NEUVIÈME ET DERNIÈRE PARTIE
De la quatrième section du livre sur la Philosophie cartésienne
et des auteurs de ce livre.
Après avoir ainsi fait connoître, l'un et l'autre, par quelles solides raisons et avec quelle maturité de jugement vous désapprouvez mes opinions, vous ajoutez encore, pour conclure, une section divisée en quatre qjiapitres , et qui se réduit à quatre grave» injures. Dans le premier chapitre, page 24$? vous affirmez que ma méthode philosophique conduit au scepticisme, et que je me plate
sur le terrain des sceptique*. Vous en donnez pour preuves, que jalonne, en apparence , contre les sceptiques les plus célèbres* que j'annonce avec emphase une science certaine sur divers .sujets; et qu'enfin je propose un nouveau critérium de la vérité , tel que nul homme, quel qu'il soit, ne saur oit, avec les seules forces de. la nature, appliquer à aucune science. Et, selon vous,#e nouveau critérium nest autre que celui-ci : On ne doit adopter comme vrai que ce qui est clair au point de ne laisser aucun doute. Eu effet vous dites que Us vérité* mêmes de la foi n'échappent pas à la nécessité d'être souvent sujettes au doute. Entendez- vous ceci du moment même où a lieu l'acte de foi , ou de celdi où nous exprimons le sentiment de quelque connoissance? Vous détruisez toute foi, toute science humaine, et c'est vous qui êtes en effet sceptiques, puisque vous affirmez qu'on ne peut avoir aucune connoissance exempte de doute. Si vous voulez parler cf instants différents, voulez-vous dire que celui qui a maintenant une foi véritable, ou une connoissance évidente de quelque objet naturel, peut ne pas l'avoir dans un autre moment ? Cela prouve seulementlafoiblesse de l'homme, auquel les mêmes pensées ne sauroient être toujours présentes ; mais il ne s'ensuit pas qu'il y ait aucun douté dans la science. Par conséquent vous ne prouvez rien contre moi; car je n'ai point parlé d'une certitude
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inaltérable pendant tàfctefa vie, mais seulement de l'évidence que nous obtenons au moment où nous acquérons quelque connaissance. Bien plus, n ayant pas fait cette distinction , et vous efforçant de prouver fort au long que l'homme ne peut rien savoir au point de n'en pas douter, vous enseigne*, a*K tant qu?il est ^n vous, le scepticisme. Quand vous ajoutez (pag. 253) que je profesÊé ouvertement le scepticisme* lorsque j'apprends à révoquer en doute le témoignage des sens, vous donnez lieu de penser que vous croyez bten à vos sens., mais non an** matières de foi , ni à aucune conclusion fondée sur la nature; et vous étés si conséquents et si justes, que tout en aflinfhant qu'on peut douter des matières de foi et des principes de toutes les«ciences , vous prétendez toutefois être saints et orthodoxes , tandis que, pour avoir dit qu'il faut douter du témoignage des sens , vous m'accusez de professer ouvertement le scepticisme. Et que ne diriez-vous pas si j'avois, comme vous, publié en hollandois un .gros livre sur le catéchisme, qui contient près de huit mille questions sans aucune solution ? C'est alors que- vous pourriez justement m'accuser d'enseigner le scepticisme ; car rien n'est plus propre à porter au doute que de proposer ainsi un grand nombre de questions sans réponses, et dans aucun sujet le doute n'est plus dangereux que dans te* catéchisme. . < ; ».
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Dans le second chapitre, page $55, vous dites que ma méthode mène droit à l'enthousiasme, et toute la preuve que vous en donnez, c'est que j'ai écrit qu'il faut détacher l'âme des sens pour contempler Dieu. Pour inculper cette pensée, vous posez d'abord en prihcipe, page 2 56, que l'intelligence a besoin d'être guidée par tes sens extérieurs, et qu'elle n'adopter oit pas comme indubitables Us axiomes même les plus évidents , sans les avoir soumis à l'épreuve des sens; fausseté inadmissible: autrement on n'obtiendroît aucune connoissance des choses divines , parcequ elles ne tombent pas sous les sens extérieurs. Ensuite, page aî>8, vous parlez ainsi : Un cartésien a découvert que Dieu existe en lui par l'idée qu'il en a; pourquoi donc ne raisonneroit-il pas comme l'enthousiaste? Dieu-est tn moi et moi en Dieu 9 donc je n'agis que par Dieu qui existe en moi , et par conséquent je ne pèche pas et je ne puis pécher. J'avoue que ces conséquences ne peuvent être tirées que par des enthousiastes, par des fous, ou par des gens qui vous ressemblent. Enfin , vous dites, page 260, que 1 expérience prouve que ceux qui veulent par l'esprit en tant qu'esprit, c'est-à-dire selon la règle de la raison humaine,
contempler la perfection de l'Etre suprême, lui attribuent une très grande imperfection. On peut en conclure que vous ne voulez pas penser à Dieu, de peur de devenir enthousiastes ou de lui attribuer
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quelques imperfections, et qu'ainsi ne songeant jamais à Dieu vous êtes plongés dans une profonde impiété.
