‹ Œuvres de Delille (volume 5)Chapitre 15 sur 18 · A.S NOTES · texte numérisé non relu

A.S NOTES

Et lair intérieur, par un contraire effort , Ue sa force élastique oppose le ressort.

Le poids d'une colonne d'air qui a pour base la surface d'un mètre carré, est égal à celui d'une colonne de mercure de même base et de -jG centimètres (28 pouces) de hauteur, ou à celui d'une colonne d'eau de même base et de lO mètres et demi (32 pieds) de hauteur; mais une telle colonne pèserait dix mille cinq cents kilogrammes, ou 21 milliers de l'ancien poids.

Supposons maintenant que la surface d'un homme moyen soit d'un mètre carré et demi, ce qui n'est pas éloigné de la vérité , cet homme portera, répartie sur tous les points de sa surface, une charge d'environ trente-un milliers de livres.

Les grandes cavités du corps, telles que la poitrine et celles des intestins, seront pressées de dehors en dedans, chacune par un poids de cinq à six milliers, et s'aplatiront s'il ne se trouve pas au dedans une force capable de soutenir un poids aussi grand. Mais cette force existe dans l'air intérieur, dont le ressort, tendu par le même poids, repousse du dedans au dehors avec une égale énergie, et fait équilibre au poids de la colonne d'air.

l4 PAGE 65, VERS 20.

Le poids de l'air agit sur la nature entière , En .solide pesant s'unit à la matière.

Tous les corps, en brûlant, diminuent la masse de l'air et augmentent de poids. Le phosphore , le charbon , les gaz inflammables, les métaux, enfin tous les combustibles décomposent le gaz oxygène, et se combinent à sa partie pesante. Ici, comme dans les vers précédens, l'expression poétique est aussi exacte que celle des physiciens. Le calorique, dont le poids ne peut pas être apprécié dans l'état actuel de nos connaissances, est mis en liberté , et le combustible retient la base, l'oxygène, et pèse avec lui.

L'illustre Lavoisicr, inventeur de ces vérités, les a mises au jour par une foule d'expériences qui servent aujourd'hui de base aux théories chimiques.

Uci beaux jours, de l'orage e.xact indicateur.

Le mercure captif ressent sa pesanteur.

Le baromètre, dont nous devons l'invention a Torricelli, sert à mesurer les variations qu'éprouve la pression de l'atmosphère. Il consiste dans un tube , long de plus de trente pouces, rempli de mercure et privé d'air. L'une des extrémités du tube est fermée hermétiquement; l'autre est ouverte, et plonge dans une cuvette contenant du mercure, ou bien se recourbe en forme d'ampoule: c'est sur le mercure de cette cuvette ([ue l'air exerce sa pression; le métal monte dans l'intérieur du tube, et reste suspendu à une hauteur variable , suivant que l'air est plus ou moins pesant ; il est ordinairement à vingt-huit pouces au-dessus du niveau de la mer. Le baromètre est donc véritablement une balance où le poids de la colonne d'air est donné par celui de la colonne de mercure.

''> PAGE 65, VEr>S 23.

L'air élève à son gré les eaux obéissantes ,

Du tronc dans les rameaux conduit le suc des plantes.

Ces vers doivent être rapportés à l'opinion des physiologistes, qui attribuent aux trachées mises en jeu par l'air la faculté d'aider au mouvement de la sève.

>7 l'AGE 65 , VERS 29.

Qui de sa gravité nous enseigna la loi ? C'est toi, Torricelli; divin Pascal, c'est toi.

