‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 44 sur 114 · V. 787. L'ENÉIDE, EIVKE V · texte numérisé non relu

V. 787. L'ENÉIDE, EIVKE V

Et des héros troyens , sur leurs jeunes visages , Les yeux avec transport retrouvent les images.

Le cirque est traversé : des spectateurs joyeux Long-temps leurs traits chéris ont enivré les yeux. Tout-à-coup un cri part , un fouet bruyant résonne : Les guerriers, attentifs au signal qu'on leur donne , Partent en nombre égal, et se rangent par trois; Rappelés par leur chef, reviennent à sa voix , Réunissent encor leurs bandes divisées, Et, baissant en avant leurs lances opposées, D'un escadron serré présentent le rempart : Tour à tour on s'éloigne , on revient , on repart , On s'aligne , on se mêle , on s'atteint , on s'évite ; C'est tantôt un combat , et tantôt une fuite ; Tantôt la paix suspend leur choc tumultueux* Tel , dans ce labyrinthe oblique et tortueux , Mille feintes erreurs , mille fausses issues , En un piège invisible adroitement tissues , De sentier en sentier , de détour en détour , Embarrassaient les pas égarés sans retour ; Tel on voit des dauphins les troupes vagabondes Se chercher , s'éviter , se jouer sur les ondes : Tels jouaient ces guerriers; ainsi dans ces combats , Ils enlaçaient leur course , et confondaient leurs pas. Ces courses , ces tournois , et ces feintes batailles , Ascagne , lorsque d'Albe il fonda les murailles , Les transmit à son peuple ; et des premiers Albains Leur pompe héréditaire est passée aux Romains. A ce dépôt sacré Rome est encor fidèle ; Rome , renouvelant leur pompe solennelle , Rassemble pour les jeux ses jeunes citoyens : Ce sont les fils de Troie et les combats troyens :

Page 1