V. 2'9 L'ENEIDE, LIVRE VIL
Us approchent des murs. Là de jeunes guerriers Guident des chars poudreux , domptent de fiers coursiers, La lance ou l'arc en main signalent leur adresse , Et disputent d'ardeur, d'audace et de vitesse. L'un d'eux , aiguillonnant un coursier généreux , Vers son auguste roi vole , arrive avant eux , Dit que des inconnus d'une haute stature, Etrangers de langage , étrangers de parure , Demandent audience. Exempt d'un vain orgueil , Le prince les admet , leur fait un doux accueil , Et monte sur le trône où siégeaient ses ancêtres.
Digne de ce grand peuple , et digne de ses maîtres, Dans les airs s'élevait son palais somptueux , De Picus son aïeul séjour majestueux.
Cent colonnes de marbre en pompe l'environnent ; D'un bois religieux les arbres le couroinient. Qui depuis trois cents ans, pleins d'une sainte horreur, Ainsi que le respect inspirent la terreur : Les rois y sont des dieux , ce palais est un temple. Là , le front prosterné , la nation contemple Ses princes recevant pour la première fois Les faisceaux souverains et le sceptre des rois. Là, lorsqu'un saint usage en pompe renouvelle D'un bélier immolé l'offrande solennelle, Les premiers de l'état , sur leur sié^ exhaussés , Près d'une table immense en Rrdre sont placés. Et d'un peuple fidèle éternisant l'hommage , Le cèdre , de leurs rois y conserve l'image ; Italus , Sabinus qui , la serpette en main , Annonce que la vigne est son bienfait divin ; Saturne , dieu du temps ; Janus aux deux visages ; Cent autres souverains dont les mâles courages
2Ù2 /ENEIDOS LIBER VU. v. iS^
Ipse Quirinali lituo parvaque sedebat
Succinctus trabea , lœvaque ancile gerebat
Picus , equum clomitor ; quem capta cupidine conjux
Aurea percussum virga , versumque venenis,
Fecit avem Circe , sparsitque coloribus alas.
Taliintus templo divum, patriaque Latinus
Sede sedens , Teucros ad sese in tecta vocavit ;
Atque hsec ingressis placido prior edidit ore :
« Dicite, Dardanidïe (nequc enim nescinius el urbem
Et genus , auditique advertitis œquore eursum ) ,
Quid petitis ? qua3 causa rates , aut cujus egentes
Littus ad Ausoniur%tot pei' vada cœrula vexit?
Sive errore viae , seu terapestatibus acti
« ( Qualia raulta mari nautae patiuntur in alto ) ,
Fluminis intrastis ripas , portuque sedetis ;
Ne fugite liospitium ; neve ignorate Latinos
Saturni gcnteui , liaud vinclo ncc legibus aequani ,
Sponte sua, veteiisquc dei se more tcnentem.
^. a3i L'KNÉIDE, LIVRE VII. 263
De leur zèle héroïque ont obtenu le prix ,
D'un vestibule immense occupent les lambris.
A l'entrée on voyait des nations soumises
Les drapeaux déchirés et les portes conquises :
Là des chars fracassés, du fer courbé des faux ,
Des panaches flottans, de l'airain des vaisseaux ,
Et des arcs détendus , et des lances oisives ,
Pendaient pompeusement les dépouilles captives.
Lui-même , s'appuyant sur son sceptre augurai ,
Dans sa courte tunique , ornement martial ,
Un bouclier au bras , de la porte sacrée
Picus , son noble aïeul , ornait l'auguste entrée ;
Picus, qui des coursiers savait dompter l'essor.
Circé l'aimait ; Circé de sa baguette d'or
Le toucha , le vêtit de ses plumes nouvelles ,
Et de riches couleurs elle émailla ses ailes.
C'est là , c'est dans ces lieux , où brillent à la fois
La majesté des dieux et la grandeur des rois,
Que , sur son trône assis , le vieux roi de laurente
Admet les Phrygiens , et d'une voix touchante :
« Enfans de Dardanus ( car je n'ignore pas
Votre nom , votre ville , et vos trop longs combats ) ,
L'éclat de votre gloire , à qui tout éclat cède ,
Dans mes vastes états dès long-temps vous précède.
