‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 58 sur 114 · V. a5.. L'ENEIDE, LIVRE VL · texte numérisé non relu

V. a5.. L'ENEIDE, LIVRE VL

Aussitôt il s'écrie : « Oiseaux de Cythérée !

Descendez-vous vers moi de la voûte éthérée?

Venez ; que votre vol me guide vers ces lieux

Où ma main doit cueillir le rameau précieux.

Et toi , ma mère, et toi , conduis-moi sur leur trace. »

Le couple alors s'envole , et d'espace en espace ,

Autant que l'œil de loin peut suivre son essor ,

S'élève , redescend , et se relève encor.

Mais de l'affreux Averne et de ses lacs immondes

A peine ces oiseaux ont reconnu les ondes ,

Ils détournent leur course, et d'un vol assuré

Vont se poser tous deux sur l'arbre désiré.

Son or brille à travers une sombre verdure.

Tel , quand le pâle hiver nous souffle la froidure ,

Le gui sur un vieux chêne étale ses couleurs ,

Et l'arbuste adoptif le jaunit de ses fleurs :

Tel était ce rameau ; tel , en lames bruyantes ,

S'agite l'or mouvant de ses feuilles brillantes.

Au doux frémissement, à l'éclat de cet or,

Le héros court, saisit, emporte son trésor,

Et vole triomphant l'offrir à la prêtresse.

Cependant les Troyens , accablés de tristesse , Debout près de Misène , objet de leurs douleurs, L'entouraient en silence , et répandaient des pleurs. De sapins résineux, de rameaux sans verdure, Ils dressent du bûcher l'immense architecture ;

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Intexunl latera , et ferales ante cupressos

Constituunt , decorantque super fulgentibus armis.

Pars calidos latices et ahena undantia flammis

Expediunt, corpusque lavant frigentis et ungunt.

Fit gemitus : tum membra toro defletareponunt ;

Purpureasque super vestes , velamina nota,

Conjiciunt. Pars ingenti subiere feretro ,

Triste ministerium , et subjectani more parentum

Aversi tenuere facem : congesta cremantur

Turea dona , dapes, fuso cratères olivo.

Postquam coUapsi cineres , et flamma quievit ,

Reliquias vino et bibulam lavere favillam ,

Ossaque lecta cado texit Corynseus aheno.

Idem ter socios pura circumtulit unda ^ ,

Spargens rorelevi et ramo felicis olivae,

Lustra vitque viros , dixitque novissima verba.

At pius ^Eneas ingenti mole sepulcrum

Imponit, suaque arma viro , remumque, tubamque ,

Monte sub aërio , qui nunc Misenus ab illo

Dicitur, œternumque tenet per saecula nomen.

His actis , propere exsequitur prœcepta Sibyllae. Spelunca alta fuit , vastoque immanis hiatu , Scrupea , tuta lacu nigro nemorumque tenebris, Quam super haud ullae poterant impune volantes Tendere iter pennis , talis sese halitus atris

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Kt , du triste édifice enfermant les apprêts ,

En cercles sont penchés de funèbres cyprès :

Au-dessus, du héros on a placé les armes.

Pour en baigner ce corps , digne objet de leurs larmes ,

Ils répandent les flots bouillonnans dans l'airain ,

Et de riches parfums s'épanchent de leur main.

On gémit , on le met sur le lit funéraire ,

De ses restes muets triste dépositaire ;

On étend au-dessus ses habits précieux ,

Dépouille si connue et si chère à leurs yeux I

D'autres , le regard morne et l'âme désolée ,

Triste et lugubre emploi! portent le mausolée,

Saisissent des brandons ; et , tremblant d'approcher,

En détournant la vue allument le bûcher.

L'encens , l'huile , les mets , les offrandes pieuses

Que jettent dans le feu leurs mains religieuses,

Brûlent avec le corps : des parfums onctueux

Arrosent les débris qu'épargnèrent les feux ;

La douleur les confie à l'urne sépulcrale ;

Le rameau de la paix répand l'onde lustrale.

On pleure encor Misène , on l'appelle trois fois ,

Et les derniers adieux attendrissent leurs voix.

Enée à cet honneur en joint un plus durable :

Sur un mont il élève un trophée honorable ,

Y place de sa main la lance et le clairon ;

Et ces bords , ô Misène ! ont conservé ton nom.

Mais il est d'autres soins qu'exige la prêtresse : En un lieu sombre , où règne une .morne tristesse , Sous d'énormes rochers , un antre ténébreux Ouvre une bouche immense ; autour, des bois affreux , Les eaux d'un lac noirâtre en défendent la route : L'œil plonge avec effroi sous sa profonde voûte. 3- la

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