Gahlée soupçonna bien le premier que l'ascension de l'eau dans les pompes était produite par la pesanteur de l'air; mais la mort, qui le surprit en i64?., ne lui permit pas de donner à ses idées le développement dont elles avaient besoin. Il était réservé à Torricelli, son disciple, né en iCo8, mort en 1647, ^ ^'^S^ de Sg ans, de trouver la véritable explication de ce phénomène. Ce célèbre physicien pensa donc que la pression de l'air était cause de l'ascension de l'eau, et cpie cette pression égalait celle de trente-deux pieds d'eau ; il vit en outre que dans un tube de verre, fermé à l'une de ses extrémités, le mercure ne s'élevait qu'à vingt-huit pouces, et que celte hauteur était précisément à celle de l'eau en raison inverse de la densité de ces deux liquides; sa conjecture fut alors changée en certitude. Quatre ans après , Pascal , voulant jeter un dernier trait de lumière sur la découverte de Torricelli, engagea

son beau-frère Penier à la répéter sur le Puy-de-Dôme. A mesure que Perrier s'élevait sur la montagne, la colonne de mercure s'abaissait dans le tube; au sommet du Puy-de-Dôme, elle était de plus de trois pouces moins longue qu'au pied de la montagne. Ainsi la diminution de la colonne de mercure suivant celle de la colonne d'air, le poids de l'une s'affaiblissant par la même cause que le poids de l'autie, il ne resta plus aucun doute sur cette loi de la pesanteur de l'air, savoir : que la pression de l'atmosphère sur une surface donnée est égale à celle que trente-deux pieds d'eau ou vingt-huit pouces de mercure exerceraient sur cette même surface.

Ici Pascal, dans son andace.

Des colonnes de l'air osa peser la masse ; Mais , hélas ! de cet air ignoré si long-temps L'illustre infortuné jouira peu d'Lnstaus; La mort l'enlève an monde au printemps de sou âge.

Biaise Pascal, né à Clermont en Auvergne, le ig juin lôaS, mourut à Paris, le igaoùt 1662.

<c 11 y avait , dit 31. de Chateaubriand , un homme qui , à douze ans, avec des barres et des ronds , avait créé les mathématiques; qui, à seize, avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eût vu depuis l'antiquité; qui, à dix-neuf, réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l'entendement; qui, à vingttrois ans, démontra les phénomènes de la pesanteur de l'air, et détruisit une des grandes erreurs de l'ancienne physique ; qui, à cet âge où les autres hommes commencent à peinede naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines , s'aperçut de leiunéant, et tourna ses pensées vers la religion; qui, depuis ce moment jusqu'à sa mort , arrivée dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonnement le plus fort; enfin qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie, et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du dieu que de l'homme : cet effrayant génie se nonin)ait Biaise Pascal.-o

A Misèue autrefois toute une armée en deuil Offrit en gémissant l'iiommage d'un cercueil.

On trouve encore au royaume de Néples un promontoire qui porte le nom de Misènc [capo di Miseno).

Denys d'Halicarnasse, dans ses Antiquités romaines , donne l'origine de cette dénomination. « Les Troyens, dit-il, entrèrent dans un port du pays des Osques , qu'ils appelèrent Misèue, du nom d'un des leurs qu'ils y perdirent.

Virgile, attentif à saisir tout ce qui peut couper agréablement son récit, a consacré cette tradition, en décrivant, avec des détails et une précision qui n'appartiennent qu'à lui , la triste cérémoniedes funérailles, ou plutôt l'apothéose de Misène. Il finit par ces vers :

At pius AEneas ingcnti mole sepulcrum Imponit, suaque arma viro , remumque, tubamque, Monte sub aerio, qui mmc Misenus ab illo Dicitur, œtçrnumque tenet per saecula nomen ,

que M. Delille a traduits :

Enée à cet bonneur en joint un plus durable: Sur un mont il élève un trophée honorable, Y place dans sa main la lance et le clairon ; Et ces bords, ô Misène! ont conservé ton nom.

c'est peu : des corps tonibans à qui l'air fait passage , Sa fluide épaisseur ralentit le voyage.

Ainsi qu'en pesanteur en vitesse iu égaux. Tous d'un cours différent ils traversent ses flots; Mais tous , d'un mouvement également rapide , Lorsque l'air est absent retombent dans le vide : Et le métal pesant , et la plume sans poids , Au terme du voyage arrivent à la fois.

Tous les corps tombent dans le vide avec la même vitesse, comme le démontre l'expérience faite dans la machine pneumatique.

Il n'en est pas de même si les corps tombent dans le fluide atmosphérique ou dans un milieu quelconque qui résiste.

