RÉPONSE DE M. DE FERMAT
A M. CLERSELIER.
(Lettre 54 du tome IIL)
Da II mû 1661 ',
MojfSIEDS ,
Vos deux lettres des sixième et treizième de mai m'ont été rendues en même temps ; elles me font plus d'honneur que je n'en devois raisonnablement attendre, et, bien loin que vos mots latins m'aient choqué, je suis persuadé que, dans la supposition de votre sentiment sur le sujet de la démonstration de M. Descartes, il n'y en apointdeplusTéritablesen aucun endroit de vos lettres ; car si cette démonstration est dans tes règles des démonstrations certaines et in&illibles, il n*est rien de plus vrai, sinon que ceux qui n'en sont pas convaincus ne l'entendent point La qualité essentielle d'une démonstration est de forcer à croire , de sorte que ceux qui ne sentent
' « n faut qa'il y ait ici une bâte' d'itupreuion , car H. de Fernut > rapoiid ici i ose lettre de M, Cterselier , datée da 1 y mai 1 G61 , et cette
- réponse eit datée do la mai; il but ai mai 1661, "
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pas cette force, ne sentent pas la démonstration même, c'est-à-dire qu'ils ne l'entendent pas. Je n'attribue donc, monsieur, qu'à un excès de courtoisie et de civilité cet adoucissement que messieurs'de votre assemblée vous ont inspiré; et je vous en rends très humbles grâces. Pour la question principale, il me semble que j'ai dit souvent et à M. de la Chambre et à vous que je ne prétends ni n'ai jamais prétendu être de la confidence secrète de la nature ; elle a des voies obscures et cachées que je n'ai jamais entrepris de pénétrer : je lui avois seulement offert un petit secours de géométrie au sujet de la réfraction, si elle en eût eu besoin; mais puisque vous m'assurez , monsieur , qu'elle peut faire ses affaires sans cela , et qu'elle se contente de la marche que M. Descartes lui a prescrite , je vous abandonne de bon cœur ma prétendue conquête de physique , et il me suffit que vous me laissiez en possession de mon problème de géométrie tout pur, et m abstracto, par le moyen duquel on peut trouver la route d'un mobile qui passe par deux milieux diffirents, et qui cherche d'achever son mouvement le plus tôt qu'il pourra. Et je ne sais pas même si la merveille ne sera point plus grande, en supposant que j'ai mal deviné le raisonnement de la nature : car peut-on s'imaginer rien de plus surprenant que ce qui m'est arrivé? J'écrivis, il y a plus de dix ans, à M. de la Chambre que je croyois
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que la réfraction se devcut réduire à ce pri^Iènie de géométrie , et j'étois pour lors tout-àrfait persuadé que l'anatyse de ce problème mfi donneroit une proportion différente de celle de M. Descartes. Et néanmoins en tentant le probl^ne, qui est assez dijfidle, dix ans après, j'ai trouvé jiistement la même proportion que M. Descartes. Si j'ai dit un raensoDge , a'ai-je pas quelque raison de prétendre que c'est un de ces mensonges fameux desquels il est dit dans le Tasse, comme je vous ai déjà écrit,
Qamdo uzk il vero Si Iwllo, ctw si poui 1 li prepom.
En voilà de reste, je croise les armes : permettezmoi seulement, s'il vous plaît, d*assurer ici M. Cfaanut et M. l'abbé dlssoire , ' son fils , de mon obéissance très humble; je n'ai pas l'honneur d'être connu du père, mais pourquoi serois-je 1« seul de toute l'Europe qui n'aurois pas une entière vénération pour lui. Je suis ' , etc.
' J'ai ïBêiii da mite toote cMta cottt»ftaiiaiiBa , à «tint de nnMt et de rDDilé de» matlèm.