient lui-même un prix. Une esclave crétoise acquitte le courage Qui garantit sa nef et sauva l'équipage ; Aux travaux de Minerve on instruisit sa main , Et deux enfans jumeaux se jouaient sur son sein.

Ce combat terminé , le monarque de Troie Vers un vallon où l'herbe en tapis se déploie , Et qu'enferme un coteau de forêts couronné , D'une foule nombreuse avance environné.

Au milieu , préparé des inains de la nature , L'n théâtre présente un trône de verdure. Là , suivi par le peuple , et dominant ses flots , Marche pompeusement , et s'assied le héros : Puis, des deux nations invitant la jeunesse , De tous ceux que signale une agile vitesse , Par de riches présens et par des prix flatteurs , Au combat de la course il excite les cœurs. Troyens, Siciliens, aussitôt tout s'apprête. Euryale et Nisus s'avancent à leur tête : Euryale , beau, jeune et frais adolescent; Nisus , le digne ami de ce héros naissant : Après eux , Diorès , né des rois de Pergame ; Puis Patron , Salius , qu'un même espoir enflamme ; L'un de l'Acarnanie abandonna les champs ; A l'autre l'Arcadie enseigna ses doux chants.

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"Multi priietorea quos fama obscura recondil. \

.^neas quibus in mediis sic deinde loculus : « A.ccipite haec animis, iœtasque advertite mentes : Nemo ex hoc numéro mihi non donatus abfbit. Gnosia bina dabo levato lucida ferro Spicula , cîfilatamque argento ferre bipennem : Omnibus hic erit unus honos. Très prœmia primi Accipient, flavaque caput nectentur oliya. Primus equum phaleris insignem victor habeto. A.lter Amazoniam pharetram, plenamque sagittis Threieiis, lato quam circumplectitur auro Balteus, et tereti subnectit fibula gemma. Tertius A.rgoHca hac galea contentus abito. »■

Haec ubi dicta, locum capiunt : signoque repente Corripiunt spatia audito , limenque rehnquunt Effusi nimbo similes ; simul ultima signant. Primus abit , longeque ante omnia corpora Nisus Emicat , et ventis et fuhninis ocior alis. Proximus Iniic , longo sed proximus intervallo ,

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Après eux de chasseurs vient une troupe agile , Hélymus et Panope , entans de la Sicile , Tous deux du vieux Aceste assidus compagnons ; Et d'autres dont l'oubli nous a caché les noms.

« Généreux combattans , prêtez-moi tous l'oreille , Et dans vos jeunes cœurs qu'un doux espoir s'éveille , Dit le prince troyen : et vaincus et vainqueurs D'un prix commun à tous obtiendront les honneurs ; Tous auront une hache où l'art surpasse encore , Par un travail exquis, l'argent qui la décore. J'y joins deux dards crétois du fer le plus luisant : Tous, quel que soit leur sort, obtiendront ce présent. Les trois qu'aura d'abord couronnés la victoire Auront leur prix à part aussi bien que leur gloire ; Et , remportant les dons qui leur sont destinés , Des rameaux de Pallas marcheront couronnés. Un superbe coursier, et son riche équipage , Du plus léger de tous sera l'heureux partage. L^n carquois d'Amazone , avec sa chaîne d'or. De ses flèches de Thrace enfermant le trésor, Et que noue en agrafe une pierre éclante ; Du second des vainqueurs satisfera l'attente. De ce casque , qu'un Grec perdit eu combattant , Que le troisième enfin s'en retourne content. »

Il dit : et , de ses yeux mesurant la carrière , Chacun des combattans se place à la barrière. Le signal est donné : dociles à ses lois , Tous , comme un tourbillon , sont partis à la fois. Plus léger que les vents , que l'aile du tonnerre , A leur tète INisus vole , et rase la terre: Salius de bien loin suit ce rival heureux : Euryale lui cède , Hélymus à tous deux :

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Insequitur Salius. Spatio post deinde relicto , Tertius Euryalus.

Euryalumque Helymus sequitur. Quo deinde sub ipso Ecce volât, calcemque terit jam calce Diores, Incumbens humero : spatia et si plura supersint , Transeat elapsus prior, ambiguumve relinquat. Jamque fere spatio extremo fessique sub ipsam Fineca adventabant , levi quum sanguine Nisus Labitur infelix; caesis ut forte juvencis Fusus humum viridesque super madefecerat herbas. Hic juvenis , jam victor ovans , vestigia presse Haud tenuit titubata solo ; sed pronus in ipso Concidit immundoque fimo sacroque cruore.

Non tamen Euryali , non ille oblitus amorum ;

Nam sese opposuit Salio , per lubrica surgens.

Ille autera spissa jacuit revolutus arena.

Emicat Euryalus, et munere victor araici*

Prima tenet, plausuque volât fremituque secundo.

Post Helymus subit , et nunc tertia palma Diores.

