‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 51 sur 114 · lO · texte numérisé non relu

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146 /ENEIDOS LIBEK V. ^ «i»-

Quum levis aetheriis delapsus Somnus ab aslris

Aéra dimovit tenebrosum , et dispulit uinbras,

Te , Paliniire , petens , tibi soninia trislia portans

Insonli ; puppique deus consedit in alla ,

Phorbanli similis ; funditque bas ore loquelas :

« laside PaHnure , ferunt ipsa ajquora classem ,

jEquatse spirant aurai ; datur hora quieli :

Pone caput, fessosque oculos fiirare labori.

Ipse ego paulisper pro te tua raunera inibo. »

Cui vix attollens Palinurus lumina fatur :

« Mené salis placidi vultum fluctusque quietos

Ignorare jubés? mené huic confidere monstro?

iEnean credam quid enim fallacibus Austris ,

Et -coeli loties deceptus fraude sereni ? »

Taba dicta dabat ; clavuinque affixus et hœrens Nusquam amittebat, oculosque sub astra tenebat : Ecce deus ramum Lethœo rore madentem , Vique soporatum Stygia , super utraque quassat Tempora ; cunctantique natantia lumina sol vit. Vix primos inopina quies laxaverat artus; Et super incumbens , cum puppis parte révulsa , Cumque gubei'naclo , liquidas projecit in undas Praecipitem , ac socios nequidquam ssepe vocantem.

^^«^7- L'ENEIDE, LIVRE V. H7

Quand , de l'air ténébreux dissipant la vapeur, Glisse du haut des cieux un fantôme trompeur. Il cherche Palinure au milieu de la troupe ; Sous les traits de Phorbas il s'assied sur la poupe , S'adresse au vieux nocher, et lui parle en ces mots : « Palinure , tu vois , tout se livre au repos ; D'elle-même , et docile au souffle qui la guide , La flotte sans effort suit sa course rapide : Dors , dérobe un instant à ton pénible emploi ; Auprès du gouvernail je veillerai pour toi. — Qui? moi ! moi ! je pourrais du généreux Enée Confier à la mer la haute destinée !

Non , non ; je connais trop les flots capricieux , Et du traître élément le calme insidieux. Du ciel le plus serein, de la mer la plus belle , Ecoute qui voudra la promesse infidèle ; Je ne me livre point à ces garans trompeurs. » Il dit ; et , du sommeil repoussant les vapeurs , Tient constamment les yeux fixés sur les étoiles , S'attache au gouvernail, et dirige les voiles. Alors le dieu sur lui secouant ses pavots , Que du Léthé paisible abreuvèrent les flots , Sur sa paupière humide et déjà languissante Il épanche en secret la sève assoupissante ; Et son œil , vers le ciel , levé non sans effort , Tombe, s'ouvre à demi, se referme, et s'endort. A peine il sommeillait, soudain le dieu sinistre , De la cruelle Mort le frère et le ministre , Avec le gouvernail , avec une moitié De la poupe en éclats , d'une main sans pitié Pousse le malheureux : précipité dans l'onde , Il appelle les siens sous la vague profonde ;

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Ipse volans tenues se sustulit aies ad auras.

Currit iter tutum non secius œquore classis , Promissisque patris Neptuni interrita fertur. Jamque adeo scopulos Sirenum advecta subibal , Difficiles quondam , multorumque ossibus albos : Tum rauca assiduo longe sale saxa sonabant ; Quum pater amisso fluitantem errare magistro Sensit , et ipse rateni nocturnis rexit in undis , Multa gemens , casuque animum concussus amici : « O nimium cœlo et pelago confise sereno , Nudus in ignota , Palinure , jacebis arena ! >»

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