Dans le troisième chapitre, page 261, vous affirmez que j 9 enseigne et que je propage l'athéisme. Il est vrai que vous ajoutez que si je le fais par ignorance, il faut me plaindre; mais que si c'est méchamment 9 il faut me punir. Mais vous ne souffrez pas qu'on doute de la réalité du fait; bien plus vous employez tous vqs moyens pour y faire croire; et après beaucoup de paroles, vous concluez sérieusement, p. 265, quç je travaille à élever dans L'esprit des ignorants le trône de l'athéisme. Il faut observer que c'est une vieille calomnie que voua avez , m at-on dit, opiniâtrement répétée contre moi pendant nombre d'années , et j'ai pu m'en convaincre facilement par vos traités sur l'athéisme, publiés en 1 657. Il semble que vous n'ayez fait un livre que pour la fortifier et l'accréditer. En effet, à la page 1 3 de la préface» vous vous engagez à mon* trer dans le reste de l'ouvrage que j'insinue perfidement et d'une manière insensible le venin de l'a* théisme. Ensuite vous me donnez des disciples, et vous employez toute la première section à controuver des lois absurdes et impertinentes, que par une impudence incroyable, sans la moindre apparence de vérité , vous prétendez que je leur impose; et me comparant partout aux athées,
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aux imposteurs, aux perturbateurs des églises et des états -, les plus détestables et les plus odieux , qui ont été livrés aux plus affreux supplices, en punition de leurs crimes, vous finissez par conclure qu'à leur exemple j'enseigne et je propage l'athéisme. Si vous disiez vrai , je commettrais sans doute un crime très grave , et qu'aucun état , quelque libre qu'il soit, ne sauroit tolérer ; je vais donc rapporter toutes les raisons que vous avez méditées pendant quelques années pour m'intenter cette accusation : j'ai la conscience intime qu'elles ne sont point vraies ; mais n'eussent-elles que la moindre apparence de vérité, je demanderai pardon de mon imprudence et de mon ignorance ; si au contraire il est évident qu'elles ne partent que de votre méchanceté et de votre perfidie, j'aurai le 4roit de me plaindre d'une si cruelle calomnie devant Dieu et devant les hommes. Voici le principe de tout votre raisonnement ; je dis, page 261 : Si les paroles étoient la représentation fidèle de la pensée , et qu'on pût y croire avec assurance , je serois à l'abri du moindre soupçon d'athéisme. En effet, quelques gens ont dans la bouche des discours vertueux et sont cependant, vous le savez, des scélérats hypocrites; de plus il est évident d'après mes écrits qu'on ne peut même me soupçonner d'athéisme; vous prétendez qu'il faut en
conclure que je suis athée , c'est-à-dire que vous
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me supposez hypocrite; mais c'est ce que vous ne prouvez ni n'essayez de prouver nulle |!>art ; à moins que vous ne donniez pour preuve cette longue comparaison entre moi et Vanini, qui, comme vous le rappelez , fut brûlé publiquement à Toulouse, non seulement comme athée, mais comme apôtre de l'athéisme. Or voici ce parallèle : Vanini écrivoit contre les athées , et lui-même étoit le père de tous ; c'est ce que fait Descartes. Vanini se vantoit de vaincre les athées par des arguments auxquels ne pouvoit résister le bouclier de leur entêtement; c'est ce que fait Descaries. Vanini s'avisoit de déposséder les arguments vulgaires de l'autorité dont ils jouissoient depuis long-temps , et d'y substituer les siens; c'est le but que Descaries s'efforce d'atteindre. Enfin , les arguments que Vanini opposoit aux athées comme des A chiites ou des Hector s , examinés attentivement , paroissent sans force et sans valeur; les raisonnements de René Descartes sont , sous tous les rapports, de la même espèce. Vous concluez ensuite, page 265 : Ce n'est donc pas injustice de comparer René au défenseur le plus subtil de l'athéisme , César Vanini ; car il travaille par les mêmes moyens à élever , dans l'âme des ignorants , le trône de l'athéisme. Qui n'admirerait votre absurde impudence? Quand il seroit vrai, comme je le reconnois hardiment, que j'eusse écrit contre les athées, et que j'eusse vanté mes arguments