Hic totum cavèœ consessum ingentis et ora

Prima patrum magnis Salius clamoribus implet ;

Ereptumque dolo reddi sibi poscit honorem.

Tutatur favor Euryalum , lacrymaeque décorée ,

Gratior et pulcliro veniens in corpore virtus.

Adjuvat , et magna proclamât voce Diores ,

Qui subiit paimae , frustraque ad priemia venit

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yVprès lui Diorès laisse un léger espace ; Penché sur son épaule , il vole sur sa trace , Ses pieds touchent ses pieds , ses pas pressent ses pas; Et, si l'espace étroit ne le retenait pas , Bientôt il passerait celui qui le devance , Ou du moins laisserait la victoire en balance- Tout couverts de poussière, échauffés, palpitans, Déjà touchaient au but les jeunes combattans, Lorsqu'eii un lieu rougi du sang d'un sacrifice , Nisus , à qui le sort s'était montré propice, Déjà touchant la palme, et déjà sans rivaux, Sur le terrain trempé du meurtre des taureaux Glisse, et, se débattant sur ses jambes tremblantes. Tombe , et roule étendu sur les herbes sanglantes. Mais , s'il perd la victoire , Euryale vainqueur. Son Euryale au moins consolera son cœur. Du sol qui l'a trahi soudain il se relève , S'oppose à Salius dont la course s'achève. Dans son élan rapide avec force heurté , Salius à son tour tombe précipité.

,\ux soins de l'amitié fier de devoir sa gloire , Euryale court , vole, et saisit la victoire : Son succès réunit tous les cœurs , tous les vœux. Hélymus suit de près ses pas victorieux ; Et Diorès enfin triomphe le troisième.

Mais Salius réclame; et son dépit extrême, Aux premiers rangs du cirque adressant de longs cris , Revendique l'honneur que la ruse a surpris : Sa plainte, son mallieur, le bon droit, sont ses armes. Euryale a pour lui l'éloquence des larmes , Le vœu public séduit par d'aimables dehors , Sa naissante vertu , pins l)ello en un beau corps ,

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Ultima, si primi Salio redduntur honores.

Tum pater ^neas: « Vestra , inquit, munera vobis

Certamanent, pueri; etpalniam movet ordinenemo.

Me liceat casus miserari insontis amici. »

Sic fatus, tergum Gaetuli immane leonis

Dat Salio, villis onerosum atque unguibus aureis.

Hic Nisus : « Si tanta , inquit , sunt praemia victis ,

Et te lapsorum miseret ; quae munera Niso

Digna dabis ; primam merui qui laude coronani ,

Ni me , quae Salium , fortuna inimica tulisset ? »

Et simul his dictis faciem ostentabat , et udo

Turpia membra fimo. Risit pater optimus olli,

Et clypeum efferri jussit, Didymaonis artes,

jSeptuni sacro Danais de poste refixum.

Hoc juvenem egregium praestanti munere donat.

Post , ubi confecti cursus , et dona peregit : « Nunc , si cui virtus animusque in pectore prsesens Âdsit , et evinctis attoUat brachia palmis. » Sic ait ; et geminum pugnaî proponit honorem : Victori velatum auro vittisque juvencum ;

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Son modeste silence , et sa douce tristesse.

Diorès le seconde , il parle , il crie , il presse

Les juges du combat: arrivé le dernier,

11 perd , si Salius est nommé le premier,

Et la troisième palme , et la troisième place.

Le prince lui sourit, et, d'un ton plein de grâce,

« Vos prix sont assurés ; mais souffrez que mon cœur

D'un ami malheureux console la douleur. »

Il dit ; et Salius reçoit pour récompense

La peau d'un fier lion , dont la dépouille immense

Forme un riche trophée, et s'embellit encor

Et de ses crins touffus, et de ses ongles d'or.

« Ah ! si les vaincus même ont un si beau partage ,

Si de vous le malheur obtient un tel hommage ,

Que réservez-vous donc , s'écrie alors INisus ,

A moi qu'un même sort égale à Salius ,

Et qui j s'il ne l'obtient , mérite la couronne? »

Ainsi Nisus aux cris , aux plaintes s'abandonne ,

Et montre en même temps ses vêtemens mouillés ,

Et de fange et de sang ses bras encor souillés.

Le prince avec bonté l'accueille , le caresse ,

Choisit un bouclier, dépouille delà Grèce,

Au souverain des mers autrefois consacré ,

Et que Didymaon lui-même a décoré ;

Met aux mains de INisus cet admirable ouvrage ,

Et de sa chute ainsi console au moins l'outrage.

Quand le prince troyen à ces jeunes rivaux Eut fermé la carrière et payé leurs travaux : « Maintenant que celui qui brûle pour la gloire Vienne , le ceste en main , disputer la victoire. » Il dit ; et, pour flatter les vœux des concurrens, Leur propose deux prix , deux honneurs différens :

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