Quel est votre dessein? et que puis-je pour vous ?
Soit qu'un astre trompeur, soit que l'onde en courroux
Ait poussé vos vaisseaux dans les ports d'Ausonie ,
Troyens, que de vos cœurs la crainte soit bannie.
Les Latins sont fameux par l'hospitalité :
Enfans du vieux Saturne, en eux l'humanité
IN'est pas le fruit des lois; leur bonté volontaire
S'.iil (le leur premier dieu l'exemple héréditaire.
264 yENEIDOS LIBER VII. v. ^oS.
Atque equidem memini ( fama est obscurior annis ) Auruncos ita ferre senes ; his ortus ut agris Dartlarius Idaeas Phrygia? penetrarit ad urbes , Threiciamque Samum, quœ nunc Samothracia fertur. Hinc illum Corytlii Tyrrhena ab sede profectuni Aurea nunc solio stellantis regia cœli Accipit, et numerum divorum altaribus addit. »
Dixerat; et dicta Ilioneus sic voce secutus : "■ Rex , genus egregium Fauni , nec fluctibus actos Atra subegit hiems vestris succedere terris ; Nec sidus regione viae littusve fefellit. Consilio banc omnes animisque volentibus urbem Afferimur, pulsi regnis , quae maxima quondam Extremo veniens sol adspiciebat Olympo.
Ab Jove principium generis ; Jove Dardana pubes Gaudet avo : rex ipse , Jovis de gente suprema , Troïus iEneas tua nos ad limina misit.
Quanta per Idseos saevis effusa Mycenis Tempestas ierit campos , quibus actus uterque Europse atque Asiœ fatis concurrerit orbis , Audiit, et si quem tellus extiema refuso Submovet Oceano, et si quem extenta plagarum Quatuor in medio dirimit plaga solis iniqui. Diluvio ex illo tôt vasta per sequora vecti , Dis sedem exiguam patriis , Uttusque rogamus Innocuum , et cmi- lis undamque auramque patentem.
' 2»3. L'ENEIDE, LIVRE VII. 265
Je me souviens encor : quelques vieillards toscans ( Mais leur récit se perd dans la nuit des vieux ans ) M'ont dit que Dardanus , enfant de l'Etrurie , Pour la Thrace autrefois déserta sa patrie , Y choisit son séjour, et des champs thraciens Transporta ses foyers sur les bords phrygiens. Et maintenant ce prince , adoré dans l'Asie , Partage avec les dieux la céleste ambroisie. »
Il dit. Ilionée en ces mots lui répond : ti Noble sang de Faunus , si des mers d'Hellespont Les Troyens sont venus sur cet heureux rivage , Non , ce n'est point l'effet d'une erreur, d'un orage , Ni d'un astre ennemi l'aspect insidieux ; C'est notre propre choix qui nous porte en ces lieux , Malheureux , exilés d'une terre féconde , Et des plus grands états qu'ait vus l'astre du monde. Dardanus, les Troyens sont nés de .lupiter ; Sorti du même sang , de nos rois le plus cher, Enée , en supplians devant vous nous envoie. Hélas ! vous connaissez les désastres de Troie. Qui ne les connaît pas? Et ce peuple lointain Qu'embrase de ses feux le climat africain , Et ceux que le soleil sous les glaces de l'Ourse D'un rayon plus oblique éclaire dans sa course , Tous ont su quel orage et quels flots débordés Mycènes a vomis dans nos champs inondés , Et comment , dans leur fière et longue jalousie , On vit s'entrechoquer et l'Europe et l'Asie. Depuis ce choc affreux dont trembla l'univers , Poussés de rive en rive , errans de mers en mers , Aujourd'hui nous venons, sur ce nouveau rivage , Des biens communs à tous réclamer le partage :
5C)6 .ENEIDOS LIBER VII. >. 23i.