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comme les meilleurs; quand il seroit vrai, ce que je trie positivement , que je rejetasse les arguments anciens et que les miens fussent trouvés sans force et sans valeur, il ne s'ensuivroit pas que je dusse être, je ne dis pas accusé, mais soupçonné d'athéisme. Qu'un homme s'imaginant réfuter les athées proposé des arguments insuffisants, l'accusera-t-on d'athéisme? non , mais de maladresse. Bien plus, la réfutation des athées étant très difficile, comme vous l'avancez dans votre dernier livre sur l'athéisme, il ne faut pas tenir pour ignorants tous . ceux qui ont combattu cette doctrine sans succès. Voyez Grégoire de Valence : ce théologien célèbre et profond réfute tous les arguments employés par saint Thomas à prouver l'existence de Dieu, et il montre qu'ils sont sans valeur. D'autres théologiens graves et pieux l'ont fait comme lui ; et si l'on raisonnoit à votre manière, on pourroit dire de saint Thomas, qui plus que personne fut à l'abri du soupçon d'athéisme, que ses arguments contre les athées, examinés attentivement, paraissent sans force et sans valeur, et le comparer eii conséquence à Vanini, avec plus de raison que moi, j'ose le dire, puisque mes arguments n'ont jamais été réfutés comme les siens. Mais vous avez deux excellents moyens d'en prouver la foiblesse : le premier, c'est de dire que vous l'avez démon* trie, en passant , dans la troisième seetion de votre
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livre, vous faites bien d'ajouter en passant, parce* qu'en effet il est difficile de riett écrire dé plus foible et de plus absurde, comme je viens de le prouver ; le second consiste à supposer que j'en conviens moi-même implicitement dans la lettre qui précède mes Méditations , et telle est votre inconséquence , que vous rapportez l'endroit même de cette lettre où je dis expressément que mes arguments égalent ou surpassent en certitude et en évidence ceux de la géométrie , ce qui n'est pas sans doute faire entendre qu'ils sont sans force et sans valeur. Il est vrai que j'exprime ensuite la crainte qu'ils ne soient compris que d'un petit nombre de. personnes , comme les démonstrations d'Archimède; vous en inférez, par un raisonnement de la "même force que tous les autres, qu'ils ne peuvent servir à la réfutation des athées. Cependant, quoiqu'ils ne soient pas à la portée de tout le monde , ils serviront du moins à ceux qui les entendent; et comme ceux qui ne peuvent saisir les démonstrations ont coutume de s'en rapporter au témoignage de ceux qui les comprennent, je ne doute pas que dans quelque temps mes arguments, en. dépit de vous, n'acquièrent assez de puissance, pour détourner de l'athéisme ceux mêmes dont l'esprit ne pourra les concevoir, parcequ'ils sauront qu'ils sont regardés comme des démonstrations certaines de tous ceux qui les entendent, c'est-à-
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dire des hommes les plus habiles et les plus éclairés > et que , malgré votre malice et celle de bien d'autres, aucune attaque n'a «pu les détruire. Ainsi personne aujourd'hui ne doute de la vérité de tout ce qu'a démontré Archimède , quoique , sur plusieurs milliers d'hommes , il s'en trouve à peine un seul qui comprenne ses démonstrations. Vous saviez tout cela , car je m'en étois exprimé clairement dans la lettre que vous citez ; mais vous vous efforcez, hommes religieux que vous êtes, de rendre infructueuses, par vos calomnies, les raisons qui combattent le plus fortement l'athéisme. Quant à mon intention de déposséder lès arguments vulgaires du droit dont ils jouissent, et d'y substituer lés miens , toute la preuve que vous en donnez c'est que dans là même lettre j'ai dit de mes arguments qu'ils sont les meilleurs de tous. Il ne s'ensuit pas que je rejette Les autres; bien loin de là j'ajoùtois que, dans mon opinion , presque tous les arguments par lesquels de grands hommes ont défendu cette cause , étant bien compris, ont force de démonstration. Il est donc évident que vous me calomniez encore sur ce point, d'ailleurs peu important.
