SEPTIÈME PARTIE
Des mérites de Gisbert Voet.
Il entre dans le plan de cet ouvrage de montrer combien il pourroit y avoir de danger à laisser vos diatribes impunies. Et quoique j'aie donné à cet écrit la forme épistolaire , je l'adresserai non pas seulement à vous , mais encore à toute espèce de lecteurs, et je puis le faire sans manquer, comme vous, aux lois de la charité. J'aùrois assurément préféré vous ramener au bien , si cela eût encore été possible , sans donner de publicité à mes reproches ; mais puisque les représentations et les lettres amicales des magistrats et de vos confrères ont été jusqu'à présent sans pouvoir sur votre esprit , il ne reste plus qu'à essayer si des reproches publics seront plus utiles. Je me serois volontiers épargné l'ennui de composer un pareil écrit ; mais il m'a paru si nécessaire , que je ne puis en aucune façon m'en dispenser : d'abord , parcequ'il est du devoir de chacun de contribuer selon ses foiblés moyens au salut et à la tranquillité du pays qu'il habite; ensuite, parcèqpe personne n'a eu peut-être occasion d'observer mieux que moi vos mauvaises qualités , que personne ne peut les mettre au jour aveô plus de liberté; enfin, parcequ'il n'est personne de la part de qui une pareille
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révélation puisse être mieux reçue , et obtenir plus de crédit auprès du public. Que j'aie été précédemment à portée de vous bien connoître, et que je le sois aujourd'hui de bien faire connoître vos mérites , c'est ce qu'on m'accordera sans peine, quand on saura qu'il y a quelques années vous avez voulu, par la plus impudente de toutes les catorp rires, m'imputer, sans la plus légère apparence de raison, le plus grand dés crimes , je veux dire ^'athéisme'. On peut s'en convaincre en lisant vos brochures sur d'athéisme, publiées en i63<), et dont j'ai parlé plus haut, à la fin de la quatrième partie de cette lettre, le pourrois citer encore votre libelle diffamatoire intitulé Philosophie cartésienne , •et dont les * dernières feuilles me sont parvenues pendant que je m'occupais de fat rédaction de cet êtifc. Je ne dis pas qu'il soit d'ijin bout à l'autre votre ouvrage , car je me ferois scrupule de félvir à votre associé h pari de gloire qui doit lui en xëvenir*; mais du moins c'est par votre ordire étt vos feoiùs .qu'il a été imprimé. Et puisque dans ce libelle vous avœ ptis la liberté d'avancer sur mon compte les faits les plus faux et les moins vraisemblables, on ne me refusera pas, j'espère, lé droit de dire .publiquement et ouvertement sur le votre ce dont, je pourrai prpuver la vérité. Et votre ha* bileté dans l'art de la calomnie, qui. fait craindre à tant d'autres de vous attaquer , ne sauroit m'ii*-
spirer de crainte. J'ai Vécu de telle sorte, et je suis connu de tant de monde, qu'on ne peut pas dire de moi une vérité que je craigne d'entendre , ni un mensonge dont je ne puisse aisément démontrer la fausseté. D'ailleurs, vous avez si bien épuisé, dans votre Philosophie cartésienne, votre recueil d'injures , et vos talents pour l'invective et la calomnie, qu'on peut comparer ce que j'ai dit de vous dans ma lettre au père Dinet, au morceau d'étoffe que l'on à coutume d'offrir à La morsure des serpents que l'on veut apprivoiser , car ils y laissent si bien leur venin et leurs dents, qu'on peut ensuite les toucher impunément. Enfin bien des motifs se réuniront pour donner à mes écrits contre vous quelque poids auprès des lecteurs éclairés et des juges impartiaux. D'abord , on iait que personne n'est plus que moi l'ami de k tranquillité et de la paix ; que jamais je n'ai intenté de procès ni cherché de querelle à personne; que j'ai même souvent pardonné le mal qu'on m'a voit fait plutôt que de chercher à me venger. Au contraire on vous connoît pour le querelleur le plus acharne et le plus insupportable, au point que si je vous donnois dans cet écrit le plus léger prétexte pour m attaquer , il faudroit en venir aux. procès, pour lesquels j ai la plus grande aversion ; on est donc sûr que j'apporterai la plus grande attention à ne rien écrire qui ne soit non seulement parfaitement vrai ^
mais encore incontestable. On sait encore que je ne m'offense point quand on contredit mes opinions ; que c'est même un titre à mon amitié de les combattre par amour pour la vérité; qu'on est d'autant plus assuré de me plaire qu'on propose contre moi des objections plus solides; mais que ceux qui se bornent à des insultes et à des plaisanteries n'obtiennent de moi que le mépris. J'ai donné plus d'une fais la preuve que tels étoient mes principes. De tous ceux qui m'ont calomnié , il n'en est qu'un seul auquel j'aie répondu , parceque j# m'y trouvois contraint par un motif particulier. On croira donc aisément que j'aurois encore aujourd'hui dédaigné de répondre à vos injures, si elles n'avoient eu quelque chose d'atroce , et si ma défense personnelle ne se rattachoit à quelque intérêt public. D'ailleurs, il est de notoriété publique, qu'habitant depuis plusieurs années ces provinces, j'ai montré pour elles autant d'attachement qu'aucun de leurs enfants ; et peut-être même doit-on me tenir plus de compte d'un séjour qui n'est pas l'effet du hasard de la naissance , mais de mon choix et de ma volonté. Bien des gens savent que je vivois assez à mon aise dans ma patrie, et que mon seul motif pour aller vivre ailleurs , c'est que le grand nombre d'amis et de parents que je ne pouvoî» me dispenser de voir déroboient tout mon temps et mon loisir à ces études qui font mon bon-
