‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 63 sur 114 · V.37Î. L'ENEIDE, LIVRE VI · texte numérisé non relu

V.37Î. L'ENEIDE, LIVRE VI

Là sont tous ces fléaux , tous ces monstres divers Qui vont épouvanter l'air, la terre et les mers ; Géryon , de trois corps formant sa masse énorme ; Le Quadrupède humain , fier de sa double forme ; L'Hydre , qui fait siffler cent aiguillons affreux ; La Chimère , lançant des tourbillons de feux ; Briarée aux cent bras , levant sa tête impie ; Et l'horrible Gorgone, et l'avide Harpie. Enée allait sur eux fondre le fer en main : « Arrête ; tu ne vois qu'un simulacre vain ; Marchons , dit la prêtresse , et quittons ces lieux sombres : Ce n'est pas aux héros à combattre des ombres. » De là vers le Tartare un noir chemin conduit; C'est là que l' Achéron , bouillonnant à grand bruit , Dans le Cocyte affreux vomit sa fange immonde. L'effroyable Charon est nocher de cette onde. D'un poil déjà blanchi mélangeant sa noirceur. Sa barbe étale aux yeux son inculte épaisseur ; Un nœud lie à son cou sa grossière parure. Sa barque , qu'en roulant noircit la vague impure , Va transportant les morts sur l'avare Achéron ; Sans cesse il tend la voile ou plonge l'aviron. Son air est menaçant , et de profondes rides Ont creusé son vieux front de leurs sillons arides ; Mais , à sa verte audace , à son œil plein de feu , On reconnaît d'abord la vieillesse d'un dieu. D'innombrables essaims bordaient les rives sombres , Des mères, des héros, aujourd'hui vaines ombres , Des vierges que rhy)nen attendait aux autels , Des fils mis au bûcher sous les yeux paternels ; Plus pressés, plus nombreux que ces pâles feuillages Sur qui l'hiver naissant prélude à ses ravages ,

Page 1