Après avoir ainsi fait semblant de m'opposér quelques raisonnements pour établir que j'en* seigne l'athéisme , vous cherchez à le persuader davantage à ceux qui parcourront négligemment les titres de votre livre, sans examiner votre argile
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mentation ; car c'est tout ce que vous attendez des lecteurs , sachant par expérience que c'est le sort réservé à tous vos écrits; et vous ajoutez quatre objections que vous réfutez comme suit : 1 ° Peu importe que beaucoup de gens pensent mieux de Descartes que de Vanini , et que Descartes professe publiquement la religion catholique romaine : c'est ce que faisoit l'adroit Vanini* 2° Il ne lui sert de rien de dire qu'il écrit contre les athées , car Vanini leur avait aussi déclaré la guerre, 5° Descartes ne peut pas non plus s* excuser sur ce qu'il combat des théologiens contraires à sa religion, et nommément Vœt f que les théologiens de l'académie de Louvain , par exemple , tiennent pour hérétique ; Vanini faisoit la même chose en France. On ne peut s'empêcher de rire de votre ridicule vanité : votre renommée a donc été jusqu'à Louvain; et parceque j'ai écrit sur vous deux ou trois pages , bien que je n'aie jamais eu cfe querelles avec aucun professeur de théologie , bien que je ne vous aie pas attaqué sur la théologie, mais seulement sur vos injustices, je combats les théologiens. Croyez^moi , si Ton vous connoît à Louvain, ou dans quelque autre pays éloigné, ce n'est point par vos talents, par vôtre science en théologie ou par quelque vertu; semblable à Erostrate, vous ne pouvez èttè connu qu'avec infamie, comme un iqsigne calomniateur; et pour moi , avant d'écrire sur votre sujet , je ne
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vous regardois plus comme un théologien, mais comme un ennemi de la théologie et de la piété. Nous honorons plus ceux que la forme et les couleurs de leurs habillements nous font recônnoître pour des domestiques du prince, que ceux de la même condition qui ne portent pas de tels habillements; de même, je révère comme des serviteurs de Dieu tous les théologiens , même ceux qui sont d'une religion différente, parceque tous nous adorons le même Dieu. Mais si quelque traître avoit revêtu les habits d'un des gardes du prince, pour demeurer en sûreté parmi nous, sans doute ces habits n'empêcheraient pas que ceux qui reconnoîtroient un ennemi ne fussent tenus de le découvrir; de même, s'il m'est connu qu'un homme qui professe la théologie est coupable de mensonge et de calomnie, et que ses vices menacent l'état de grands périls, le nom de théologien ne m'obligera pas au silence. Or vous savez qu'en grec on appelle diable le calomniateur, et que c'est le nom que les chrétiens donnent au démon, ennemi de Dieu. Voici maintenant la quatrième objection réfutée : 4° // ne servira de tien à Descartes de dire que bien des gens te regardent comme un intrépide adversaire des athées : la même chose est arrivée à Vanini ; une foule de gens inhabiles à démêler les subtilités du diable approuvaient sa doctrine; mais quelques uns le démasquèrent, et le pouvoir souverain lui
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infligea à propos le supplice qu'il avoit mérité. Ainsi vous ne vous êtes armés que du nom seul de Vanini. C'est ici que paraît la malice du diable : on a vu que vous fondiez d'abord votre calomnie sur ce que j'ai écrit contre les athées , et sur ce que, si mes paroles étaient l'image fidèle de ma pensée, j'étais à L'abri de tout soupçon d'athéisme; ainsi, parceque bien des gens me regardent comme l'adversaire des athées , et que quelques uns , c'est-à-dire vous et votre disciple , me dénoncent , ou > pour mieux dire , me calomnient comme athée, il faut me livrer au supplice. Par là, sans doute , vous montrez l'impudence et l'insolence de votre incroyable méchanceté ; car si de ce que j'ai écrit contre les athées , et que l'on croit généralement que je les ai réfutés solidement, vous prenez occasion de m accuser d'athéisme; quel homme au monde est assez innocent , assez à l'abri du soupçon, pour se croire en sûreté contre un calomniateur qui ne respecte rien ? Personne n'écrira jamais contre les athées, personne ne passera pour les avoir combattus avec succès, sans que, vous puissiez en écrire ce que vous avez écrit de moi, avec autant et plus de droit encore : et, si l'on ne veut être proscrit par vous, comme athée digne du dernier supplice , et diffamé dans un gros livre, fruit pénible de longues veilles, on doit se garder de réfuter les athées. Ainsi, autant qu'il est en vous,
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vous défendez, vous nourrissez l'athéisme. Je ne m'étonne plus , monsieur Voet, que vous, qui avez écrit quatre livres sur l'athéisme, vous n'ayez pas proposé le moindre argument pour prouver l'existence de Dieu , ou pour attaquer l'athéisme , mais qu'au contraire vous protestiez que c'est chose très difficile ; vous craigniez sans doute (Fêtre comparé à Vanini, parceque vous aviez entendu dire qu'il avait écrit contre les athées , et que cependant il avait été brûlé pour athéisme. Mais vous auriez dû remarquer qu'il ne fut pas brûlé pour ses écrits publics : bien qu'ils ne contiennent que des arguments foibles, et peut-être équivoques à dessein, cependant ils ne l'exposèrent à aucun datiger; mais il fut condamné pour des actions et des paroles privées , qu'on prouvoit par témoins. Au reste , vous vous embarrassez peu de vos paroles, pourvu que vous puissiez calomnier , et l'on pourroit croire que vous n'avez même jamais lu les ouvrages de Vanini ; car vous écrivez partout Vaninius, au lieu de Vaninus} et , comme la même erreur se retrouve continuellement dans vos livres sur l'athéisme, plusieurs jugeront, peut-être que ce dernier ouvrage sur la philosophie cartésienne est sorti de votre plume. Cependant je ne désire pas de le persuader au lecteur; il me suffit qu'il ait été écrit pour vous et publié à votre connoissance et avec votre consentement, pour que j'aie
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le droit de vous accuser d'injure , autant que 1 auteur qui s'est nommé.