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heur, et que plusieurs personnes ne croient pas indifférentes au bien de l'humanité. Aucune partie du monde ne m'étôit fermée, il n'en étott pas une seule où je n'eusse la certitude d'être accueilli volontiers comme un hôte qui ne seroit jamais à charge, et dont peut-être on pourroit même se faire honneur. Ainsi mon choix étoit parfaitement libre , et j'ai choisi ce pays de préférence k tous les autres. Enfin il est notoire que je ne fais pas profession d'être théologien, qu'on ne m'a jamais vu disputer *ur aucun des points de controverses qui ont divisé les chrétiens en différentes sectes , que je puis donc plus librement que M. Desmarets, ou tout autre de vos théologiens, mettre en lumière tout ce qu'on peut dire sur votre compte , et qu'on pourra s'en rapporter à mon témoignage plutôt qu'à celui des gens qui disputent contre vous sur des questions religieuses ; car, on pourra le remarquer , je ne dirai de vous rien que je ne pusse dire de la même manière si nous professions tous deux la même religion,
Ici je parlerai d'abord des vertus qui me paraissent convenir à un professeur de théologie et au pasteur d une église ; ensuite je récapitulerai , en peu de mots , vos actions; et enfin j'examinerai vos mérites. Il est certain que la base et le fondement de toutes les vertus , c'est la charité ; qu'elle est surtout nécessaire à ceux qui doivent , par état ,
s'occuper d'instruire les autres , et les exciter à la vertu. Vous conrtoissez les paroles de l'Apôtre , i . Cor. 1 3 : Quand je parlerois le langage des hommes et des anges* si je n'ai pas la charité , je serai semblable à l'airain sonore vu à la cymbale retentissante; quand j'aurois le don de prophétie, quand j'aurois percé tous les mystères , quand je possêderois toute science, quand j'aurois une foi assez grande pour transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité > je ne suis rien ; quand je dépenserais tout ce que je possède pour donner à manger aux pauvres * si je n'ai pas la charité , tout cela sera compté pour rien. Il est clair , d'après ce passage, que tous les autres présents de Dieu , qui peuvent être accordés à l'homme , n'ont de valeur qu'autant qu'ils sont unis à la charité. Or les signes auxquels là charité peut se reconnoître sont décrits en ces termes dans le même passage de l'Apôtre : La charité est patiente ; elle est bienveillante. La charité ne connott ni les rivalités , ni les actions criminelles , ni V orgueil, ni l'ambition; elle ne cherche point même ce qui est à elle; elle ne s'irrite point; elle ne pense point te mal; elle ne se réjouit point de l'iniquité , fnais elle met son plaisir dans la vérité. Il suit de là que ceux qui sont esclaves de leur colère, malveillants, envieux, turbulents, orgueilleux, arrogants, disputeurs, viofents, médisants, insolents et menteurs, sont loin d'avoir la charité. Or comme cette charité, c'est-à-
dire cette amitié sainte que nous portons à î>ieu, et à- Cause de Dieu à tous les hommes , en tant que nous savons qu'ils sont aimés de Dieu , a de grands rapports avec cette amitié honnête qu'un commerce plus intime fait ordinairement naître entre les hommes , nous pourrons, à bon droit, examiner en même temps les devoirs que Tune et l'autre impose. Il n'y a , en fait d'amitié , qu'une règle fondamentale ; c'est de ne jamais faire de mal à nos amis , et de leur faire autant de bien qu'il nous est possible; et, comme le plus grand de tous les biens est d'être exempt de vices , le plus grand service que l'on puisse rendre à un autre, c'est d'essayer, par les moyehs convenables, de le guérir de quelque» vice. Mais j'ajoute, par les moyens convenables, car si l'oit va réprimander &on prochain «mal à propos , lui reprocher, une faute légère trop sévètentent > ou devant des témoins dont là présence n'étoit pas nécessaire; si on lui impute des fautes qu'il n'a point commises, et qu'on montre-, par ce tte j conduite, que 1 on cherchoit moins la conversion. que la honte du prochain et que sa propre glofrfc, on ne fera que se rendre odieux et iipportun. Mais il est presque toujours possible d'avertir son ami sâhs témoins et avec douceur. Si ce premier avertissement ne stif- 1 fit pas , et si la faute est grave , il est encore permis d'insister , et de lui parler sur le ton du re-
