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pourra se croire assez irréprochable , assez élevé en autorité, pour braver vos accusations. Puisque vous êtes si irrité contre Desmarete, et si acharné à le poursuivre , uniquement pour avoir défendu ses amis avec modération , en vous excusant , autant qu'il le pouvoit,et même en vous donnant des éloges que vous ne méritiez pas, il faut compter, quelques égards qu'on mette à vous avertir, que vous n'y répondrez que paç vos fureurs; puisque vous mentez si audacieusement dans votre livre , puisque vous en appelez si souvent à vos thèses qui confondent votre mensonge , et que vous méprisez si ouvertement les lois de la charité, comme d'invention récente, personne ne peut espérer de vous réduire au silence par l'évidence du raisonnement ; enfin , puisque vous paroissez si implacable et si opiniâtre à venger vos moindres injures , que vous ne vous laissez arrêter ni par l'autorité, ni par les avis, ni par les prières des magistrats et des assemblées ecclésiastiques , tout le monde redoutera votre inimitié, et fuira votre rencontre comme celle d'une bête féroce. Si par ces moyens vous parvenez à sauver votre réputation et à empêcher ceux qui pénétreront la vérité, de la mettre au jour , ou du moins à leur ôter toute créance, j'avoue que vous exercerez un grand pouvoir. Mais j'ajouterai ici en peu de mots les raisons qui m'empêchent de croire que vous
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réussissiez , et en même temps je feftti connoîtf e vos mérites.
Tant que vos injures ne sont tombées que sur les adversaires de votre religion , vous avez conservé sans peine quelque réputation de savoir et de piété dans votre parti. Vous imprimiez beaucoup; ottattribtioit cette fécondité à votre science : vousemplôyie* souvent l'outrage ; on pensoit que vos adversaires le méritoient et que votre zèle en étoit la cause : mais en même temps les dissidents s'indignoient, s'irritoient, et vos livres n'étoient d'aucun usage, Cetix qui les lisôient , peu nombreux d'ailleurs, je l'avoue, y cherchant des raisons et n'y trouvant que des injures , et voyant une cause si mal défendue, en concevoient encore une plus mauvaise opinion; en sorte qu'il est dans l'intérêt de votre religion elle-même que les moyens que vous employez soient signalés , et je peux craindre que ceux de ma communion ne m'accusent de prévariquer en me taisant. Lorsque ensuite on remarqua que vos invectives ne s'adressoient guère à des péchés connus, tnais que vous mettiez votre habileté à en découvrir de nouveaux , si légers que personne n'y trouve de mal , et qui sont propres aux grands plutôt qu'aux gens du peuple ; lorsqu'on vit que vous en parliez comme de crimes énormes, on pensa qu'on pouvait justement vous appliquer lés paroles de Jésus-Christ , saint Matth,, 7: Ne jugez
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point, afmque voms ne soyez point jugés ; car vous serez jugés selon ce que vous aurez jugé les autres 3 et on se sfirvirfoenverspous de la même mesure dont vous vous serez servis envers eux. Pourquoi voyez-vous une paille dans l'œil de voire frère, vous qui ne voyez pas une poutre, dans votre œil? Ou comment ditesvous à. votre frère , Laissez-moi tiner une paille de votre œil ,. vous qui. avez une poutre dans le vôtre? Hypocrites, qtez premièrement la poutre de votre œil, et alors vous verrez 'comment vous pourrez tirer la paille de Cœil de votre frère. Lorsqu'on connoît encore comment vous avez attaqué Régi us et comment vous avez voulu étendre, sans aucune ombre de raison, votre censure théologique à des questions purement philosophiques, on n'a pu douter de votre méchanceté. Lorsqu'enfin vous en êtes venu à condamner dans des thèses académiques le magistrat et les principaux habitants d'une ville puissante, pour une chose qui a reçu l'approbation des autres théologiens et de leur consistoire ; à traduire comme u$ calomniateur leur ministre, qjui vous a répondu avec autant de modération que de vérité; à dire des lois de la charité qu'elles sont de nouvelle date; à soutenir qu'il n'y a pas de rapport entre les synodes et vous.; à renier impudemment dans un nouvel ouvrage ce que, vous avez écrit dans des thèses publiques ; et à ne vous laisser détourner par aucune raison de faire paroître un