Au dernier chapitre, page 268, vous affirmez que ma méthode ne produit pas des philosophes, mais des fous et des frénétiques : vous n'en donnez qu'une seule raison , c'est que j'ai écrit qu'il faut détacher V esprit des sens pour comprendre les choses divines. Je le vois, vous ne voulez ni méditer ni penser à Dieu , de peur de devenir frénétiques. Je n'ai pas besoin maintenant de chercher l'origine de ces faux bruits qu'on répand sur les disciples de Regius : j'entends dire qu'après avoir quitté Utreeht, ils sont tombés dans le délire ; vous m'expliquez tout, page 269, en disant que vous ne voulez pas rassembler les exemples de ceux que la nouvelle philosophie a récemment transformés de prêtres de la sagesse en mystagogues et en initiés de la folie. Sans doute vous ne voulez pas les nommer, afin que ta fausseté de vos calomnies ne soit pas trop manifeste; mais cependant vous voulez faire accroire que quelques têtes ont été tournées : privés de tout prétexte de médire, il vous reste la rage pour calomnier; et je vois que ma philosophie à le pou* voir de rendre fous , non pas ceux qui l'approuvent et la cultivent , mais les envieux qu'elle désespère.
Mais je ne me plains pas que vous détourniez les hommes d'embrasser ma philosophie , en leur faisant craindre le délire et l'enthousiasme; peu
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m'importe que vous la nommiez ridicule , absurde , fausse ; que je sois ignorant , que je m'abuse , que j'aie mis par erreur dans mes écrits quelque opinion mauvaise : quelle qu'elle soit , comme je ne l'ai jamais imposée à personne , comme je ne l'ai autorisée par aucun artifice , mais que je l'ai simplement exposée, afin que chacun en usât à ses risques et périls, ma faute ne sauroit être si pernicieuse , si énorme qu'il faille inculper mon caractère. Je ne suis pas l'auteur de mes facultés, je n'ai pas choisi l'esprit qui m'anime ; je ne puis répondre que des actes de ma volonté dont Dieu m'a remis la conduite. Mais quand vous m'appelez en mille endroits de votre livre menteur , fourbe , trompeur, et qu'ensuite vous finissez par affirmer que Je travaille , par les mimée moyens que Vanini , à élever dans rame des ignorante le trône de l'athéisme, afin de persuader au lecteur que je veux atteindre ce but par des moyens indignes d'un honnête homme, vous attaquez mon caractère , qui dépend de ma volonté , et jô manquerais à l'honneur et à mes devoirs envers Dieu si je ne me plaignois d'une si exécrable calomnie. Sans doute , si j'étois tel que vous me représentez dans ce livre, on ne devroit me souffrir dans aucun état bien réglé; je vais plus loin, si j'avois donné lieu par ma faute de me soupçonner , même à tort , d'un si grand crime , ceux parmi lesquels j'habiterois auroient raison
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de me bannir , et ainsi je serais exclu de tous les pays du monde. Et toutefois , dans l'opinion dé quelques personnes, s'ils doivent être ouverts à quelqu'un, c'est à moi, puisque je me livre à des études qui peuvent servir tout le genre humain , et qui ne peuvent nuire à aucun individu. Mes devoirs envers Dieu m'obligent aussi de résister à vos calomnies : si vous étiez crus, le fruit des raisonnements par lesquels je me suis efforcé de renverser l'athéisme , en démontrant l'existence de Dieu, seroit anéanti; on n'y auroit plus confiance, si moi, leur auteur, j'étois suspect d'athéisme. Il est vrai que ce que vous avez écrit contre moi est si absurde, si éloigné de toute ap* parence de vérité , que , publié dans un livre anonyme et sans l'appui d'aucune autorité ^ je l'aurois méprisé. Il est encore vrai que vos noms ne l'autorisent guère auprès de ceux qui nous connoissent vous et moi. Mais je dois songer surtout aux étran-r gers et à la postérité. En effet , votre livre porte le nom d'un professeur de philosophie de l'académie de Groningue ; on vous en croit généralement l'au-» teur , et le bruit s'en est répandu dans les pays étrangers; je le sais depuis plusieurs, mois par les lettres que j'ai reçues ; dans ce livre qu'on croit de vous, page 161 , vous êtes appelé la lumière et l'ornement des églises réformées , et partout qualifié de très pie lia et très vertueux , ce que les étrangers, qui