Ne soyons donc point suiprià qu'une plume et une pierre tombent avec des vitesses différentes dans l'air, et avec la même vitesse dans le vide.

De l'élasticité l'impulsion puissante ]Ve distingue pas moins l'élément que je chante; Son ressort captivé, tout-à-coup détendu. Regagne en un instant autant qu'il a perdu.

La pesanteur ne caractérise pas le fluide atmosphérique. Cette propriété est commune aux fluides incompressibles. Ce qui le distingue, c'est son élasticité, c'est-à-dire^ la faculté qu'il a d'être composé de molécules qui, se laissant réduire à de moindres dimensions par une force quelconque, tendent à surmonter cette pression et à vacquérir leur première étendue en agissant contre les corps qui les compriment.

Par lui , sans le secours des feux et de la poudre , Du cylindre muet l'air fait voler la foudre.

Le ressort de l'air est en effet le seul moteur employé dans le fusil à vent, dont nous allons décrire le mécanisme.

La principale pièce de cette arme , qui extérieurement ressemble assez aux fusils ordinaires, consiste en une crosse métallique , creuse, très solide, et garnie à sa partie supérieure d'une soupape qui s'ouvre de dehors en dedans. On introduit de l'air dans cette crosse, à l'aide d'une petite pompe foulante qui s'y monte à vis, et à laquelle on substitue le canon du fusil. L'air comprimé, agissant par son ressort sur tous les points de l'intérieur de la crosse, maintient la soupape fermée. Mais le mécanisme de la détente ouvrant cette soupape , une petite quantité d'air s'échappe avec rapidité, et chasse devant elle la balle que l'on a préalablement introduite dans le canon. La soupape se referme aussitôt par la pression de l'air, ce qui permet de tirer plus de six fois de suite , sans recharger la crosse.

Cette arme est certainement beaucoup plus curieuse qu'utile : la difficulté de la fabriquer, et surtout de l'entretenir long-temps

et) bon état, la rend plus chère et d'un service moins sûr et moins commode que nos fusils ordinaires.

Le bruit que font les fusils à vent est très faible comparativement à celui d'une arme à feu, parce que ni la balle, ni l'air comprimé qui la pousse, ne frappent jamais l'air extérieur avec autant de force que le fait une charge de poudre enflammée ; la balle d'un fusil à vent peut néanmoins être projetée avec assez de force pour percer une planche assez épaisse à une distance de plus de cinquante pas.

2J PAGE 68 , VERS l8.

Quand la natmc et l'art leur laissent un cours libre , L'air est ainsi que l'onde ami de l'équilibre. Est-il rompu ? soudain des nuages errans Les flottantes vapeurs s'épanchent en torreus.

Tous les fluides tendent toujours à se mettre en équilibre; mais cet équilibre n'atteint jamais sa limite de perfection; il est sans cesse renaissant et sans cesse rompu dans la nature. Le fluide atmosphérique éprouve plus que tout autre ces rapides variations.

^■i PAGE 68, VERS 28.

:>ouvcut aussi , d'fiole enfant audacieux ,

Du pied rasant la terre, et le front dans les cieux.

Le terrible ouragan mugit, part et s'élance,

La ruine le suit et l'effroi le devance.

Lorsque l'air est animé d'un mouvement très rapide, le plus souvent circulaire, on lui donne le nom d'ouragan.

On en distingue de plusieurs sortes : \e prexter, XecnepMs , \ exhydria et le typho.

\je prester est un vent impétueux qui lance des éclairs. Des observations exactes et multipliées ne laissent aucun doute sur l'existence de cette espèce d'ouragan.

\lecncphis est un vent violent qui paraît s'élancer d'un nuage, et qui accompagne presque toujours \e piester. Ce vent se fait fréquemment sentir dans la mer d'Ethiopie , principalement vers le cap de Bonne-Espérance. Les marins le connaissent sous be nom de travane.

\ùexhydiia est un venl qui sort avec violence d'un nuage , et qui est accompagné d'une pluie abondanlo.

