‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 2)Chapitre 20 sur 47 · RÈGLE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

RÈGLE PREMIÈRE

Lfi but des études doit être de diriger l'esprit de manière à ce qu'il porte des jugement» solides et vrais sur tout ce qui se présente à lui.

Toutes les fois que les hommes aperçoivent une ressemblance entre deux choses , ils sont dans l'habitude d'appliquer à Tune et à l'autre, même en ce qu'elles offrent de différent, ce qu'ils ont reconnu vrai de Tune des deux. C'est ainsi qu'ils comparât, mal à propos, les silences qui -consistent uniquement dans le travail de l'esprit, avec les arts qui ont be$oin d'un certain usage et d'une certaine disposition corporelle. Et comme ils voient qu'un seul homme ne peut suffire à apprendre tous les arts à k; fois, niais que celuirlà seul y devient habile qui n en cultive qu'un seul , parceque les mêmes mams peuvent difficilement labourer la terre et toucher de la lyre , et se prêter en même temps à des offices aussi divers , ils pensent qu'il en est ainsi des sciences ; et les distinguant entre

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elles parles objets dont elles s'occupent, ils croient qu'il faut les étudier à part et indépendamment l'une de l'autre. Or c'est là une grande erreur ; car comme les sciences toutes ensemble ne sont rien autre chose que l'intelligence humaine, qui reste une et toujours la même quelle que soit la variété des objets auxquels elle s'applique , sans que cette variété apporte à sa nature plus de changements que la diversité des objets n'en apporte à la nature du soleil qui les éclaire , il n'est pfig be&oift de circonscrire l'esprit humain dan* aiMuuë Iftttitfei en effet, il n'en est pas de la conttôtesaftcè dViiite vérité comme de la pratique d'un art ; une Véifité découverte nous aide à en découvrit une autre, bien loin de nous faire obsiacle. Et certes il me semble étonnant que la plupart des hommes étudient avec soin les plante* et leurs vertus, le cours des affres, les transformations des métaux, et mille objets semblables, et qu'à peiiie un petit nombre s'occupe de l'intelligence ou dé cette science universelle dont nous partout ; *tf cependant si les autres étudies ont <qudlq&e èhbBé d'estimable ^ c'est moins pour elteswgiémé* cfufr pour les secoues qu'elles apportent à oelleHcî, Aussi râèit" ce pw e&ab motif que nous posons cette règte àlàr tête de toutes les aulnes ; car rien ne abus détotttïur davantage de la recherche de la vérfoé que de di± riger nos efforts vers des buts particuliers , au lieu

de l'esprit. ao3

de les tourner vers cette fin unique et générale* Je ne parle pas ici des buts mauvais et condamnables, tek que la vaine gloire et la recherche d'un gain honteux ; il est clair que le mensonge et les petites ruse* des esprits vulgaires y mèneront par un chemin plus court que ne le pourrait faire une connoissance solide du vrai. J'entends ici parler des buts honnêtes et louables; car ils sont pour nous un sujet d'illusions dosât nous avons peine à nous défendre* En effet, nous étudions les sciences utiles ou pour les avantages qu'on en retire dans la vie, et pour ce plaisir qu'on trouve dans la contemplation du vrai , et qui , dans ce monde , est presque le seul bonheur pur et spns mélange. Voilà deux objets légitimes que nous pouvons nous proposer dans l'étude des sciences; mais si au milieu de nçs travaux nous venons k y penser , il se peut foire qu'un peu de précipitation nous fasse négliger beaucoup de choses qui seroient nécessaires à la connois$apce des autres, parcequau premier abord. elles nous paraîtront ou peu utiles ou peu dignes de- notre curiosité. Ce qu'il faut d'abord reconnaître» <ta$t que les sciences sont tellement liées ensemble qu'il est plus facile de les apprendre toutes à là foi» que d'en détacher une seule des autres* Si doue ou veut sérieusement chercher la vérité , il ne jaitf pas s'appliquer à une seule science ; elles se tién^eût toutes entre elles et dépendent mutuellement . l'une de

l'autre. Il faut songer à augmenter ses lumières naturelles, non pour pouvoir résoudre telle ou telle difficulté de l'école, mais pour que l'intelligence puisse montrer k :1a volonté le parti qu'elle doit prendre dans chaque situation de la vie. Celui qui suivra cette méthode verra qu'en peu de temps il aura fait des progrès merveilleux, et bien supérieurs à ceux des hommes qui se livrent aux études spéciales,, et que s'il n'a pas obtenu les résultats que ceux-ci veulent atteindre, il est parvenu à un but plus élevé , et auquel lçurs vœux n'eussent jar mais osé prétendre.

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