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ne vous connoissent pas , ne pourront croire que vous ayez laissé écrire , s'il pouvoit s'élever un seul contradicteur ; enfin ce livre a été publié sous mes yeux , dans la ville d'Utrecht , où le très noble et très illustre magistrat s'est toujours montré sévère à prohiber les libelles, au point d'avoir interdit dans la ville la vente de la réponse que fit Regiusà vos thèses , réponse dont on connqît la décence et la modération : or , si je négligeois de défendre ma cause, ceux qui liront votre livre n'y trouveront sans* doute aucun raisonnement qui puisse faire croire à la vérité de ce que vous avez écrit de moi , mais ils ne pourraient cependant se persuader que vous eussiez pris à ce point la liberté de me calomnier et de m'accabler d'injures, que vous fussiez restés impunis, et que j'eusse gardé le silence, si, intimidé par ma conscience, je n'osois pas me défendre publiquement ni me plaindre de vos injures aux magistrats. J'ai donc cru de mon devoir, non seulement de répondre au livre sur .la philosophie cartésienne , mais , voyant que c'étoit surtout votre nom qui l'autorisoit , d'exposer brièvement vos actions, votre doctrine et vos mérites , afin de montrer quelle confiance on devoit vous accorder; et, comme vous a^ez publié dans le même temps le livre sur la confrérie de la Vierge , qui peut servir à mon objet, je n'ai pas non plus négligé de l'examiner. Il me reste encore à me
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plaindre de vos calomnies au magistrat; car i\ semble que je ne doive pas renoncer à ce moyen ; d'autant plus que vous m'avez menacé quelquefois d'écrits d'une autre espèce , c'est-à-dire d'une accusation d'injures à, la manière de Fimbria , parceque , frappé par votre décret académique , j'ai osé vous répondre, et que je n'ai pas tendu la gorge à vos coups. Cependant , comme , par amour de la paix et du repos , je n'ai jamais appelé personne en justice, et que je suis tellement étranger au barreau que j'ignore même aujourd'hui à quels juges ressortit une cause de ce genre ; et comme les délits^publiquement connus, lors même qu'ils ne sont pas l'objet d'une plainte particulière , sont ordinairement punis par l'autorité publique, je me contenterai d'avoir mis au grand jour vos calomnies et d'avoir rendu difficile qu'elles échappent à la vigilance de ceux que la loi charge d'en connoîtare. Et d'abord , pour plaider ici en peu de mots la cause de votre professeur de Groningue, je désire que ceux à qui il appartient d'en juger considèrent qu'il n'y avoit rien jusqu'alors entre lui et moi ; que, malgré vos ressentiments , et quoiqu'il vous nomme son maître, il n'a aucun droit de m'attâquer; que par conséquent ils n'ont pas besoin d'examiner si vous avez tort ou raison de m'en vouloir. Qu'ils considèrent aussi que je ne me plains pas de ce qu'il attaque mes opinions philoso-
phiques; il est libre de les trouver fausses, ridicules, absurdes : elles n'intéressent pas mon caractère, mais seulement mon esprit, et cependant vous êtes convenus que je n'étois pas sans talent. Bien plus , je passe sous silence toutes ses injures ; je ne demande justice que d'une seule : à la page 1 3 de s a préface, et dans tout lavant-dernier chapitre de son livre , il dit expressément que f enseigne l'athéisme d'une manière perfide et insensible, et il tâche de le faire croire par des raisons méchamment inventées. Toute la question est renfermée dans ces deux passages; on peut, si Ton veut, ne pas lire tout le reste; il est inutile de chercher d'autres témoignages. Si les raisons qu'il y a données prouvent , ou que je suis athée , ou que j'enseigne l'athéisme , ou seulement que j'aie donné quelque sujet de le soupçonner ; si même il peut apporter quelques nouvelles raisons qui démontrent ce qu'il a avancé , point de doute , je dois être très sévèrement puni , et je ne demande aucune grâce , aucun pardon : si au contraire , comme j'en suis certain , il n'en a point de meilleures que celles qu'il a déjà exposées, et si, comme je suis sur que tout juge équitable en sera frappé , Ton n'en peut rien conclure , si ce n'est qu'il calomnie avec une odieuse effronterie, je supplie les tribunaux , autant qu'il est en moi, de décider une fois si la calomnie ne sera jamais punie dans ce pays. Car celle-ci est si