Enfin, le typho est un vent impétueux qui tonne avec rapidité, suivant toutes sortes de directions ; il souffle fréquemment de haut en bas. Les Turcs le connaissent sous le nom à' oliphant ; les Indiens, sous celui èiorancan. Les mers orientales, et particulièrement celles qui sont situées au voisinage de Siam et de la Chine, sont fréquemment le théâtre de cette espèce (\!ouragan ; ce qui augmente dans ces contrées les dangers de la navigation.

Voici des détails tirés de X Histoire générale et particulière des voyages j, qui me paraissent pouvoir intéresser quelques lecteurs.

« Les premiers navigateurs qui ont approché du cap de Bonne- Espérance ignoraient les effets de ces nuages funestes, qui semblent se former tranquillement, et qui , tout d'un coup, lancent la tempête. Près de la côte de Guinée, il se fait quelquefois trois ou quatre de ces orages en un jour ; ils sont causés et annoncés par de petits nuages noirs ; le reste du ciel est ordinairement fort serein et la mer tranquille. C'est principalement aux mois d'avril, de mai et de juin, qu'on éprouve les tempêtes sur la mer de Guinée.

« Il y a d'autres espèces de tempêtes, qu'on appelle proprement des ouragans, qui sont encore plus violentes que celles-ci, et dans lesquelles les vents semblent venir de tous côtés.

» Lorsque les vents contraires arrivent à la fois dans le même endroit, comme à un centre, ils produisent les tourbillons; mais, lorscjue les vents trouvent en opposition d'autres vents qui , de loin , contrebalancent leur action, alors ils tournent autour d'un grand espace, dans lequel il règne un calme perpétuel. Ces endroits de la mer sont marqués sur le globe de Senex, aussi bien que les directions des différens vents qui régnent ordinairement sur toutes les mers. »

= 5 PAGE Gy, VERS 19.

C'est toi que j'en atteste, û malheureux Cambyse! Rapide couquérant de l'î^gj'pte soumise.

M. Darwin, dans son poème sur les amours des plantes, a le premier mis en vers cette destruction de l'armée de Cambyse; mais cet événement, qui tient à l'histoire, appartient au poète qui a le mieux su remployer,'en peignant avec plus d'énergie et de variété le désordre, le tumulte et la confusion de cette effroyable scène, cil nous faisant passer rapidement de la crainte à l'espoir, et de

l'espoir à la crainte; en marquant d'une manière plus sensible la progression de terreur et de pitié , qui , dans le récit de ce désastre, doit conduire le lecteur à l'épouvantable catastrophe d'une armée entière ensevelie dans une mer de sable, surtout en donnant à cette description une place plus convenable; car les traits qui doivent la composer conviennent mieux à la peinture des révolutions orageuses de l'air, qu'à celle de la végétation et de l'amour des plantes.

Mais comment expliquer tous ces grands mouvemens , Ces révolutions de l'empire des vents ?

Des causes sans nombre peuvent déterminer une rupture d'équilibre dans les colonnes fluides dont l'atmosphère se compose ; quelquefois elles agissent isolées; dans d'autres circonstances, elles se combinent pour donner naissance à cette grande variété de vents qui se succèdent avec tant de rapidité dans les régions atmosphériques.

Parmi les vents divers , despote peu durable , L'un exerce un moment son règne variable , S'empare en souverain de l'empire de l'air ; Il part comme la foudre , il meurt comme l'éclair , Et, calmant tout-à-coup ses foudres passagères. Dans les airs à leur tour laisse régner ses frères.

Les vents se divisent en généraux ou constans, en périodiques ou réglés, et en variables.

Les vents généraux ou constans soufflent toujours du même côté; tels sont les vents alizés , qui se font remarquer entre les deux tropiques, et soufflent d'orient en occident. Cette direction des vents alizés souffre néanmoins de légères variations, suivant les différentes déclinaisons du soleil : elle se tient ordinairement entre le nord-est et le sud-est. Ces vents appartiennent à l'Océan.