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proche, et enfin de faire employer ces même»
moyens par ses autres amis , par un , par deux , par tous. Si tous ces moyens ne réussissent pas , et si sa faute est de nature à le rendre indigne de l'amitié d'un honnête homme , nous pouvons nous retirer dç sa société , et ne plus le compter au nombre de nos amis ; mais assurément tant que nous lui sommes attachés , nous ne devons jamais le reprendre pqbliquemept, et en présence de tout le monde, même des étrangers et des inconnus ; car de cette manière nous n'agirions pas pour son bien , mais pour son mal et pour sa honte. Cela ne doit pas seulement s'entendre des défauts secrets, mais encore de ceux-là même qui sont publics. Car ^ pour l'ordinaire , les hommes qui pèchent en public se glorifient de leurs fautes , et s'inquiètent fort peu qu'on les connoisse ; mais ils s'affligent des reproches que ces fautes leur attirent. Et il faut remarquer que la crainte du déshonneur est un puissant moyen de retirer l'homme du vice, mais non pas le déshonneur même , qu'on ne redoute plus une fois qu'on l'a subi ; et c'est pour cela que ceux qui n'écoutent pas les reproches particu* liers de leurs amis ne sont pas plus touchés de ceux qu'on leur adresse en public , mais qu'ils en prennent bien plutôt occasion de persévérer plus librement dans leurs fautes. Les exemples ne manquent pas à l'appui de ce que j'avance. Ces lois de l'amitié
humaine sont parfaitement d'accord avec les lois de la charité que Jésus-Christ lui-même enseigne en ces termes, Matth. , 1 8 : Si ton frère a péché contre toi , va et prends-te entre toi et lui; s'il t * écoute* tu auras gagné un frère ; s 7 il ne t 9 écoute pas* prends encore avec toi un ou deux témoins , afin que toutes vos paroles ne soient qu'entre deux ou trois; s'il ne les écoute pas 9 dis-le à l'Église, et, s'il n'écoute pas (Église* qiiil soit pour toi comme un païen et un publicain. Il fout remarquer ici qu'il ne s'agit pas de toutes les fautes du prochain indifféremment , mais seulement des torts qu'il peut avoir eus envers nous ; car if n'y a pas seulement dans le texte , Si ton frère a commis une faute > mais on ajoute contre toi: et, comme le droit de faire des reproches existe beaucoup plutôt pour celui qui est personnellement offensé que pour celui qui voit seulement commettre le mal , il n'est pas douteux que ce passage ne contienne tous les remèdes extrêmes dont il est permis d'user envers son prochain , lorsqu'une faute grave lui a mérité nos reproches. Et si l'on rappelle ici tous» les péchés du prochain , c'est qu'on suppose que les âmes pieuses, par un effet du zèle qui les anime, ne voient pas avec plus de chagrin leurs injures personnelles que les torts du prochain envers Dieu , ou , comme les mortels ne peuvent rien contre la Divinité, le tort que le coupable qu'ils chérissent comme leur pro-
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chain , se fait à lui-même. Si donc vous avez à vous plaindre de quelqu'un qui soit chrétien , et que, par conséquent, la charité vpus. commande d'aimer comme un frère , vous devez d'abord l'a-r vertir en particulier. S'il qe s'amende pas, il faut alors l'avertir en présence d'un ou deux amis , et choisir pour cela ceux que vous» savez avoir le plus d'empire sur son esprit , çt, s'il ne se corrige pas encore , dites-le à l'Église, c'est-à-dire «partez vos plaintes devant l'assemblée générale de ceux qui l'aiment aussi en Jésus-Christ. Et , suiv^pt l'ordre hiérarchique qu'on m'a dit être établi parmi vous , on peut entendre, par ce mot , l'Église, ou le consistoire , ou le synode. Mais il faut bien remarquer ici que, par ces mots, dites-le à l'Église, l'écrivain sacré n'a pas voulu entendre une réprin^ande publique faite en présence de tout le monde , et rpjême des étrangers , comme dans une thèse de théologie, ou dans un sermon ; d'abord , parceque cela est directement contraire à la charité , et pprte tous les caractères d'un châtiment, inutile^pour le bien de celui à qui on l'inflige, mais capable de lui faire beaucoup de mal. En effet, comme je l'ai déj^ dit, celui qui ne se corrige point , quand on a fait connoître sa conduite à ses amis, ne se corrigera pas davantage quand on l'aura rendue publique. Au contraire, délivré delà crainte d'un pareil affront, il n'aura plus aucune retenue dans le mal.
En second lieu, parceque l'Écriture ajoute ces paroles, S'il q écoute pas l'Église, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicàin, c'est-à-dire cessez de le mettre au nombre de ceux avec qui la conformité de sentiment et de foi vous a lié d'une manière plus intime, et ne le traitez plus que comme un étranger et un inconnu, sans le poursuivre néanmoins comme un ennemi; car autrefois les disciples de Jésus-Christ n'avoient point de haine pour les païens et les publicàin s; ils se bornoient à ne pas les aimer comme leurs frères.