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odieuse , si inexcusable et si publique qu'elle ne peut rester impunie, sans paroître autoriser toutes les autres. Je sais bien que les citoyens de ces provinces aiment passionnément la liberté ; mais je m'assure que cette liberté consiste dans la sécurité des bons et des innocents , et non dans l'impunité des méchants ? et comme la sûreté des bons est incompatible avec la liberté de nuire accordée aux méchants, je crois que la liberté de cette république consiste surtout dans l'égalité des droits de tous , dans l'incorruptible équité des jugements, qui protègent l'offensé contre l'agresseur, sans acception de personnes , sinon avec rigueur et cruauté , du moins avec une infaillible vigilance. On peut quelquefois fermer les yeux sur de- calomnies moins graves et plus obscures ; mais aucune ne sauroit être plus grave ni plus éclatante. Le parricide, celui qui brûle ou qui trahit sa ville natale , sont moins coupables que celui qui enseigne frauduleusement l'athéisme : car il faut observer que vous dites, non pas que je suis athée, on pourroit me croire plus ignorant que coupable ; mais que j'insinue aux autres perfidement et d'une manière insensible le venin de l'athéisme. C'est ro'accuser de la trahison la plus coupable et la plus insidieuse ; c'est un crime plus exécrable d'être infidèleà Dieu que de trahir sa patrie ou ses parents. Et , pour donner de moi cette opinion au lecteur , vous
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m'appelez cent fois dans votre Hrre menteur, fourbe, trompeur ; si je mérite ces noms, pu si jamais vous m'avez convaincu de niefisonge *>u de* la moindre fraude, ou si vous pouvez prouver, qu'un autre m'y ait surpris , que votre professeur de Groningue soit absous, j'y consens, et que je sois puni à sa placer Mais si, par la méchanceté la plus raffinée , vous n'avez accablé de tant d'injures un homme qui devoitpius qu'un autre être à l'abri de pareils soupçons, que pour faire, croire qu'il enseipioit secrètement l'athéisme , chez quelle nation, je vous le demande, cet attentat peutil rester impuni ? Ajoutez que votre calomnie n'est pas seulement connue d'une ou deux peiv sonnes, mais' que vous l'avez répandue par toute la terre. Il y a trois ans , lorsqu'on publia contre moi, à La Haye, un libelle anonyme, si faible de raisons, que le vôtre, .tout supérieur qu'il est en méchanceté , ne peut que lui être égalé pour la foiblesse et l'absurdité , beaucoup de gens ., en France, en Angleterre et ailleurs, désirèrent d'abord de le voir, et après l'avoir lu, ils furent dans l'indignation et dans l'étonnement, que dfôz un peuplé aussi poli, on pût tolérer tant de grossièreté et d'impertinence. Que vont-ils dire, aujour^ d'hui qu'outre la foiblesse. des raisons et l'indi* gnité des injuyes , ils trouveront encore vos odieuses* calomnies ? Que diront-ils en apprenant
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qu'on professeur de philosophie dtate académie se vante d'être Fauteur du livre , et que vous , pro« fessetir de théologie dans une autre académie , vous qui voulez passer pour la lumière et l'ornement des églises des Provinces-Unies , vous en êtes regardé comme le principal auteur ? Ils ne croiront pas sans doute que vous êtes payé par 1 état pour composer de pareils livres , pour apprendre k I3 jeunesse Part de mentir avec tant d'impudence , d'invectiver stvec f àM, (f injustice , de calomnier avec tant de licence et d'infamie , et poi* déshonorer ainsi vos académies chez les étrangers. Si ces considérations frappent les autorités dont reïèye votre professeur de Groningue , je ne pense pas qu'il puisse . trouver auprès d'elles aucune etfcuse.
