‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 97 sur 114 · V. 473. L'ENEIDE, LIVUE VII · texte numérisé non relu

V. 473. L'ENEIDE, LIVUE VII

Entre elle et ses habits d'une course légère Ce monstre va, revient, la parcourt tout entière , Tantôt de ses nœuds d'or lui compose un collier ; Tantôt , dans ses cheveux habile à se plier, En longue bandelette autour d'eux se renoue , Et sur elle en glissant se promène et se joue. Tant que le noir poison , dans ses accès naissans , Sans violence encor pénètre tous ses sens , Et que le feu caché qui déjà la dévore , Dans toute sa fureur n'éclate pas encore , Mère tendre et sensible , avec un ton plus doux Sa gémissante voix implore son époux :

« Hélas ! est-il donc vrai ? vous donnez Lavinie Au misérable chef d'une race bannie?

De grâce , ayez pitié de vous , de mes douleurs , D'une fille chérie, et d'une mère en pleurs , Qu'un ravisseur barbare et prêt a disparaître , Au premier aquilon va délaisser peut-être. Eh! n'est-ce pas ainsi qu'un berger phrygien Par un rapt odieux flétrit le nom troyen? Où donc sont vos sermens et vos saintes promesses A Turnus tant de fois comblé de vos tendresses , Turnus, qu'unit à vous le sang de mes aïeux? Si l'oracle de Faune et les ordres des dieux Demandent un époux d'une race étrangère , Ne peut-on expliquer cette loi si sévère ? Tout pays qui n'est pas gouverné par vos lois, Dans le sens de l'oracle , est étranger, je crois; Et le sang de Turnus sort des rois de My cènes. »

Tandis que son amour s'épuise en plaintes vaines , Errant dans tout son corps , déjà l'affreux poison Agite tous ses sens , et trouble sa raison.

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Serpentis furiale malum , totamque pererrat ; Tum vero infelix , ingentibus excita monstris , Immensam sine more furit lymphata per urbcm : Ceu quondam torto volitans sub verbere turbo , Quem pueri magno in gyro vacua atria circum Intenti ludo exercent ; ille actus habena Curvatis fertur spatiis : stupct inscia supra. Impubesque nianus , mirata volubile buxum : Dant animos plagse. Non cursu segnior illo Per médias urbes agitur, populosque féroces. Quin etiam in silvas , simulato numine Bacchi , Majus adorta nefas, majoremque orsa furorem. Evolat ; et natam frondosis montibus abdit ; Quo thalamum eripiat Teucris , taedasque moretur : Evoe Bacche , fremens , solum te yirgine dignum Vociferans : etenim molles tibi sumere thyrsos , Te lustrare choro , sacrum tibi pascere crinem.

Fama volât : furiisque accensas pectore maires Idem omnessimul ardor agit nova quaerere tecta.

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\lors , les yeux hagards , pâle , désordonnée ,

\ toute sa fureur elle erre abandonnée ;

Plus acharnée encor, la déesse la suit.

Tel , sous le i'ouet pliant qui siffle et le poursuit ,

Koule ce buis tournant dont s'amuse l'enfance ;

Il court, il va, revient sous un portique immense ;

La jeune troupe observe avec étonnement

Des cercles qu'il décrit l'agile mouvement ,

L'exerce sans relâche , et , l'animant sans cesse ,

Par des coups redoublés redouble sa vitesse :

Ainsi vole la reine , ainsi de tous côtés

Elle porte au hasard ses pas précipités.

C'est peu : dans les fureurs de l'amour maternelle ,

Prétextant de Bacchus la fête solennelle ,

Furieuse , elle vole à la suite du dieu ;

Et sous l'ombrage épais du plus sauvage lieu ,

Pour sauver des Troyens l'honneur de sa famille ,

Dans le fond des forêts elle entraîne sa fille.

« A moi ! s'écriait-elle ; à moi , divin Bacchus !

Viens, triomphe d'Enée , et même de Turnus ;

Lavinie est à toi , mon choix te la destine ;

A sa main virginale unis ta main divine ;

C'est pour toi qu'elle vit, que du thyrse sacré

Elle porte en sa main le pampre révéré ;

Pour toi qu'elle nourrit sa jeune chevelure

Dont ses premiers sermens t'ont voué la parure ;

Pour toi qu'elle s'unit à nos saintes fureurs,

S'associe à nos chants , et se mêle à nos chœurs.