Les vents périodiques ou réglés soufflent périodiquement d'un point de l'horizon dans un certain temps, et d'un autre point dans un autre temps ; tels sont les moussons qui soufflent du sud-est depuis le mois d'octobre jusqu'au mois de mai, et du nord-ouest depuis le mois de mai jusqu'au mois d'octobre, entre la côte de Zanguebar et l'île de Madagascar; tels sont aussi les vents de terre,

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et de mer, qui soufflent le matin de la mer à la tene, et le soir de la terre à la mer.

Les vent'i inconstans ou variables soufflent tantôt d'un côté, tantôt d'un autre; ils ne sont soumis à aucune loi par rapport aux lieux ni par rapport aux temps. Leur direction, leur durée, et la vitesse qui les anime, éprouvent de grandes et fréquentes variations. Tels sont les vents qui se font sentir dans l'intérieur des terres, et sur mer hors des tropiques.

Le vaisseau que battait la tempête orageuse A laissé loin de lui le brûlant équateur. Heureux ! il trouve enfin ce vent consolateur.

Ceux qui vont aux Indes orientales traversent d'abord toute la Zone Torride, et s'avancent vers le sud, plus de dix degrés au-delà, jusqu'au cap de Bonne-Espérance, où la navigation est souvent orageuse. Mais lorsque, retournant vers le tropique méridional, ils ont dépassé l'île de Bladagascar, ils trouvent enfin le vent alizé et des mers plus sûres. Ce vent vient toute l'année du sud-est.

Dans le même Océan, plus près des côtes, régnent les moussons, du sud-ouest et du côté opposé, alternativement pendant six mois de suite. Ces vents périodicjues, souvent impétueux, sont fréquemment accompagnés d'orages.

O charme de l'oreille ! aimable Polymnie , C'est lui qui, secondant ta céleste harmonie. An gré du souffle humain , de l'archet et des doigta , En accens modulés fait résonner le bois ; Par lui l'airain bruyant , la corde frémissante , Du mobile clavier la touche obéissante.

Parlent tantôt ensemble et tantôt tour à tour ; 11 fait siffler le fifre et gronder le tambour. Anime le clairon, inspire la musette.

Fait soupirer la flûte , éclater la trompette.

Pour apprécier l'influence qu'a l'air sur la production des phénomènes dont M. Delille offre ici l'élégante description, il importe de remarquer que le son consiste dans un mouvement vibratoire pvcité dans les plus pcliics molécules des corps qui jouissent de

rélasticilé. Quand ces molécules ont reçu un niouvenienl de vibration , elles sont portées successivement en avant et en arrière; lorsqu'elles vont en avant, elles pressent nécessairement les molécules d'air qui leur sont contigucs , leur impriment un mouvement en avant dans la même direction que le leur, et conséquemment les condensent. Mais, quand les parties du corps sonore retournent en arrière, les parties d'air qui avaient été condensées se rétablissent en vertu de leur élasticité, et se dilatent, d'où il résulte que les molécules d'air contiguës acquièrent un mouvement de vibration semblable à celui du corps sonore. Ces molécules d'air contiguës impriment un pareil mouvement à leurs voisines, et ainsi de suite, de manière que le mouvement vibratoire des molécules du corps sonore, se propage par les vibrations successives de l'air jusqu'à l'organe de l'ouïe; et, comme les vibrations des corps sonores se succèdent par des intervalles de temps égaux, celles qui sont excitées dans l'air par ces différentes vibrations se succèdent aussi les unes aux autres par des intervalles de temps égaux.

L'air est donc le milieu à travers lequel le son se propage. Quelquefois il fait l'office de corps sonore. Un coup de fouet qu'un postillon fait retentir, le sifflement d'une baguette secouée avec violence, ne sont autre chose que le son rendu par l'air, dont les molécules se mettent en vibration, parce qu'elles sont frappées par un corps solide. Dans le son de la flûte, je ne vois autre chose qu'un certain volume d'air, partant de la bouche du joueur, pour frapper une autre masse d'air renfermée dans l'instrument. C'est ici l'air qui est le corps sonore; s'il en était autrement, c'est-à-dire, si les vibrations du bois dont se compose une flûte participaient à la formation du son qu'elle rend, toutes choses égales d'ailleurs, deux flûtes de différente matière devraient rendre des sons différens; ce qui est contraire à l'expérience.

