A M. MORUS
(Lettre 67 du tome I. Version.)
Monsieur,
Les louanges dont vous me comblez sont plutôt des marques de votre bonté qu'un eflfet de mon mérite 9 qui ne saurolt jamais les égaler.
Cette bienveillance que vous m'accordez, et que je dois à la lecture que vous ave^ faite de mes écrits , me découvre si à plein la pudeur et la générosité de votre âme, qu'elle vous a gagi^ jtpute. mon amitié, quoique je n'aie pa^ Thpnneur de vous coonoitre d'ailleurs; c'est pourquoi je me fer^i ton véritable plaisir de répondre à vos. questions. Votre première difficulté est sur la définition du corps, que j'appelle une substance étendue , et que vous aimeriez mieux nommer une substance sensible,
ig4 EETTRBS^
tactile, ou impénétrable; mais prenez garde, s'il vous plaît, qu'en disant une substance sensible , vous ne la définissez que par le rapport qu'elle a à nos sens, ce qui n'en explique qu'une propriété, au lieu de comprendre l'essence entière des corps , qui , pouvant exister quand il n'y auroit point d'hommes, ne dépend pas par conséquent de nos sen$. Jq na vois donc pfts pourquoi vous dites qu'il est absolument nécessaire que toute matière soit sensible; au contraire , il n'y en a point qui ne soit entièrement insensible, si elle est divisée en parties beaucoup plus petites que celles de nos nerfs , et si elles ont d'ailleurs chacune en particulier un mouvement assez rapide.
Al'égard de ma preuve, que vous appelez louche et presque sophistique, je ne l'ai employée que, pour réfuter la proposition de ceux qui croient avec vous que tout corps est sensible, ce que je fais^ àH|oh avis, d'une manière claire et démonstrative; car un corps peut conserver toute sa nature corporelle , bienique les seAs n'y aperçoivent ni mollesse , xd dureté, ni froideur,* ni chaleiir , ni enfin aucune autre qualité sensible.
A'I'égard de l^rreur que vous aferoblez vouloir m'attribua par la comparaison que vous faite» de" a. cire ^ qui peut bien à là vérité n'être m<Mirrée ni ronde^ mais qui ne peut pas absolument n'a-* voir point de figure, faites, s'il vous plait, attenttiHi
Iéttrks. igS
au principe que j'ai établi , que tontes les qualités sensibles du corps consistent dans le seul mouvement , ou le seul repos de ces petites parties ; ainsi , pour tomber dans Terreur dont vous parlez , j'auroîs dû soutenir que le corps peut exbter sans que ses petites parties se meuvent ou soient en repos: c'est ce qui ne m'est jamais venu dans^ l'esprit ; donc otï ne définit pas bien le corps une substance sensible.
Voyons présentement si on ne pourroit^ pas roieus: le définii* une substance impénétrable ou tactile dans le sens que vous l'expliquez. Mais en-' core un coup , ce pouvoir d'être touché , ou cette ' impénétrabilité dans le corps, est seulement comme la faculté de rire dans l'homme, le proprium quarto modo des règles communes de la logique : mais ce n'est pas 'sa différ^ice véritable et essentielle , qui, ' s^ôh moi, consiste dans détendue; et par consé-* quent Comme on ne défiliitpoiût l'homme un' ani^^ malrisible, lilais r^isofinable, on ne doit pas aussi définfr'Ie corps pat* son impénétrabilité, mais pat* l'étendue, d'autant plus que la faculté de toucher et rirapénétrabilité ont relation à des parties, et présupposent dans notre esprit l'idée d'un corps divisé ou terminé j au lieu que nous pouvons fort bien concevoir un corps continu dHifie Candeur indéterminée ou indéfinie , dans lequel on iie'cohsidère que l'étendue. Mais Dieu, dites-vous', un -
ange, et tout ce qui subsiste par soi-même estéteodu, ainsi votre définition est plqs étendue que le défini. Je n'ai pas coutume de disputer sur les mots; c'est pourquoi si l'on veut que Dieu soit en un sens étendu, paccequ'il est partout, je le veux bien: mais je nie qu'en Dieu, ds^ns les anges, dans notre âme 9 enfin en toute autre substance qui n'est pas corps, il y ait une vraie étendue, et telle que tout le monde la conçoit; car par un être étendu on entend communément quelque chose qui tombe sous l'imagination; que ce. soit un être de raison ou un être . réel , cela n'importe. Dans cet être on peut distinguer par l'imagination plusieui's parties d'une grandeur déterminée et figurée , dont l'une n'est point l'autre ; en 3orte. que Timagination peut en transférer l'une en la place de l'autre, sans qu'on en puisse pourtant imaginer deux à la fois dans le même lieu. On n'en sauroit dire autant de Dieu ni de notre âme, ùqt ni l'un ni l'autre n'est du res-sort de l'imagination , mais^ simplement de l'intel*^ leçtion,et on ne sauroit les séparer par parties, surtout en parties qui aient des grandeurs et des figures déterminées. Enfin nous comprenons aisément que l'âme, Dieu, et plu3ieurs anges ensem* ble, peuvent êtrjs en même temps dans le même lieu ; d'où l'on conclut visiblement que nulles substances incorporelles ne sauroient être proprement étendues, etqu'qn ne peut les concevoir que comme
une certaine vertu ou force, qui, bien qu'appliquée à des choses étendues, ne sont pas pour cela éten* dues , comme le feu est dans le fer rouge , sans qu'on puisse dire pour cela que le feu est fer. Si quelques uns confondent Tidée de la wbstance avec la chose étendue, cela vient du préjugé où ils sont ^le tout ce qui existe ou est intelligible, est en même temps imaginable. £n effet, rien ne tombe sous l'imagination qui ne soit en quelque manière ^enda; et comme on peut dire que la santé ne convient qu'à l'homme seul, quoiqu'on puisse dire par analogie que la médecine, l'air tempéré, et plusieurs autres choses sont saines; ainsi, je dis qu'il n'y a d'étendue (fxe dans les choses qui tombent sous l'imagination, comme ayant des parties distinctes les unes des autres, et qui sont d'une grandeur et d'une figure déterminées , quoiqu'on nomme aussi d'autres dioses étendues , mais seulement par analogie.