Viens , dieu puissant ! toi seul mérites sa conquête ;

Viens : sa mère t'implore , et ton épouse est prête. »

Le bruit de ses fureurs vole de toutes parts. Soudain , pour les forêts désertant leurs remparts ,

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Deseruere domos : ventis dant colla comasque. Ast aliae tremulis ululatibus sethera complent , Pampineasque gerunt incinctae pellibus liaslas. Ipsa inter médias fragrantem fervida pinum Sustinet , ac natae Turnique canit hymenaeos , Sanguineam torquens aciem ; torvumque repente Clamât : « lo matres , audite ubi quaeque , Latinaî ,. Si qua piis animis manet infelicis Araatœ Gratia , si juris materni cura remordet ; Solvite crinales vittas , capite orgia mecum. »

Talem inter silvas , inter déserta ferarum ^ Reginam Alecto stimulis agit undique Bacchi. Postquam visa satis primos acuisse furores , Consiliumque omnemque domum vertisse Latinf; Protinus hinc fuscis tristis dea tollitur alis Audacis Rutuli ad muros , quam dicitur urbem Acrisioneis Danae fondasse coîonis , Prœcipîti delata Noto : locus Ardea quondam . Dictus avis , et nunc magnum manet Ardea nomen : Sed fortuna fuit. Tectis hic Turnus in altis Jam mediam nigra carpebat nocte quieteni.

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Accourent sur ses pas les femmes d'Ausonie ; Toutes , suivant leur reine , entourant Lavinie , Leur chevelure au vent , et le feu dans les yeux ^ Joignent à ses transports leurs transports furieux. D'autres, que couvre un lynx de sa peau bigarrée , Agitant un long thyrse en leur main égarée, Bondissent à sa suite , et remplissent les bois Du son rauque et tremblant de leurs lugubres voix. Une torche à la main , de rage étincelante , Amate est à leur tête ; elle vole , elle chante Et Bacchus , et sa fille , et Turnus son époux ; Puis, d'une voix terrible exhalant son courroux :

« Vous toutes qui portez le nom sacré de mère ,

Si vous aimez Amate et plaignez sa misère ,

Si ce saint nom de mère a sur vous quelques droits ,

Si la nature encor vous parle par ma voix ,

Venez : que mes douleurs dans vos cœurs retentissent ,

Qu'à mes cris maternels vos cris se réunissent;

Allumez ces brandons, dénouez vos cheveux,

Mêlez-vous à nos chœurs , joignez- vous à nos vœux. » Ainsi dans les forêts la déesse inhumaine

Des transports de Bacchus aiguillonne la reine ;

Hideuse , elle sourit à ses propres fureurs.

De la haine déjà le germe est dans les cœurs.

C'est assez ; elle étend son aile ténébreuse ,

Part , et gagne d'un vol cette cité fameuse

Où du Piutule altier le monarque orgueilleux,

Turnus , fait son séjour ; un nom jadis fameux ,

Voilà tout ce qui reste à la célèbre Ardée

Que la fille d'Acris autrefois a fondée.

C'était l'heure où tout dort, l'air, la terre et les flots ;

Turnus goûtait lui-même un paisible repos.

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Alecto torvam faciem et furialia membra Exuit : in vultus sese transformat aniles , Et frontem obscœnam rugis arat : induit albos Cum vitta crines : tum ramum iunectit olivac. Fit Calybe , Junonis anus templique sacerdos ; Et juveni ante oculos his se cum vocibus offert :

« Turne , tôt incassum fusos paliere labores , Et tua Dardaniis transcribi sceptra colonis? Kex tibi conjugium et qusesitas sanguine dotes A.bnegat , externusque in regnum quaeritur hsercs. ï nunc , ingratis offer te , irrise , periclis : Tyrrhenas, i, sterne acies ; tege pace Latinos. Haec adeo tibi me , placida quum nocte jaceres , Ipsa palam fari omnipotens Saturnia jussit. Quare âge , et armari pubem , portisque moveri , Lgetus in arma para; et Phrygios, qui flumine pulchro Consedere , duces , pictasque exure carinas. Gœlestum vis magna jubet. Rex ipse Latinus , Ni dare conjugium , et dicto parère fatetur, Sentiat, et tandem Turnum experiatur in armis. »

Hicjuvenis, vatem irridens, sic orsa vicissim Ore refert : « Classes invectas Thybridis undam Non , ut rere , meas effugit nuntius aures ; INe tantos mihi finge metus : nec regia Juno Immcmor est nostri.

Sed te victa situ vcriquc effeta scnectus ,

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