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livre si méchant et si injurieux , vous ne sauriez douter que vos supérieurs ne reconnoissent clairement la nécessité de réprimer votre audace. En effet , quelle provocation plus ouverte à la guerre civile que de s'appuyer de l'autorité d'une ville pour condamner dans un écrit public , foible de raisons et fort d'injures, ce qu'a fait une autre ville, non pas d'indifférent, mais d'utile à la république. Vous êtes fâché sans doute de ce que j'écris; mais que voulez- vous? Il s'agit du salut commun et de la paix de ce pays que j'habite comme vous depuis plusieurs années. Il n'est point ici question de la bonté de la mesure que vous avez blâmée ; il ne faut pas attendre qu'un synode détermine s'il est permis à ceux de votre religion d'entrer, avec des catholiques romains, dans quelque société qui soit appelée du nom de la Vierge , efc dans laquelle il n'y ait rien de contraire à votre religion ( on y trouveroit sans doute dé grandesdifficultés); la question est seulement de savoir s'il est permis à un théologien d'une ville de condamner une autre ville de sort autorité privée, et de la diffamer autant qu'il est en lui ; et s'il faut penser que ses supérieurs ne jugeront' pas, dans leur sagesse et leur équité, qu'il doit être puni. Le châtiment est d'autant plus nécessaire qu'ils connoissent déjà votre opiniâtreté. Si vous n'êtes réprimé, vous serez bientôt îî'une audace
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qui savent qu'on ne met rien dans une thèse dont le répondant ne soit tenu de s'instruire ; ce qui exige encore quelque travail. Mais quand il seroit vrai que vous épargniez votre peine, vous n'en seriez pas plus charitable. Certainement vous n'avez eu pour but ni de réformer , ni de servir sous aucun rapport ceux que vous accusiez : car on voit aux pages 339 et 54 1 de votre livre, que vous n'espériez pas que ces thèses leur parvinssent jamais. D'un autre côté vous ne pouviez vous proposer le bien de vos disciples ni d'aucune autre personne , en nommant Bois-le-Duc , et en désignant les auteurs du fait que vous blâmiez; au contraire, en citant des hommes distingués, jouissant d'une réputation éminente , dont cette action n'avoit pas éveillé les scrupules, et que tout le monde se plairoit à imiter, il vous devenoitplus difficile de combattre leur exemple , qu'en séparant de toutes les circonstances le fait que vous censuriez , afin de prévenir les applications. Or , puisque la désignation des personnes n'étoit utile ni à ceux que vous accusiez , ni aux autres , n'est-il pas évident que vous avez eu l'intention de médire? D'où a-t-elle pu vous venir , si ce n'est de votre empressement à saisir de pareilles occasions pour usurper et affermir sur tous les esprits votre injuste domination ? Vous n'aviez aucune haine personnelle contre ceux que vous avez attaqués; de votre aveu vous ne le*
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connoissiez pas ; mais, comptant que vos thèses ne tomberaient jamais dans leurs mains , ou que du moins ils ne les honoreroient pas d'une réponse publique , vous avez cru que vous alliez acquérir une grande autorité , et que les membres de votre académie et tous ceux que la renommée instruirait de votre conduite , voyant que vous aviez osé impunément condamner des hommes si distingués et une ville si célèbre , respecteroient votre puissance, et n'entreprendraient rien , soit en public , soit en particulier , sans votre approbation , tremblant de s'exposer à vos calomnies. En usant de tels moyens , quiconque est impudent, méchant, grand parleur, agréable à la populace , peut aisément acquérir beaucoup de pouvoir , si personne ne démasque se» artifices. Mais, malheureusement pour vous, Desmare ts a prouvé par un écrit public l'innocence de ses concitoyens et l'iniquité de votre accusation ; le magistrat de Bois-le-Duc et d'autres encore ont essayé par différentes lettres de vous décider à garder te silence jusqu'au jugement du prochain synode, auquel ceux que vous aviez accusés protestoient qu'ils vouloient se soumettre. Ainsi vous fûtes réduit à l'alternative ou de jeter le masque de la piété ef de la charité y en refusant d'écouter leur juste demande ; ou de voir s'évanouir presque toutes vos espérances de domination , en vous soumettant à l'autorité des synodes. Vous faites connoître votre
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voir employé plus d'une fois, dans votre livre, cette sorte de mensonges. Et je ne demande pas qu'on m'en croie sur parole : je n'ai rien avancé qui ne soit évident, d'après les écrits que vous avez publiés ; et si quelques uns ne veulent pas lire vos ouvrages, et qu'ils trouvent injuste de croire mes affirmations plutôt que les dénégations formelles de leur pasteur, ils ne peuvent cependant vous excuser sans condamner Desmarets, votre confrère; car on ne sauroit nier que vous l'accusez souvent dans votre livre de mensonge et de calomnie. Si vous dites vrai , il est indigne de prêcher ; mais si vous dites ce qui n'est pas, en l'accusant de calomnie , vous calomniez vous-même ; et comme on ne sauroit le soupçonner, je ne vois pas qu'il vous reste aucune excuse.