‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 93 sur 114 · V. .55. L'ÉNÉlDE, LIVRE VII · texte numérisé non relu

V. .55. L'ÉNÉlDE, LIVRE VII

Sont pour lui le signal de la fin de leurs maux.

Kempli du dieu par qui sont inspirés ces mots,

« Salut , s'écria-t-il , terre long-temps promise I

Salut, dieu des Troyens 1 plus d'une fois A.r»chise

( J'en avais jusqu'ici perdu le souvenir )

M'annonça comme un bien ce malheur à venir.

« Mon fils , me disait-il , si la faim indomptable

Un jour en aliment te fait changer ta table ,

Dans ce même moment et dans ces mêmes lieux

De ton premier abri fais hommage à tes dieuv :

Là de ton sort cruel finira la détresse. »

Ainsi parlait Anchise; il me tient sa promesse.

Oui, je les trouve enfin ces lieux hospitaliers :

Voilà notre patrie , et voilà nos foyers!

Vous donc, dès que le jour vous rendra la lumière ,

Courez de ce pays visiter la frontière ;

Que sur des points divers nos compagnons épars

Reconnaissent ses mœurs , ses peuples , ses remparts.

Maintenant invoquons le souverain du monde ;

Qu'imploré par nos vœux , Anchise nous réponde ,

Et que Bacchus pour nous prodigue sa liqueur. »

Il dit , et l'allégresse a ranimé leur cœur. Lui , le front couronné d'une feuille légère , Adore de ces lieux le pouvoir tutélaire , La Terre qui naquit avant les autres dieux , Les fleuves , les forêts , inconnus à ses yeux ; Et la Nuit ténébreuse, et ses flambeaux nocturnes, Qui déjà commençaient leurs courses taciturnes ; Jupiter honoré sur les monts Idéens , Cybèle à jamais chère aux peuples phrygiens. Qui , tous deux protecteurs de la grandeur troyenne , Un jour protégeront la puissance romaine;

268 yENEIDOS LIBER VU. v. i^.

Diditur hic subito Trojana per agmina rumor, Advcnisse diem quo débita mœnia coudant. Cerlatim instaurant epulas , atque omine magno Crateras laîti statuujit, et vina coronant.

Postera quum prima lustrabat lampade terras Ortadies, urbem, et fines, et littora genlis , Diversi explorant : hœc fontis stagna Numici, Hune Thybrim fluvium, hic fortes habitare Latinos. Tum satus Anchisa delectos ordine ab omni Centum oratores augusta ad mœnia régis Ire jubet , ramis velatos Palladis omnes ; Donaque ferre viro , pacemque exposcere Teucris. Haud mora ; festinant jussi , rapidisque feruntur Passibus : ipse humili désignât mœnia fossa , Moliturquelocum; priniasque in littore sedes, Castrorum in morem , pinnis atque aggere cingit.

Jamque iter emensi , turres ac tecta Latinorum Ardua cernebant juvenes, muroqiie subibant.

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Et ceux dont il naquit , couple auguste , immortel, Anchise dans l'Érèbe , et Vénus dans le ciel. Comme il parlait encor, d'un coup de son tonnerre Le roi des dieux s'annonce , et lui-même à la terre Il montre et fait briller dans l'éclat d'un ciel pur Un nuage éclatant d'or, de pourpre et d'azur. Aussitôt dans les rangs des fiers enfans de Troie Il se répand un bruit qui les remplit de joie : Le jour est donc venu de bâtir leurs remparts I L'espérance au front gai brille de toutes parts; Partout nouveaux festins et nouvelles offrandes , Et la coupe à pleins bords s'entoure de guirlandes.

A peine dans les cieux l'aurore de retour Reprenait ses flambeaux et rallumait le jour,

On part , on se répand sur ces nouvelles plages ;

On reconnaît les lieux , le fleuve , les rivages ;

Là c'est le Numicus et les champs laurentins ;

Voilà le Tibre ; ici sont les murs des Latins,

Des Latins distingués par leur fierté guerrière.

Alors , pris dans les rangs de son armée entière ,

Cent députés troyens , dont Enée a fait choix ,

Ont ordre de marcher vers la ville des rois.

Chargés de riches dons , l'olivier pour couronne ,

Ils volent accomplir ce que leur chef ordonne.

Enée alors prélude à ses remparts nouveaux ;

Lui-même à ses Troyens en prescrit les travaux:

Un sillon où le soc a laissé son empreinte

De la cité future a désigné l'enceinte ;

De remparts de gazons les murs sont entourés ;

Sous la forme d'un camp ils croissent par degrés. La troupe arrive enfin , et de la capitale

Déjà s'offre à leurs yeux la pompe impériale;

26(1 ^NEIDOS IJBEU Vil. v. i6>.

Aul" urbem pueri et prinisevo flore juventus Exercentur equis , domitantque in pulvere currus , Aut acres tendunt arcus , aut lenta lacertis Spicula contorquent , cursuque ictuque lacessunt : Quum prœvectus equo longaevi régis ad aures Nuntius ingénies ignota in veste reportât Advenisse viros. lUe intra tecîa vocari Imperat , et solio médius consedit avito.

Tectum augustum , ingens , centum sublime columnis , Urbe fuit sumnia , Laurentis regia Pici , Horrendum silvis et religione parentum.

Hic sceptra accipere , et primos attollere fasces , Hegibus omen erat; hoc illis curia templum ; Hee sacris sedes epulis ; hic , ariete cseso , Perpetuis soliti patres considère mensis. Quin etiam veterum effigies ex ordine avorum Antiqua e cedro , Italusque , paterque Sabinus Vitisator, curvam servans sub imagine falceni , Saturnusque senex , Janique bifrontis imago , Vestibulo adstabant ; aliique ab origine reges Martia qui ob patriam pugnando vulnera passi. Multaque praeterea sacris in postibus arma ; Captivi pendent currus , curvœque secures, Et cristae capitum , et portarum ingentia claustra , Spiculaque , clypeique , ereptaque rostra carinis.

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