2° PAGE 78, VERS 3l.

J'entends, je reconnais ces chefs-d'œuvre de l'art , Trésors de rbarmonie et la gloire d'Érard.

On est dispensé de faire une note, quand il s'agit de MM. Érard et Séjan, tous deux connus depuis long-temps, l'un par la beauté de son exécution, l'autre par le mécanisme ingénieux qui a porte au plus haut degré de perfection ses harpes et ses pianos.

DU CHANT IIL

Suivant les lieux, le sol, le froid et la chaleur, Ciiangeaut de goût , de poids, de forme et de couleur.

L'eau est très abondamment répandue dans la nature; mais jamais elle ne nous est offerte dans son état de pureté. Elle tient toujours en dissolution différentes substances qui altèrent son homogénéité; de là cette diversité de couleur et de goût de l'eau prise dans divers lieux de la terre.

En dissolvans actifs pénètre tous les corps , En change la nature, en dissout les accords.

Il n'est aucune substance naturelle et artificielle qui ne contienne de l'eau; tantôt elle s'attache aux corps qu'elle rencontre, et borne son action à mouiller leur surface, tantôt elle pénètre leurs pores et agit avec efficacité pour séparer leurs molécules : quelquefois elle contracte avec elles une union faible qui ne produit de changement que dans leur forme. Enfin , il arrive que le contact de certains corps la décompose ; ils se combinent avec un de ses . élémens, et cette combinaison est assez puissante pour altérer très sensiblement leur nature.

Agit sur les métaux, les sels , l'air et la terre.

1° La plupart des métaux n'exercent acune action sur l'eau, et réciproquement; ils restent en contact avec elle sans lui faire éprouver aucune altération et sans eu éprouver eux-mêmes.

2° L'eau agit sur les sels avec plus ou moins d'activité , sépare leurs molécules et les réduit à un état de ténuité tel , qu'elles deviennent invisibles dans ce liquide.

iNOTES DU CHANT III. 2(]9

3" Si l'on met de l'eau , ramenée par un moyen quelconque à son état de pureté , en contact avec de l'air atmosphérique, elle exerce sur ce fluide une action en vertu de laquelle elle l'absorbe, le dissout , et lui donne ainsi sa forme et à peu près sa densité.

Elle nourrit la plante, elle pétrit la pierre; En courant elle creuse ou comble les vallons , Baisse, élève, crevasse ou dépouille les monfs.

Les végétaux tirent leur nourriture de l'air et de l'eau qui les environnent. On a cru pendant long-temps que la terre était la nourriture favorite des plantes, et qu'elle se transformait en leur propre substance. Cette erreur des anciens est aujourd'hui complètement détruite : il a été prouvé par un grand nonïbre d'expériences que la terre n'influe sur l'accroissemeut des plantes qu'en faisant pour ainsi dire l'office d'une éponge qui conserve à leur racine l'humidité dont elles ont besoin.

Et, si Thaïes trompé fit tout naître de l'onde, Du moins l'eau pure altère et refait notre monde.

Thaïes, le premier des sept sages de la Grèce , naquit à Milet en lonie , environ G4o ans avant Jésus-Christ. De retour dans sa patrie après un assez long séjour en Egypte , il y fonda cette célèbre école de philosophie connue sous le nom de secte ionique. « Les planètes, le soleil, les étoiles, tout se nourrit de vapeur , disait-il dans ses leçons; un principe unique alimente tous les corps de la nature, et ce principe c'est l'eau. Il avait emprunté cette doctrine des Egyptiens, qui attribuaient au Nil la production de tous les êtres.

C'est peu ; pour l'équilibre un invincible attrait A niveler ses flots la conduit en secret. Ainsi du réservoir si l'onde languissante Coule, tombe et ressort en gerbe jaillissante, Du bassin paternel autrefois son berceau Son jet irrésistible atteindra le niveau.