Or ces lois de l'amitié, obligatoires pour tous les hommes, le sont encore plus pour les théologiens , les prédicateurs et les pasteurs des églises. Car comme il n'y a pas dans là vie sociale de plus grand bien que l'amitié, comme le plus grand avantage de l'amitié est de pouvoir être averti par ses amis et corrigé par leurs conseils; que d'un autre côté tout le monde n'est pas à même d'avoir personnellement des amis assez fidèles et assez sages pour remplir convenablement des fonctions aussi délicates , on consent volontiers à écouter, comme les amis communs de tous les hommes, ceux en qui l'on reconnoît, dans un degré éminent, l'esprit de piété, de prudence et de charité chrétienne. Or on s'attend ordinairement à trouver toutes ces qualités dans ceux qui s'adonnent spécialement; aux études théologiques, et qui sont .
reçus au nombre des prédicateurs et des ministres de l'Église ; et quand ils les possèdent réellement , ils ont les titres les plus incontestables au respect et à l'amour de tous les autres hommes. Mais si nous voyons qu'un homme , sans nous avertir en particulier d'aucune de nos fautes , saisit et cherche , même toutes les occasions de nous accuser publiquement auprès des autres , surtout lorsqu'il espère que.nous n'en saurons jamais rien ; que souvent même il nous attribue des fautes auxquelles nous sommes complètement étrangers, ou qu'il condamne comme de grands crimes des actions que nous avons bien réellement commises , mais qui n'avoient rien de criminel à nos yeux, ni à ceux des autres, et tout cela sans avoir eu jamais à se plaindre de nous ; que ce même homme a tenu la même conduite envers plusieurs autres, nous reconnoîtrons clairement qu'il est entièrement dépourvu de charité chrétienne, même de tout sentiment humain , et qu'il est indigne de notre amitié. Je crains bien que mes lecteurs ne regardent comme superflu tout ce que je viens d'écrire. Nous avons vu suffisamment dans ce qui précède que vous dédaignez les lois de la charité en les traitant de lois mielleuses anodynes , peut-être parceque vous craignez de paroître doucereux, et que vous préférez le ton d'un censeur amer et d'un législateur impérieux. J'ajouterai donc ici quelques
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mots sur ce sujet; et d'abord, quant aux réprimandes que Toi* fait, sans avoir aucun droit de condamne;*, et qu'on appelle, à proprement parler, des accusations, elles sont certainement permises dans tout état bien ordonné, quelquefois même elles sont commandées , comme quand il s'agit d'un crime de lèse-majesté. Et à la rigueur, ceux qui en blâmant autrui ne disent rien de contraire à la vérité, ceux-là ne sont pas condamnés par les lois, car il est dit expressément dans le Digeste, livre XVIII, des injures et libelles diffamatoires : Celai qui attaque la réputation d'un coupable ne peut encourir pour ce motif aucune condamnation; car il est bon et utile que les fautes des coupables soient connues. Mais néanmoins il est diverses circonstances qui font que telle accusation est moins honorable et moins juste que telle autre ; car lorsqu'un coupable montre de l'humilité et des dispositions au repentir , il n'est pas honorable de se faire son accusateur, à moins qu'on ne soit magistrat, ou qu'on n'y soit contraint par quelque autre motif. Ce seroit aller contre la charité que nous nous devons les uns aux autres, que de chercher à faire punir un homme qui s'humilie et demande grâce ; mais si un coupable arrogant et obstiné menace de troubler la paix et la concorde publique ; si , malgré les avertissements particuliers de ses amis et même des magistrats,
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il refuse de reconnoître et de réparer ses fautes , s'il se montre si violent dans l'attaque , si audacieux en fait de calomnies , si opiniâtre à les soutenir que peu de gens qfient lui résister, s'il a enfin tant de faux-fuyants, tant de ruses pour dissimuler ses vices, tant d'impudence pour les nier, qu'aisément reconnus par ceux qui examinent la chose de près , il ne soit pas aussi facile de les démasquer aux yeux de tout le monde, il est certain que celui qui peut, et qui ose le faire, lorsqu'il ne remplit aucune fonction publique, fait une bonne action quand il l'accuse, et qu'il ne peut même honnêtement se dispenser de le faire , s'il a été lui-même attaqué , offensé par d'atroces calomnies , et qu'il s'exposeroit par cette négligence à se faire accuser de lâcheté et d'indifférence pour l'utilité publique et pour sa propre réputation. J'ai fait une exception pour ceux qui remplissent des fonctions publiques, non que je pense qu'ils doivent tous s'abstenir de se porter pour accusateurs, quelques uns même y sont obligés par état, mais parceque, cette dernière circonstance exceptée, il est moins honorable pour eux de le faire , que pour les particuliers. En effet, lorsqu'ils ne peuvent remplir les fonctions de juges, il est à craindre qu'on ne les accuse d'abuser de leur influence pour opprimer un innocent. Car un particulier accuse à ses risques et périls, et s'il ne peut prouver qu'il a
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dit la vérité, où du moins qu'il avoit de puissants motifs pour croire qu'il la disoit, il est puni comme calomniateur : mais les hommes en place peuvent souvent nuire plus impunément; et assurément de tous ceux qui remplissent des fonctions publiques, il n'est personne à qui le rôle d'accusateur convienne moins qu'à un prédicateur , à un professeur de théologie , à un ministre de l'Église. Comme en raison de leurs' fonctions ils sont regardés comme supérieurs aux autres hommes en piété, en science, et surtout en charité, leur témoignage est un préjugé bien fort contre celui qu'ils accusent, et s'ils veulent faire le mal, ils ont de grandes chances de calomnier impunément. Mais quoique peut-être on puisse quelquefois leur permettre d'accuser les autres , de venger leurs propres injures et dfe s'abandonner à leurs ressentiments personnels, il ne leur est jamais permis d'employer pour cela les sermons ou les thèses publiques.
