V.569. L'EN ÉI DE, 1,1 VKE VU
Alors, imaginant un nouveau stratagème,
La fille des enfers cesse d'être elle-même.
Elle devient , au lieu de l'horrible Alecton ,
La vieille Calybé, prêtresse de Junon.
Des rides à longs plis sillonnent son visage ;
Un reste de cheveux , déjà blanchis par l'âge ,
Est orné de festons, couronné d'olivier.
Elle entre, elle se montre aux regards du guerrier. « Turnus, tant de travaux seront donc inutiles !
Dit-elle. A des Troyens errans et sans asiles ,
Au mépris de tes droits , au mépris de ton rang ,
Passera donc un sceptre acheté par ton sang !
Latinus choisit donc un étranger pour gendre !
Ce sang si bien payé , cours encor le répandre ;
Va , dompte les Toscans , protège les Latins.
Junon , lorsque tu dors , veille sur tes destins ;
Elle-même vers toi députe sa prêtresse.
Sors donc de ta langueur, va , vole , le temps presse ;
Piassemble tes soldats, déroule tes drapeaux.
Des Troyens dans le Tibre embrase les vaisseaux ,
Et renverse sur eux leur ville encor naissante :
Pars , accomplis des dieux la volonté puissante ;
Et qu'un monarque ingrat , sans courage et sans foi ,
Sache comment se venge un héros tel que toi. »
D'un souris dédaigneux accueillant la prêtresse : «« Je n'ai, répond Turnus , ni frayeur, ni faiblesse. Déjà je suis instruit que de ces vils Troyens Les vaisseaux ont touché les bords ausoniens ; Mais Junon veille encor pour un peuple qu'elle aime : Mon cœur est rassuré, rassurez-vous vous-même. Votre âge , je le vois , et la caducité , A vos faibles esprits cachent la vérité ;