‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 61 sur 114 · V. 34r L'ENEIDE, IJVRE VI · texte numérisé non relu

V. 34r L'ENEIDE, IJVRE VI

S'écria la prêtresse. Et toi (jiii suis mes pas , Troyen , saisis ton glaive , et prépare ton bras. » Elle dit 5 et s'élance au fond de l'antre sombre : Le héros sans effroi vole, et la suit dans l'ombre.

Tristes divinités du gouffre de Pluton ! Toi , lugubre Chaos ! et toi , noir Phlégéton ! Permettez qu'un mortel , de vos rives funèbres Trouble le long silence et les vastes ténèbres , Et sonde , dans ses vers noblement indiscrets , L'abîme impénétrable où dorment vos secrets. Tous les deux , s'avancant dans ces tristes royaumes Habités par le vide et peuplés de fantômes , Marchaient à la lueur du crépuscule obscur : Tel , lorsqu'un voile épais des cieux cache l'azur , Au jour pâle et douteux de leur lumière avare , Dans le fond des forêts le voyageur s'égare.

Devant le vestibule , aux portes des enfers , Habitent les Soucis et les Regrets amers , Et des Remords rongeurs l'escorte vengeresse , La pâle Maladie , et la triste Vieillesse : L'Indigence en lambeaux, l'inflexible Trépas , Et le Sommeil son frère , et le Dieu des combats ; Le Travail qui gémit , la Terreur qui frissonne, Et la Faim qui frémit des conseils qu'elle donne ; Et l'Ivresse du crime, et les Filles d'enfer Reposant leur fureur sur des couches de fer ; Et la Discorde enfin , qui, soufflant la tempête , Tresse en festons sanglans les serpens de sa tête.

Au centre est un vieil orme où les fils du Sommeil , Amoureux de la Nuit, ennemis du Réveil, Sans cesse variant leurs formes passagères , Sont les hôtes légers de ses feuilles légères.

Page 1