Personne ne doute en effet que les sermons ne soient institués pour enseigner la vérité dans tout ce qui touche à la religion , et en même temps pour détourner les bornes du mal et les amener à la vertu ; mais jamais on n'a pensé qu'ils dussent servir à impriràer l'ignominie, à ouvrir un champ plus vaste à la malignité , ou à conférer aucun droit sur les individus ; et quand un prédicateur blâmé,
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. du haut de la chaire, la conduite d'un particulier ou d'uq magistrat , assurément il fait plus de tort à leur réputation que s'il leur adressoit les mêmes reproches ailleurs, quoique en présence du même auditoire. Choisi par ses concitoyens pour leur dire la vérité dans ce lieu -là même* il donne à son témoignage privé le poids de l'autorité publique , abusant ainsi de la dignité de ses fonctions pour détruire la réputation du prochain. D'ailleurs, toute . censure publique tombant sur les personnes, quelque vraie, quelque juste qu'on la suppose , excède pourtant les bornes de la charité, et tend à rendre le prochain odieux: aussi est-elle d'un très mauvais exemple dans un . sermon. Enfin, comme, sous prétexte d'attaquer les vices, on peut en venir fort aisément à attaquer impunément les personnes , en s'abstenant , il est vrai, de les nommer, mais en les désignant de telle sorte que l'auditoire puisse aisément le* reconnoitre sans que le prédicateur soit obligé de convenir qu'il les a voit en vue, les hommes vraiment pieux, qui ne veulent point abuser de ce moyen pour s'arroger une autorité illégitime sur les magistrats et le reste de leurs concitoyens, prennent bien garde qu'on ne puisse dire jamais d'eux ce que vous dites de vous-même , page 33 1 , que par suite de votre méthode habituelle on rencojit*e souvent dans vos sermons des faits particuliers
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retracés d'une manière sî frappante, que même sans nommer personne vous avez l'air de raconter. Pour les thèses , à ne considérer que leur usage ordinaire, elles n'ont pas grande autorité. Elles sont , la plupart du temps , supposées faites par des écoliers , et elles ne doivent contenir que des assertions que l'auteur entreprend dé soutenir pendant quelques heures, qu'il soit persuadé ou non de leur vérité. Car dans toutes les matières qui ne touchent point à la foi, et qui ne peuvent entraîner de préjudice pour personne, on peut sans mensonge soutenir même ce qu'on ne croit pas vrai. C'est un moyen d'exercer l'esprit , en repoussant toutes les objections que l'on peut faire pendant la courte durée de la discussion. On peut mêifte, quand on le juge convenable, citer le nom d'un auteur dont on ne partage pas les opinions; proposer par exemple les thèses suivantes ou d'autres semblables : Le sang né circule pas dans le$ veines , contre V opinion d'Hervey. . . . Il jr a des formes substantielles ^contre l'opinion de Régi us* Alors on est censé nommer par déférence ceux dont on ne partage pas Fopinion, et tous les véritables amis de la vérité souffrent sans peine la contradiction. Mais il faut bien se garder de nommer ou de dési- ' gner quelqu'un dans tfne thèse, de telle sorte qu'il puisse considérer la citation comme une censure, car alors les thèses dégénèreroient en libelles, dont
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tout l'odieux retomberait sur l'université dans laquelle qh les auroit publiées. Il est vrai qu'un seul les compose, mais comme on les épluche en commun, on semble les approuver toutes les fois qu'en n'en arrête point la publication; et il n'est pas un seul lieu où la diffamation soit plus déplacée que dans les universités ou dans les écoles, où Ton doit enseigner la vertu en même temps que la science. Mais si elle est interdite dans ces thèses ordinaires, qui ne sont destinées qu'à fournir un sujet de dis- . cussion pendant une heure, elle doit l'être encore biçn plus dans les écrits respectés que vous publie?; de temps en temps sous le nom de thèses; car vous vous en déclarez l'auteur, et vous voulez qu'on y voie les décisions ou plutôt les décrets de votre faculté de théologie, puisque vous nous apprenez, page 743, que les professeurs de votre faculté sont animé* du même esprit dans leur doctrine , leurs étude* et l'exercice de leurs fone- , lions , et que les réponses et le* thèses de chacun (teupe doivent être considérées comme l'ouvrage de tous.
