‹ Œuvres de Delille (volume 5)Chapitre 14 sur 18 · T\OE 63, VERS · texte numérisé non relu

T\OE 63, VERS

Peut-être, comme l'eau, le feu le rend fluide.

Nous n'avons aucun exemple de la congélation de l'air par le refroidissement; mais l'analogie porte à regarder ce fluide comme

formé d'un corps solide et pesant, dissous dans le principe de la chaleur ; et on a la même opinion sur tous les gaz.

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Lui-même agit sur eux, il dessèche la terre, Tl rouille les métaux, il pénètre la pierre.

L'air a la propriété de dissoudre de l'eau , et , toutes choses égales d ailleurs, sa faculté dissolvante se compose de la pression combinée avec la température. L'air doit donc enlever à la terre son humidité, et la dessécher d'autant plus qu'il est plus chaud, et en même temps plus dense.

Cet élément fluide est aussi transparent.

La transparence de l'air dépend de plusieurs causes: premièrement, du nombre de couches que la lumière aura traversées; ensuite de la densité des couches successives , et encore de la pureté de l'atmosphère. Il faut aller sur les giandes montagnes pour jouir du ciel le plus pur et de la plus belle transparence de l'air. M. de Saussure , dans un de ses voyages au Mont-Blanc , rapporte à ce sujet un fait curieux; il faut le laisser parler lui-même.

« La grande pureté et la transparence de l'air, dit-il, qui sont )> les causes de l'intensité de la couleur bleue du ciel, produisent » vers le haut du Mont-Blanc un singulier phénomène; c'est que » l'on peut y voir les étoiles en plein jour; mais pour cela, il faut » être entièrement à l'ombre , et avoir même au-dessus de sa tête » une masse d'ombre d'une épaisseur considérable; sans quoi l'air » trop fortement éclairé fait évanouir la faible clarté des étoiles. » L'endroit le plus convenable pour faire cette observation , le mai>tin, était la montée qui conduit à l'épaule du rvIout-Blanc. » Quelques uns des guides ont assuré avoir \u de là des étoiles: >' pour moi, je n'y songeai pas, en sorte que je u'ai point été le té- « moin de ce phénomène ; mais l'assertion uniforme des guides ne » me laisse aucun doute sur la réalité. »

Par lui uuus respirons l'œillet, la marjolaine. Les plantes aromatiques e.\halenl conliiuiellrment les parti-

cuies les plus ténues de leur propre substance. Ces particules, suspendues ou dissoutes dans l'air, sont portées par lui sur notre membrane pituitaire, la stimulent, et font naître la sensation con^ nue sous le nom d'olfaction.

L'air humide, d'Iris compose les couleurs.

Le phénomène de Yiris ou arc-en-ciel n'a effectivement lieu que quand il pleut et que le soleil luit en même temps. Il faut pour l'apercevoir que l'observateur ait le dos tourné vers le soleil et les yeux fixés vers le nuage qui se résout en pluie. Lorsque la lumière solaire traverse les globules d'eau qui forment le nuage, elle éprouve, en pénétrant dans ces globules, une véritable décomposition , et donne ainsi naissance aux brillantes couleurs qui constituent l'arc-en-ciel.

L'air par ses doux reflets forme le crépuscule ; Par lui l'aurore avance , et le soir se recule.

L'air réfléchit en partie la lumière solaire qui tombe directement sur lui ; il renvoie également celle qui a été réfléchie par les corps, et concourt ainsi à les éclairer.

Quand le soleil se trouve plongé sous l'horizon, et que son abaissement n'excède pas dix-huit degrés, la lumière qui frappe les hautes régions de l'air est en partie réfléchie vers la surface de la terre , et donne par là naissance au crépuscule et à l'aurore , qui ont d'autant moins de clarté que le soleil est plus éloigné de l'horizon. Si la terre pouvait être privée de son atmosphère, on aurait nuit close depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever.

De là ces jets brillans , ces vapeurs colorées Dont se peignent du ciel les voûtes azurées.

Parmi les brillans météores dont l'atmosphère est le théâtre, l'arc-en-ciel est celui où la nature élale plus de richesse et de magnificence.

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