ENEIDOS LIBER VI. v.ïir
Quam niullae glofnerantur aves , ubi Irigidus annus Trans pontum fugat, et terris immittit apricis. Stabant orantes primi transmittere cursura , Tendebantque manus, ripae ulterioris araore. Navita sed tristis nunc hos , nunc accipit illos ; Ast alios longe submotos arcet arena.
/Eneas , miratus enim , motusque tumultu , « Die, ait , o virgo ! quid vult concursus ad amnem ? Quidve petunt animœ ? vel quo discrimine ripas Hse linquunt, illae remis vada livida verrunt? » Olli sic breviter fa ta est longseva sacerdos : « Anchisa generate , deum certissima proies , Cocyti stagna alta vides , Stygiamque paludem , Di cujus jurare timent et fallere numen. Haec omnis , quam cernis , inops inhumataque turba est Portitor ille , Charoii : hi , quos vehit unda , sepulti^. Nec ripas datur horrendas et rauca fluenta Transportare prius, quam sedibus ossa quierunt. Centum errant annos , volitantque heec littora circum ; Tum demum admissi stagna exoptata révisant. »
Constitit Anchisa satus , et vestigia pressit , Multa putans , sortemque animo miseratus iniquam. Cfniit ibi mœstos . et mortis honore earentes,
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Ou que ce peuple ailé qu'en de plus doux climats Exile par milliers le retour des frimas , Ou qui , vers le printemps , aux rives paternelles , Revole , et bat les airs de ses bruyantes ailes : Tels , vers l'afFreux nocher ils étendent les mains ; Implorant l'autre bord. Lui , dans ses fiers dédains , Les admet à son gré dans la fatale barque , Reçoit le pâtre obscur, repousse le monarque.
A cet aspect touchant, au tableau douloureux Du concours empressé de tant de malheureux , Le héros s'attendit : « Prêtresse vénérable ! Pourquoi vers l'Achéron cette foule innombrable? Pourquoi de ces mortels sur la rive entassés Les uns sont-ils reçus, les autres repoussés? Quel destin les soumet à ces lois inégales? — O prince ! devant vous sont les ondes fatales , Le Cocyte terrible, et le Styx odieux , Par qui jamais en vain n'osent jurer les dieux. Ce vieillard, c'est Charon, leur nautonier horrible Qui sur les flots grondans de cette onde terrible Conduit son noir esquif. De ceux que vous voyez Les uns y sont admis , les autres renvoyés : Les premiers ont reçu les funèbres hommages ; Les autres , sans cercueil, ont vu les noirs rivages. Tant quiils n'obtiennent pas les honneurs dus aux morts, Durant cent ans entiers ils errent sur ces bords ; Enfin leur exil cesse , et leur troupe éplorée Atteint au jour prescrit la rive désirée. »
Le héros est ému d'un sort si rigoureux. Oronte et Leucaspis frappent soudain ses yeux : Comme Enée , échappés des murs fumans de Troie , Des vagues en courroux tous deux furent la proie.
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Leucaspim , et Lyciae ductorem classis Orontem , Quos simul a Troja ventosa per œquora vectos Obruit Auster, aqua involvens navemque virosque, Ecce gubernator sese Palinurus agebat , Qui Libyco nuper cursu , dum siderat servat , Exciderat puppi, mediis efFusus in undis. Hune ubi vix multa mœstum cognovit in umbra , Sic prior alloquitur : « Quis te , Palinure , deoruiîi Eripuit nobis, medioque sub œquore mersit? Die âge ; namque , mihi fallax haud ante repertus , Hoc uno responso animum delusit Apollo , Qui fore te ponto incolumem , finesque canebat Venturum Ausonios : en liaec promissa fides est? nie autem : « Neque te Phœbi cortina fefellit , Dux Anchisiade , nec me deus sequore mersit. Namque gubernaclum multa vi forte revulsum , Cui datus hœrebam custos , cursusque regebam , Prsecipitans traxi mecum. Maria aspera juro Non uUum pro me tantum cepisse timorem , Quam tua ne, spoliata armis, excussa magistro , Deficeret tantis navis surgentibus undis. Très Notus hibernas immensa per aequora noctes Vexit me violentus aqua : vix lumine quarto Prospexi Italiam , summa sublimis ab unda. Paulatim adnabam terra? : jam tuta tenebam ; Ni gens crudelis madida cuin veste gravatum .