Enfin, pour faire mieux sentir combien il est déplacé d'attaquer, dans ces thèses ou dans un $erraon , les personnes au lieu des vices , il faut remarquer que les droits que donne la charité , le& seuls dont veuillent user les âmes pieuses, ou même les droits attachés aux fonctions de i'ensei-
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gnement, que Vous pouvez faire Taloir quand il s'agit de la jeunesse soumise à votre férule i mais non pas quand il s'agit de magistrats , n'ont rien de commun avec l'autorité d'un maître, et même avec le droit civil dont les magistrats sont armés pour la punition, des coupables. La principale différence consiste en ce que le droit civil a pour but l'utilité commune d'un grand nombre d'hommes réunis , et que les droits que donnent la charité ou les fonctions du professorat , se rapportent au bien des personnes considérées individuellement; or il est permis au magistrat de nuire à un individu , et même de lui ôter la vie , quand ces mesures sont exigées par l'intérêt général; mais il n'est jamais permis k un instituteur qui a plu* sieurs élèves de faire le moindre* tort à l'un d'eux y quand il devrait en résulter pour les autres les plus grands avantages,- car il tes a reçus tous individuellement de leurs parents, pour oontribuer à leur amélioration , et non pour leur nuire en au* cune manière. C'est ici qu'il faut appliquer à la rigueur la règle qui prescrit de ne jamais faire le mal pour qu'il en résulte du bien: à plus forte raison est-elle obligatoire pour ceux qui n'agissent qu'en vertu des lois de la charité; car faire* du tort à quelqu'un , é'est prouver qu'on n'est pas son ami. Vous ne croyez pas, j'imagine, qu'il vous soit permis de tuer ou de blesser quel-
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qu'un, quelque . grand crime qu'il ait pu commettre; de voler un riche, quelque mauvais usage qu il puisse faire de sa fortune, pour donner ses biens aux pauvres ou l'employer à tout autre usage, fût-ce même à l'usage le plus pieux du monde; mais assurément je ne vois pas pourquoi il yous seroit plus permis d'attaquer, dans des sermons ou des décisions théologiques, la réputation du prochain, c'est-à-dire ce que bien des gens estiment plus que la fortune et la vie, quelque justes que l'on puisse supposer vos reproches ; ce seroit leur faire autant de tort que si vous leur arrachiez leur fortune ou leur vie. Or .je parle ici de votre prochain; car peut-être demanderez vous qu'on vous laisse le champ plus libre pour attaquer les autres : je sais que vous êtes grand batailleur, et que vous rangez parmi vos ennemis tous ceux qui ne partagent pas entièrement vos opinions religieuses. Je ne veux pas examiner si en tout cela votre conduite est conforme aux règles de la piété: on en pourra juger quand on. saura combien vous vous montrez charitable même envers vos frères* Je ne cite non plus que les sermons et lesMécisions théologiques, parceque, dans ces circonstances, étant revêtu d'un caractère public , le tort que vous faites est beaucoup plus grave. Je ne veux point affirmer que vous soyez incapable d'accuser jamais ailleurs vos ennemis, soit devant le juge, soit devant
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le public, bien qu'assurément cette conduite fût moins convenable de votre part que de la part d'un simple particulier. Cette liberté que Ton prend en pareil cas d'accuser publiquement les autres excède les bornes de la charité , et , comme nous l'ayons déjà dit, elle n'a point pour but le bien de ceux qu'on accuse., mais des autres hommes à qui la crainte d'une semblable Accusation peut donner plus d'éloignement pour le vice. Or écoutez l'apôtre saint Jacques, chapitre iv : Celui qui oie à son frère, ôte à la loi; et celui qui juge son frère , juge la toi. En effet, on vous accorde le droit, ou plutôt, en votre qualité de prédicateur, on vous a imposé le devoir de reprendre les vices et de tâcher d'en détourner les hommes; mais il y a bien de la différence entre censurer des vices, qui sont généralement reconnus pour tels , et prononcer que telle ou telle personne est sujette à. ces vices, ou encore décider que l'on doit juger coupable telle ou telle action que les autres jugent fort innocente ; si vous agissez de la sorte, assurément vous ôtez.à la loi et vom jugez ta toi» c'est-à-dire que. vous accordez plus d'autorité à votre jugement qu'à la loi. En e£fet,pour décider les questions de droit, vous avez, je pense, vos synodes, où l'on juge d'après l'opinion commune, et pour punir les actes coupables il y a des magistrats. Or j'ai dé la peine à me persuader que les personnes de votre commu-