Quant à vous, je prévois ce que vous allez dire ; vons niere* tout audacîeusement ; vous ne reconnaîtrez pas le livre sur Ja philosophie cartésienne, peut-être en promettrez* vous un autre sur te tombeau de l* orgueil de Descaries , et de sa curiosité excès* sive et inouïe dans une académie* une république et une église étrangères; vous ajouterez que vous ne pensez pas qu'il plaise aux gens sages qu*un étranger obscur, professant extérieurement le papisme , mais au fond candidat du scepticisme , sinon de Va~ théisme i proteste continuellement qttit ne touche, ni à la théologie , ni aux matières ecclésiastiques 3
DESCARTBS A VOET. içfi
tandis que sous prétexte de discussions philosophie ques, il dirige tantes ses attaques contre les seuls théologiens , laissant en paix les médecins et les phi* tosophei, qu'il pénètre furtivement dans le domaine de ta théologie et de la police ecclésiastique , et qu'il médite de troubler les églises et les aostdémies; qu'on ne doit attendre de ces attentats , comme le savent ceux qui connoissent le caractère des habitants des Provinces-Unies, que l'ébranlement de ta république et des dissensions parmi les grands. C'est en ces termes que vous concluez tes Paralipomênes de la préface. Tout cela est si impertinent et si absurde , que les bons paysans du village où vous avez été prédicateur n'y ajouteroient même pas foi ; à plus forte raison ne doifrje pas craindre que vous en tiriez quelque utilité dans une ville aussi éclairée qu'aucune autre des Provinces -Unies. Car, premièrement, quand vous ne seriez pas l'auteur du livre sur la philosophie cartésienne ( et en effet de savants critiques pensent que vous n'en avez fourni que le fond , bien que, le jugeant par les pensées plutôt que par les mots, j'aie dit (Jus haut qu'il étoit évidemment de vous) , il suffit qu'il ait été publié pour vous et de concert avec vous , pour que vous soyez aussi coupable que si vous l'aviez écrit seul. Ensuite , 'quand vous me reprochez de montrer une curiosité excessive dans une académie , une église et une république, où je suis étranger, parceque
j'ai osé examiner le jugement publié contre moi
sous le nom de vôtre académie, que je vous en ai considéré , sinon comme l'unique, du moins comme le principal auteur (ce qui est incontestable , puisque vous étiez alors recteur de l'académie , et que vous ayez présjdé à ce jugement ); enfin ,. parceque j'ai tracé le tableau de quelques uns de vos vices, afin de décréditer vos calomnies. Qui ne voit que vous imitez l'iniquité de Fimbria ' ? Vous voulez qu'il vous soit permis de me déshonorer, moi , sur qui vous n'eûtes jamais aucun droit; et vous m'accusez d'orgueil , parceque j'ai murmuré contre votre insolente tyrannie. Sans doute vous faites injure à votre académie, à votre république et à votre Église, en voulant que vos vices soient une partie d'elles mêmes -, un objet sacré interdit aux regards profanes d'un étranger^ Vous avez autrefois porté contre Desmarets la même accusation de curiosité, parcequ'il avoit osé examiner vos thèses sacrées. Et vous , n'étiez-vous pas coupable d'une curiosité excessive, dans une république étrangère , lorsque vous accusiez d'idolâtrie, dans ces mêmes thèses, les principaux habitants de Bois-le-Duc ? Ce serait une merveille que vous pussiez persuader à leurs seigneuries que la puissance d'un professeur de théologie dans votre nouvelle académie doit, être assez grande pour condamner, à son gré et sans
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raison, par jugements publics; et qu'il ne doit pas être permis à ceux qu'il a ainsi condamnés de murmurer contre ses arrêts , sans encourir d'abord l'accusation de curiosité excessive dans une république étrangère, sans qu'on dise quils pénétrent furtivement dans le domaine sacré de la théologie et de votre police ecclésiastique, et qu'ils méditent de trou>blcr les églises et les académies. En vérité , vous faites beaucoup d'honneur à votre Église, si vous prétendez que vos calomnies composent son domaine; en sorte que personne ne puisse s'en plaindre sans .entreprendre d'en troubler la paix. Vainement m'appellerez- vous étranger et papiste ; je n'ai pas besoin de dire que , par la nature des traités de mon souverain avec la république, quand j'y aborderois aujourd'hui pour la première fois, je devrois cependant jouir de droits égaux à ceux des indigènes: Je ne dirai pas non plus que j'habite ce pays depuis .tant d'années, que j'y suis si bien connu des honnêtes gens que , quand je serois d'une nation ennemie , je ne devrois plus passer pour étranger. Il est également inutile que je réclame la liberté religieuse qui nous est accordée par vos lois; mais j'affirme que votre livre renferme des mensonges si coupables, des injures si basses , des calomnies si odieuses , qu'un ennemi ne pourroit les proférer contre un ennemi , un chrétien contre un infidèle, sans faire preuve d'une
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perversité coupable. J'ajoute que j'ai trouvé tant de politesse dans cette nation , que j'ai reçu de tous ceux que j'ai fréquenté tant de témoignages d'ami* tié, que j'ai éprouvé de la part de tout le monde tant de bonté et d'obligeance , tant d'éloignement ppur cette licence brutale et4grossière qui vous porte à attaquer tes hommes les plus innocents et que vous connoissez le moins , que je ne doute pas que vous ne soyez l'objet d'une plus grande aversion parmi vos compatriotes que les étrangers dkucun pays. Enfin , d'après la connoissance que j'ai du caractère national, je pense que l'autorité, à l'exemple de Dieu , diffère souvent la punition des coupables; mais que, quand leur audace s'est augmentée au point qu'elle juge nécessaire de la réprimer, aucun crédit ne peut la corrompre, aucune vaine parole la tromper. Vous, qui déshonorez votre religion et votre profession en publiant des livres sans raison , sans charité , et qui ne sont remplis que de calomnies, prenez garde qu'elle ne juge , qu'elle ne compromette son équité en différant de vous punir.