V. iKji). L'ENEIDE, LIVRE VL
Pleure , cité de Mars , pleure , dieu des batailles.
O combien de sanglots suivront ses funérailles !
Et toi , Tibre , combien tu vas rouler de pleurs,
Quand son bûcher récent t'apprendra nos malheurs !
Quel enfant mieux que lui promettait un grand homme?
Il est l'orgueil de Troie, il l'eût été de Rome.
Quelle antique vertu ! quel respect pour les dieux !
Nul n'eût osé braver son bras victorieux ,
Soit qu'une légion eût marché sur sa trace ,
Soit que d'un fier coursier il eût guidé l'audace.
Ah ! jeune infortuné , digne d'un sort plus doux ,
Si tu peux du destin vaincre un jour le courroux,
Tu seras Marcellus... Ah! souffrez que j'arrose
Son tombeau de mes pleurs. Que le lis , que la rose ,
Trop stérile tribut d'un inutile deuil ,
Pleuvent à pleines mains sur son triste cercueil ;
Et qu'il reçoiv^e au moins ces offrandes légères.
Brillantes comme lui , comme lui passagères. »
Ainsi tous deux erraient aux bois élysiens ,
Et parcouraient tous deux ces champs aériens.
Quand les grandeurs de Rome et toutes ses merveilles Du héros des Troyens ont charmé les oreilles , Et rempli tout son cœur de ses nobles destins , Anchise offre à ses yeux les rivages latins , Les peuples, les combats, les assauts qui l'attendent. Ce que le sort, les dieux, et sa gloire demandent.
Deux portes du Sommeil , deux passages divers Aux songes voltigeans s'ouvrent dans les enfers : L'une, resplendissante au sein de l'ombre noire, Est formée avec art d'un pur et blanc ivoire ; Par là montent vers nous tous ces rêves légers, Des erreurs de la nuit prestiges mensongers ;
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Altéra , candenti pert'ecta niteus elephanto ; Sed falsa ad cœlum mittunt insomnia Mânes. His ubi tum natum Anchises unaque Sibyllam Prosequitur dictis ; portaque emittit eburna. llle viam secat ad naves , sociosque revisit. Tum se ad Gaietœ recto fert littore portum : Anchora de prora jacitur ; stant littore puppes