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nion vous voient aveo plaisir vous arroger à vous seul le droit de décider une question de votre au* torké privée , et, malgré l'opinion contraire de plusieur» antres théologiens* et même de consistoires entiers , persister à faire plus de cas de votre jugement isolé que des avis de tous les autres réunis; à moins pourtant qu'ils n'aient dessein de vous mettre à la tête de leux Église , dessein que je me garderai bien de combattre , car je craindrois de m'exposer à leurs soupçons , ou de rendre un mau- . vais service à notre Église. Mais à coup sût je serois grandement surpris si les magistrats , de leur coté, vous permettaient de vous constituer, dans vos thèses et dans vos sermons ., juge de la conduite privée de vos concitoyens , et d'attaquer avec si peu de réserve la réputation de tout le monde. Je sais , il est vrai , un prétexte que vous pourriez alléguer pour couvrir cette prétention; car si les prophètes partaient autrefois aux princes avec tant de liberté, vous qui marchez avec tant de sagesse sur les pas de ces divins modèles, dominé par votre zèle , vous ne pouvez supporter rien de contraire , je ne dis pas à la loi dte Dieu, mais à ce que vous regardez ou même à ce que vous pouvez feindre de regarder comme la loi de Dieu; et comme vous ne faites âuctitte acception de personnes , vous vous emportez aussi Rfcre« ment contre des magistrats ou des notables,' que
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contre des hommes d'une classe inférieure. Mais, mon cher monsieur Voet , je vous prie d'observer que ce droit suprême que les prophètes ont autrefois exercé contre les rois même ne leur a été accordé qu'en vertu d'une impulsion extraordinaire et surnaturelle qui leur étoit donnée par Dieu même, et qu'obéissant à sa volonté ils n'étaient pas sujets à l'erreur : aussi ne croyoit-on à leur mission que quand elle étoit attestée par des miracles authentiques. Et pour bien comprendre combien il est difficile que des pouvoirs si vastes vous soient jamais accordés , voyez comment Dieu les caractérise t Jérémie, I : Je t'ai placé aujourd'hui, lui dit-il , au-dessus des peuples et des trônes ; je t'ai donné le pouvoir d'arracher et de détruire, de dissiper- et de perdre , d'édifier et de planter. Mais cet homme que Dieu établissoit ainsi au-dessus des peuples et dç# trônes étoit un individu isolé , n'ayant pas avec lui de conseillers visibles dont il pût prendre les avis; n'ayant de plus aucun caractère public. Aussi n'eûtil pas été raisonnable que les rois et les peuples se soumissent volontairement à ses remontrances, s'il n'eût prouvé par des miracles évidents la mission qu'il avoit reçue d'en haut. Quant à vous , vous êtes bien sous un certain rapport l'héritier de oes prophètes extraordinaires; comme eux vous ne tenez aucun compte des avis des autres hommes, et comme m vous entreteniez commerce avec Dieu même , vous
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tirez de votre propre fonds toutes vos décisions. Mais jusqu'à présent les miracles vous manquent , et vos ouvrages m'ont appris que votre religion ne reconnoît plus dans ce siècle aucun de ces prophètes qui font des miracles et que tout le monde doit écouter avec soumission. Je me dispenserai donc d'examiner quelle peut être sur ce sujet l'opinion de notre Église, et de toutes celles qui ne partagent pas votre croyance; il me suffit de montrer que vous êtes comme un autre sujet à l'erreur, et que vous n'avez aucun privilège qui vous mette audessus des autres ministres de votre religion; il suit de là que, s'il vous est permis de censurer publiquement , de votre autorité privée , la conduite des magistrats, le même droit appartient à tous, vos confrères; or comme vous êtes sujet à Terreur, et qu'autant d'hommes j autant de sentiments , il ne peut résulter de ce droit que de la confusion. Et tout lé monde sait avec quel soin , dans une republique si puissante, composée de tant de membres, et qui ne peut subsister que par la concorde , on doit s'attacher à prévenir un pareil fléau. Mais, pour ne pas oublier les lois de la charité , comme nous avons coutume de pardonner à nos amis tous les torts qu'ils peuvent avoir envers nous, tant que nous jugeons qu'ils sont réellement nos amis, tandis que nous en voulons plus à ces faux amis , dont les fejntes caresses avoient pour but de nous
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faire du tort, qu'à nos ennemis déclarés, de même , s'il arrivoit qu'un théologien animé d'une piété sincère, et qu'on saurait guidé uniquement par la charité , vînt excéder les bornes de son ministère , on lui pardonneroit aisément ; mais qu'un homme vienne , avec le langage et l'extérieur de la piété , montrer dans toutes ses actions la malignité et la passion de dominer , il faut nécessairement réprimer toutes ses entreprises.