C'est sans doute la tendance qu'ont tous les fluides à se mettre

en équilibre , qui détermine le nivellement d'une masse d'eau jouissant de sa lilierté ; mais ce n'est point celte même tendance qui sollicite les eaux jaillissantes à s'élever jusqu'à la hauteur du réservoir.

Lorsqu'on dit qu'une eau jaillissante doit atteindre la hauteur du réservoir , on fait abstraction de la résistance que l'air oppose à son mouvement , et du frottement qu'elle éprouve aux liords de l'orifice du jet.

Les corps pèsent aussi de diverse manière. Des solides sur nous pèse la masse entière ; L'onde plus divisée écoute d'autres lois ; Chaque colonne d'eau , chaque goutte a son poids. Et, traversés par l'air, les atomes fluides Dispersent en tombant leurs globules liquides; Mais qu'un souffle glacé les réunisse en bloc. L'eau redouble de poids, de vitesse et de choc. Et tous les points compacts que son volume assemble Doivent partir, tomber, peser, frapper ensemble.

Les molécules matérielles dont se composent les solides sont étroitement unies entre elles : elles font un seul et même tout ; leur effort se concentre en un seul point qu'on nomme centre de pesanteur. Il n'en est pas ainsi des fluides. Toutes leurs molécules sont indépendantes les unes des autres; elles sont si faiblement unies , qu'elles cèdent au moindre effort qu'on fait pour les séparer. De là vient que l'air divise avec facilité les globules liquides d'une masse d'eau tombant du sein de l'atmosphère sur la surface de la terre.

Il n'en faut pas conclure que ces globules isolés ont moins de poids absolu que lorsqu'ils sont réunis en masse solide. Il est vrai qu'ils tombent avec moins de vitesse , et qu'ils choquent avec moins d'activité; mais il est visible que ces effets dépendent d'une cause accidentelle, la résistance de l'air , qui est plus grande pour des globules liquides indépendans les uns des autres, et présentant conséquemraent plus de surface à l'air que le même nombre de globules réunis en masse solide par une cause quelconque.

8 PAGE 83, VERS i6.

Les fluides encor par leur mobiKté

Agissent en tous sens, pressent de tout côté; Tandis que le corps dur, ou que le froid condense. Garde de ses tissus la .secrète adhéreuce.

La pression en tous les sens est une loi qui caractérise les fluides, tandis que les corps solides n'exercent leur pression que dans le sens de la pesanteur, c'est-à-dire de haut en bas : ainsi un liquide pèse sur les parois du vase qui le contient, taudis qu'un solide n'exerce son poids que sur le fond du vase. Tout le monde sait que si l'on fait un trou à l'une des parois d'un vase enfermant un liquide, ce liquide s'échappe aussitôt par l'ouverture prati(niéc.

Enfin de l'Iiydraulique interrogeons les lois ; L'onde unit dans son choc sa vitesse et son poids.

L'hydraulique ou plutôt l'hydrodynamique montre en effet que la force qu'une eau courante exerce sur un obstacle qu'elle rencontre, se compose de sa vitesse combinée avec sa masse ; et l'on sait que la masse d'un corps quelconque est toujours proporiiounelle à son poids.

»0 PAGE 90, VERS i3.

Que de beautés encore , ou riantes , ou fières , Vous offrent les ruisseaux, les fleuves, les rivières!

Loisqu'une eau courante n'est pas assez forte pour porter bateau, on l'appelle ruisseau ; si elle est assez forte pour porter bateau , elle prend le nom de rivière. Enfin , si elle peut porter de grands bateaux, on la nçtwwxi^ fleuve. La différence de ces dénominations n'est, connue l'on voit, que du plus au moins. Quel- (jues auteurs donnent le nom de fleuves qu'aux rivières qui se déchargent immédiatement dans la mer, et il parait que l'usage a consacré cette dénomination. D'autres prétendent qu'il n'y a de vrais fleuves que ceux qui ont le même nom depuis leur source jusqu'à leur embouchure.

Eh! pourrais-je oublier ces eaux miraculeuses Que cachent à nos yeux leurs grottes caverneuses, Et dont les flots , glacés par de fréquens éclairs.