Non erimus regno indccores ; ncc vestra feretur Fania levis, tantive abolescet gratia facti; Nec Trojam Ausonios gremio excepisse pigebit. Fata per /Eneœ juro , dextramque potentem , Sive fide , seu quis bello est expertus et armis ; Multi nos populi , multae ( ne temne quod ùltro Prœfcrimus manibus vittas ac verba precantia ) Et petiere sibi et voluerc adjungere gentes. Sed nos fata deum vestras exquirere terras Imperiis egere suis. Hinc Dardanus ortus Hue repetit; jussisque ingentibus urget Apollo Tyrrkenum ad Thybrim et fontis vada sacra Numici. Dat tibi praeterea fortunée parva prioris Munera , reliquias Troja ex ardente receptas. Hoc pater Anchises auro libabat ad aras : Hoc Priami gestamen erat , quurn jura vocatis More daret populis ; sceptrumque , sacerque tiaras , Iliadumque labor vestes. »
Talibus Uionci diclis , dcfiva Laliiius
v.3i5. L'ENEIDE, LIVRE VIL 2GT
L'eau, l'air, un simple abri, voilà tous nos souhaits. Vous ne rougirez point un jour de vos bienfaits: Peut-être nos secours vous vaudront quelque gloire î Et notre cœur jamais n'en perdra la mémoire. J'en jure par Enée ; oui, j'atteste ce bras Fidèle dans la paix , vaillant dans les combats , Vos dons seront payés, et Laurente avec joie Un jour s'applaudira d'avoir accueilli Troie. Si nous venons ici devant son souverain , La prière à la bouche , et l'olive à la main , Ce n'est pas que le sort nous laisse sans asile : Plus d'un fier potentat , à son peuple , à sa ville A voulu réunir de malheureux proscrits.
Nobles dans leur disgrâce , et grands dans leurs débris. Mais les dieux sur vos bords ont guidé notre course , Le sang de Dardanus vient retrouver sa source ; Et, si j'en crois Délos, le sacré Numicus D'accord avec le Tibre attend nos dieux vaincus. Vous , daignez recevoir ces restes de Pergame Avec peine arrachés à notre ville en flamme , Acceptez ces débris d'une antique splendeur, Monumens d'infortune ainsi que de grandeur : Dans cette coupe d'or, aux dieux alors propices Anchise présentait le vin des sacrifices , Lorsqu'aux jours solennels, comme nos premiers rois , Aux peuples convoqués Priam donnait des lois. Ce manteau , cet habit du plus grand des monarques , De son pouvoir royal étaient les nobles marques ; Ce sceptre dans ses mains fut long-temps révéré ; Ce riche diadème ornait son front sacré ; Des femmes de son sang ces tissus sont l'ouvrage. » De l'orateur trcTycn tel était le langage.
268 ^NEIDOS LIBER VU.
Obtutu tenet ora , soloque immobilis haeret , Intentos volvens oculos : nec purpura regem Picta movet , nec sceptra movent Priameïa tantum , Quantum in connubio natœ thalamoque moratur ; Et veteris Fauni volvit sub pectore sorten». Hune illum fatis externa ab sede profectum Portendi generum , paribusque m régna vocari Auspiciis ; huic progeniem virtute futurani Egregiam , et totum quae viribus occupet orbeni. Tandem laetus ait : « Di nostra incepta secundent , Auguriumque suum. Dabitur, Trojane, quod optas. Munera nec sperno. Non vobis, rege Latino , Divitis uber agri Trojœve opulentia décrit. Ipse modo yEneas ( nostri si tanta cupido est , Si jungi hospitio properat , sociusque vocari ) Adveniat; vultus neve exhorrescat amicos. Pars mihi pacis erit dextram tetigisse tyranni. Vos contra régi mea nunc mandata referte. Est mihi nata, viro gentis quam jungere nosti'œ , Non patrio ex adyto sortes , non plurima cœlo Monstra sinunt : generos externis affore ab oris , Hoc Latio restare canunt , qui sanguine nostrum Nomen in astra ferant. Hune illum poscere fata Et reor, et, si quid veri mens augurât, opto. »
Haec effatus , equos numéro pater eligit omni : Stabant ter centum nitidi in praesepibus altis.