Maintenant , si j'examine votre conduite dans l'affaire de Bois-le-Duc , je comprends sans peine de quel zèle vous êtes enflammé. D'abord, en considérant les raisons qui ont pu vous engager à nommer cette ville dans des thèses publiques , à blâmer la conduite de son magistrat , à condamner et même à injurier ses principaux citoyens , il est impossible d'en trouver une seule qui respire la charité ; vous-même, vous n'avez pu en imaginer aucune , vous n'en donnez point dans votre livre ; seulement vous dites , p. 4 ♦ que vous fûtes consulté sur ce qui se passoit à Bois-le-Duc , par je ne saîs quel ministre de cette ville , et que , publiant alors des thèses sur l'idolâtrie indirecte, vous y aviez inséré ce cas , afin d'épargner votre peine. Mais on ne se donne pas moins de peine en insérant dans des thèses une question, et en la faisant imprimer , qu'en la traitant dans une correspondance familière : tout le monde en conviendra, surtout ceux
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qui savent qu'on ne met rien dans une thèse dont le répondant ne soit tenu de s'instruire ; ce qui exige encore quelque travail. Mais quand il seroit vrai que vous épargniez votre peine, vous n'en seriez pas plus charitable. Certainement vous n'avez eu pour but ni de réformer , ni de servir sous aucun rapport ceux que vous accusiez : car on voit aux pages 339 et 34 1 de votre livre, que vous n'espériez pas que ces thèses leur parvinssent jamais. D'un autre côté vous ne pouviez vous proposer le bien de vos disciples ni d'aucune autre personne , en nommant Bois-le-Duc , et en désignant les auteurs du fait que vous blâmiez; au contraire, en citant des hommes distingués , jouissant d'une réputation éminente , dont cette action n'avoit pas éveillé les scrupules, et que tout le monde se plairoit à imiter, il vous devenoitplus difficile de combattre leur exemple , qu'en séparant de toutes les circonstances le fait que vous censuriez , afin de prévenir les applications. Or , puisque la désignation des personnes n'étoit utile ni à ceux que vous accusiez , ni aux autres , n'est-il pas évident que vous avez eu l'intention de médire ? D'où a-t-elle pu vous venir , si ce n'est de votre empressement à saisir de pareilles occasions pour usurper et affermir sur tous les esprits votre injuste domination ? Vous n'aviez aucune haine personneHe contre ceux que vous avez attaqués ; de votre aveu vous ne les
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connoissiez pas ; mais, comptant que vos thèses ne tomber oient jamais dans leurs mains , ou que du moins ils ne les honoreraient pas d'une réponse publique , vous avez cru que vous alliez acquérir une grande autorité , et que les membres de votre académie et tous ceux que la renommée instruirait de votre conduite , voyant que vous aviez osé impunément condamner des hommes si distingués et une ville si célèbre, respecteroient votre puissance, et n'entreprendraient rien , soit en public , soit en particulier , sans votre approbation , tremblant de s'exposer à vos calomnies. En usant de tels moyens , quiconque est impudent, méchant, grand parleur, agréable à la populace , peut aisément acquérir beaucoup de pouvoir , si personne ne démasque se» artifices. Mais, malheureusement pour vous, Desmarets a prouvé par un écrit public l'innocence de ses concitoyens et l'iniquité de votre accusation ; le magistrat de Bois-le-Duc et d'autres encore ont essayé par différentes lettres de vous décider à garder te silence jusqu'au jugement du prochain synode, auquel ceux que vous aviez accusés protestoient qu'ils vouloient se soumettre. Ainsi vous fûtes réduit à l'alternative ou de jeter le masque de la piété et de la charité > en refusant d'écouter leur juste demande ; ou de voir s'évanouir presque toutes vos espérances de domination , en vous soumettant à l'autorité des synodes. Vous faites connoître votre
choix en publiant le livre sur la confrérie, de la Vierge. Vous y disputez la victoire , non par des raisons, non par aucun prétexte spécieux , mais sans autre soutien que votre obstination et l'audace de vos calomnies. Tout l'art de ce livre consiste en ce que vous lavez fait si long et si ennuyeux , qu'aucune patience d'homme ne suffirait à le lire tout entier. De plus Desmarets et tous ceux qu'il défend y sont si souvent accusés, blâmés , condamnés que ceux qui ne feront qu'en parcourir quelques pages , voyant que vous triomphez partout , comme si vous aviez invinciblement démontré la justice de votre cause et les torts de vos adversaires , s'iimagineront que vos arguments sont développés dans d'autres pages qu'ils n'auront pas lues. Vous avez trouvé le moyen de grossir le volume, en ramassant une foule de contes pour rendre odieuses les confréries de la Sainte- Vierge , en mettant en pièces le livre de Desmarets , eu l'arrangeant en lieux communs , et en proposant diverses questions, qui certainement ne sont pas charitables ; car la charité ne pense pas à mal: or ces questions prouvent que vous y avez souvent pensé, lorsqu'il n'y avoit pas lieu. Vous racontez aussi dans ce livre comme vos adversaires ont essayé tous les moyens de vous détourner d'écrire , et comme vous avez persisté , cherchant à faire croire qu'ils se défient de leur cause , et que vous ne doutez pas de votre
bon droit. Ces suggestions préviendront facilement ceux qui n'examineront pas le fond de la chose, et quant aux autres , en très petit nombre , selon vos espérances , si même il doit s'en trouver , qui compareront le livre de Desmarets avec le vôtre, et qui pèseront les raisons de part et d'autre , il paroît t que vous n'avez compté que sur la crainte pour leur imposer silence. Il est impossible en effet qu'ils ne s'aperçoivçnt que vous n'apportez pas une seule raison solide pour blâmer la conduite des principaux citoyens de Bois-le-Duc, ni pour défendre la vôtre, si ce n'est que vous niez avec une incroyable audace que vous ayez écrit ce qu'on lit clairement dans vos thèses. Ils connoîtront par là que Desmarets et les habitants de Bois-le-Duc ne se sont nullement défiés de leur cause, que vous n'avez eu aucune espérance de bien défendre la vôtre, et que par conséquent s'ils ont voulu vous détourner d'écrire , ce n'a été que pour conserver la paix de cette Église, et dans l'intérêt de votre honnetw; que vous , au contraire , vous avez cherché les querelles et les troubles, pour noircir leur réputation, et pour paraître audacieux, implacable et terrible, afin que personne n'ose désormais vous résister. En effet, puisque vous n'avez pas craint de condamner la conduite suivie par les principaux citoyens de Bois-le-Duc , pour la sûreté de leur ville et le salut de la république , nul ne