Aux approches du feu font pétiller les airs? Et celles que le soufre attiédit et colore , Où la brillante Hygie et le dieu d'Épidaure , Dans un bain salutaire ont mêlé de leur main Les métaux de Cybèle et les feux de Vulcain?

Les eaux minérales médicinales , dont va parler le poète, sont celles qui sortent du sein de la terre naturellement chargées de substances propres à déterminer la guérison de quelques maladies.

On divisait autrefois les eaux minérales en eaux thermales, ou chaudes , et en eaux froides. Aujourd'hui on les range sous les quatre classes suivantes : i°eaux hydro-sulfureuses ; 2° eaux acidulés gazeuses ; 3o eaux ferrugineuses ; 4° eaux salines. La chimie a soumis la plupart des eaux minérales à une analyse exacte, ce qui a donné le moyen d'en composer d'artificielles. On doit toutefois préférer les eaux naturelles, surtout quand on les prend à la source.

L'eau présentée à l'air aisément s'évapore; Ses vapeurs sur le feu montent plus vite encore : Sitôt qu'à gros bouillons on la voit s'agiter, La flamme à sa chaleur ne peut rieu ajouter.

Lorsqu'une masse d'eau est exposée à l'influence de l'air , elle diminue de volume, et les molécules qui l'abandonnent s'élèvent dans le sein de l'atmosphère : tel est le phénomène connu sous le nom diévaporation.

Si l'on combine de l'eau avec une certaine quantité de calorique, elle passe à l'état de vapeur, et cette transformation est toujours annoncée par l'ébullilion du liquide.

l5 PAGE 93, VERS 22.

L'eau , quand l'air libre encor communique à ses flots. Bout moins rapidement ; mais dans un vase clos ( Surtout quand de Papin l'hermétique clôture Concentre dans l'airain la chaleur qu'il endure ) L'eau captive s'échauffe , et sa moite prison Du fluide attiédi reçoit l'exhalaison.

Lorsqu'on expose de l'eau à l'action de la chaleur , le calorique

DU CH\?<T m. 273

se combine avec les molécules tlu liciuide, et leur communique une force répulsive opposée à la force de cohésion.

De cette masse d'eau dans les airs emportée , La force du calcul recule épouvantée.

Au globe qui fournit ces humides tributs , Le ciel qui les pompa rend les flots qu'il a bus ; La mer reprend sa part ; à la terre arrosée L'autre revient en pluie , eu frimas , en rosée.

L'air dissout d'autant plus d'eau qu'il est plus comprimé , et que sa température est plus élevée. Il existe donc dans les régions atmosphériques une quantité d'eau dissoute qui est toujours proportionnelle à la pression combinée avec la température. Si la pression et la tempéiature augmentent ensemble ou séparément, la faculté dissolvante de l'air augmente; ce qui fait voir que, pendant les ardeurs brûlantes de l'été, l'atmosphère contient une grande quantité d'eau qui n'altère point sa transparence, parce qu'elle est parfaitement dissoute.

Dans la saison des rosées, le soleil échauffe considérablement la terre , ainsi que l'air qui environne sa surface ; et cette augmentation de température de l'air tant que le soleil est sur l'horizon , détermine la dissolution d'une grande quantité d'eau.

C'est aux rosées, aux brouillards, mais principalement aux pluies, que les sources doivent leur origine. Les sources alimentent les rivières et les fleuves, qui depuis un grand nombre de siècles déposent leurs eaux dans le sein de la mer, sans ajouter sensiblement à son volume. Il faut donc que la mer rende aux sources cette immense quantité d'eau qu'elle reçoit; et l'atmosphère est le canal de communication que la nature a établi pour entretenir ce commerce salutaire.

Le feu seul la divise et seul il la dissipe;

Mais souvent il la quitte, et ses flots épaissis ,

En givre, en neige, en glace, en frimas sont durcis.

L'eau doit sa lit|iudilé à la présence d'une ccrlaine (piantilé de caloritpie; augmente/ cetlc- (piantilé, l'eau passe à l'état ai-rifiirme; diminue/.-la , l'eau devient solide.

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