V 3/,7. LENEIDK, MVHK VII. 269
Le roi l'ontcnd d'mi air proioiidément rêveur.
Ces trésors , ces présens touchent bien moins son cœur
Que les grands intérêts de sa noble famille ,
Et l'oracle de Faune, et l'hymen de sa fdle.
Le voilà , se dit-il , ce héros tant promis ,
A qui doit cet empire un jour être soumis ,
Celui de qui la race , en conquêtes féconde ,
A son vaste pouvoir doit asservir le monde.
Enfin éclaircissant son front majestueux :
« Non , vous ne formez pas des vœux présomptueux :
Puisse le juste ciel accomplir son présage !
Je sais de vos présens apprécier l'hommage.
Troyens , je vous promets dans ce séjour nouveau
Des champs non moins féconds, un destin non moins beau.
A votre illustre chef si ces lieux peuvent plaire ,
Qu'il vienne , il touchera ma main hospitalière ,
.Je toucherai la sienne , et ce traité suffît.
Vous , courez lui porter ce fidèle récit.
Qu'il sache mes projets : une jeune princesse ,
Le fruit de mon hymen, l'objet de ma tendresse ,
Si j'en crois le destin , l'oracle paternel ,
Et les signes nombreux des volontés du ciel ,
Doit ( et rien n'en saurait changer la loi sévère)
Recevoir un époux d'une terre étrangère.
Sans doute ils m'annonçaient le héros d'Ilion ;
C'est lui qui jusqu'aux cieux doit porter notre nom :
Oui , c'est lui ; je le crois , j'en chéris l'espérance ,
Et mon pressentiment m'en donne l'assurance. »
Il dit , et fait choisir ses coursiers les plus beaux : L'orgueil de ses hai-as , trois cents jeunes chevaux Ornaient d'un double rang leur superbe demeure. A chacun des Troyens ou amène sur l'heure
270 /ÉNEIDOS LIBER VIT. ^ ':«
Omnibus extcmplo Teucris jubet ordine duci Instratos ostro alipedes pictisque tapetis. Aurea pectoribus demissa monilia pendent : Teeti auro , fulvura mandant sub dentibus aurum. Absent! iEneœ currum geminosque jugales , Semine ab aetherio , spirantes naribus ignem , Illorum de gente patri quos Dœdala Circe Supposita de matre nothos furata creavit. Talibus JEnesxdse donis dictisque Latini Sublimes in equis redeunt, pacemque reportant.
Ecce autem Inachiis sese referebat ab Argis Saeva Jovis conjux , aurasque invecta tenebat ; Et laetum JEnean classemque ex aethere longo Dardaniam Siculo prospexit ab usque Pachyno. Moliri jam tecta videt , jam fidere terrse , Deseruisse rates. Stetit acri fLxa dolore. Tum, quassans caput, hsec effundit pectore dicta : « Heu stirpem invisam ! et fatis contraria nostris Fata Phrygum ! num Sigeis occumbere campis , Num capti potuere capi? num incensa cremavit Troja viros? médias acies mediosque per ignés Invenere yiam. At, credo, mea numina tandem Fessa jacent , odiis aut exsaturata quievi. Quin etiam patria excussos infesta per undas Ausa sequi , et profugis toto me opponere ponto.
T. 37<). L'ENKIDE, LIVRE V-II. 571
Un coursier dont les vents n'égalaient pas l'essor : Sur leur large poitrail descend un collier d'or ; L'or couvre leurs harnais , et leur fierté farouche Obéit au frein d'or qui gourmande leur bouche. Pour leur monarque absent part un couple pareil De coursiers , nobles fils des coursiers du Soleil. Ils traîneront son char dans les champs de la guerre. La fdle du Soleil les créa pour la terre : Elle-même soumit , par un heureux larcin , Une mère mortelle à l'étalon divin ; Et les fougueux enfans de ce noble adultère Soufflent encor le feu des chevaux de son père. Sur leurs fiers palefrois les Troyens satisfaits Partent, et vont porter des paroles de paix.
Dans ce moment , des dieux l'impitoyable reine Quittait sa chère A.rgos. L'œil perçant de sa haine , Des monts de la Sicile aux bords Laviniens , Voit triomphante au port la flotte des Troyens ; Elle les voit, heureux, vainqueurs , et pleins de joie, Ebaucher les remparts de la nouvelle Troie , Confier leurs destins à ces climats nouveaux , S'emparer de la terre et triompher des eaux. Troublée à cet aspect , la déesse s'arrête , Les yeux étincelans , et secouant la tête : « O race que je hais , infâmes Phrygiens ! Leurs destins osent donc lutter contre les miens ! Je les ai faits captifs , et ce vil peuple est libre ! J'armai contre eux les mers , les voilà dans le Tibre l Quoi ! ni leurs murs croulans n'ont pu les écraser. Ni leurs remparts en feu n'ont pu les embraser ! Ma colère , sans doute , a manqué de constance : Lasse , enfin , j'ai laissé reposer ma vengeance ;
212 /E.NEIDOS LIBER Yll. ^-^oi.
Absumptse in Teucros vires cœlique marisque.
Quid Syrtes, aut Scylla mihi, quid vasta Charybdis
Profuit? optato conduntur Thybridis alveo ,
Securi pelagi, atque mei. Mars perdere gentem
Immanem Lapithum valuit : concessit in iras
Ipse deum antiquam genitor Calydona Dianae :
Quod scelus aut Lapithas tantum, aut Calydona merentem ?
Ast ego , magna Jovis conjux , nil linquere inausum
Quae potui infelix , quae memet in omnia verti ,
Vincor ab ^nea. Quod si mea numina non sunt
Magna satis, dubitem haud equidem implorare quod usquam est ;
Flectere si nequeo Superos, Acheronta movebo.
Non dabitur regnis (esto) prohibere Latinis,
Atque immota manet fatis Lavinia conjux :
At trahere, atque moras tantis licet addere rébus;
At licet amborum populos exscindere regum.
Hac gêner atque socer coëant mercede suorum.
Sanguine Trojano et Rutulo dotabere , virgo ; Et Bellona manet te pronuba. INec face tantum Gisseis prœgnans ignés enixa jugales ; Quin idem Veneri partus suus, et Paris aller, Funestseque iterum récidiva in Pergama tsedae. »
' 4''- L'ÉÎNÉIDE, LIVRE VII. 273
Que dis-je? j'ai traîné leurs débris sur les mers , Contre eux j'ai fatigué l'eau , la terre , et les airs : Que m'ont servi la terre , et les eaux , et les ondes , Et l'horrible Cliarybde, et ses roches profondes? Les voilà dans le port , sans péril , sans effroi , Fondant leurs murs nouveaux, bravant la mer et moi. Où donc est mon pouvoir? Quoi! le dieu de la Thrace Aura pu du Lapithe exterminer la race!
Diane à ses fureurs immoler Calydon !
Eh ! quel crime à ces dieux défendait le pardon? Jupiter permit tout ; et moi , moi son épouse , Moi la reine des dieux , dont la fureur jalouse A pris , imaginé , lassé tous les moyens , Malheureuse, il m'immole à ce roi des Troyens ! Eh bien I si j'ai perdu ma suprême puissance, Il n'est rien qu'aujourd'hui n'invoque ma vengeance ; Cherchons-nous des appuis dans un autre univers ; J'ai contre moi les cieux, j'armerai les enfers. Je ne puis leur ravir le sceptre d'Ausonie , Mais je puis arrêter l'hymen de Lavinie , Mais je puis différer cette grande union , Mais je puis séparer Laurente d'Ilion.
Que tous deux de leurs rois paîront cher l'alliance ! Qu'un double châtiment venge une double offense : Oui, des torrens de sang , fdle d'un faible roi , Voilà l'affreuse dot que j'apprête pour toi. A ton sanglant hymen que Bellone préside ! Hécube n'a pas seule , en sa couche homicide , Enfanté le flambeau de la division , Vénus a son Paris pour une autre Ilion ; Enée embrasera la nouvelle Pergame , Et ma haine deux fois aura vu Troie en flamme. » X 18