A l'égard de votre seconde difficulté , si nous examinons ce que c'est que cet étreêtendu que j'ai écrit, nous trouverons que ce n'est autre chose que l'espace que le vulgaire croit être quelquefois plein, quelquefois vide, quelquefois réel , d'auf res fbis.lmaginaire ; car dans un espace, quelque vide q«l'x)n se l'imagine , on se figure aisém^it différentes parties de grandeur et de figure déterminées, et on les peut transférer par un effet de la même
ig8 lettr:es.
imagination les unes dan^ la lieu des autres, mais on n'en sauroit concevoir en aucune manière Hleux se pénétrer mutuellement\ ensemble dans le même lieu , parcequ'il^répugne au bon sens que cela arrive, et qu'aucune partie de l'espace ne soit âtée. Or, comme je faisois attention que des propriétés si, réelles iae pouvoient se trouver que dans.uiï corps réel 9 j'ai osé assurer qu'il n'y avoit aucunl espace absolumaïKt vide, et que tout être étendu éloft véritablement corps ; en quoi je ^'ai pas £ût diiûasûté d'être d'un sentiment contraire à celui de ces grands bommes dont vous parlez : je veux dire Épicure , Démocrîte et Lucrèce ; car j'ai vu que , bien loiû êe s'attacher à une raison solide, ils se sont laissés -en^ traîner aux préjugés communs de l'enfance ;r car bien que nos sens ne nous représentent pas tou^ jours les corps qui sont hors d^ nous tels qu'ils sont absolun^nt selon le rapport qu'ils ont avec nous, et qu'ils peuvent nous être iitiles ou nuisibles (comme j'ai dit dans l'art. 3 de la seconde partie, pag. 67), nous avons cependant porté ce jugement dans notre enfance , qu'il n'y a dans le inonde que ce que les sens nous représentent; qu'ainsi il n'y avoit point de corps qui ne fût sen-^ sible , et que tout lieu où nous ne sentons rien étoit vide. Puisque Épicure , Démocrite et Lucrèce ont donné dans ce préjugé comme lesautres,jenedois rien à leur autorité. *
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Mais je suis «urpris qu'avec toute votre péa^ tration , et voyant d'ailleurs' que vous ne sauriez nier que tout espace ita soit rempli de quelque substance , puisqu'il a réellement toutes les pro» luriétés de l'étendue , vous aimiez mieux dire que l'étendue divine remplit l'espace où il B'y a nul corps ^ que d'avouer qu'il ne peut y avoir dkh ^olument d'espace sans corps; car, comme j'ai est ci-dessus, cette firétendne extension de Dieu ne sauroit être en aucune manière le sujet des propriétés véritables que nous apercevons distinc>«> tement ^1 tout espace; car enfin Dieu ne peut tomber sous l'imagination , on ne peut distinguer en lui des parties qm soient figurées et qu'on puisse mesurer. Vous n- avez point de peine , dites-vous^ croire qu'il n'y a pas naturellement de vide; mais vous voudriez sauver la puissapce divine , qui en étant tout ce qui est dans un vase, peut 9 selon vous, empéoher que ses cotés ne se réunissent*
Je sais que mon intelligence est finie, et que fe pouvoir de Diep est infini, ainsi je n'y prétends pas mettre de bornes ; mais je me contente d'examiner ce que je puis concevoir ou non , et je me garde bien de porter aucun jugement contraire à ma perception : c'est pourquoi j'assure hafdiment que Dieu peut faire tout ce que je conçois possible, sans avoir la témérité de dire qu'il ne peut
LE1tXBE5.
(19$ faiçe ee qui r^ugne à ma manière de coace^ voir : je dis seulemeat^ cda implique coniradictioD* Ainsi, voyiant qu'il répugne à ma manière de concevoir qu'on ôte tout corps -d'un vase , efc qu'il y reste cependam une étendue que je ne conçois pas autrement que je concévo'is aupairavant le corps qui y étoit contenu, je àis qu'il implique oontracUclion qu'unie telle étendue y reste après que le corps en a été ôté , et que par conséquent les côtés d'un vase doivent se rappro* d^er , ce qui s'accorde avec mes aaires opinions ; / car je dis ailleurs que tout mouvement est en quelque façon drculaire; d'où il s'^msuit qu'on ne coc&prend pas bien distinetemiMt que Dieu ôte toute la matière d'un vase , sans qu'un autre corps ou du moins les côtés du vase prennent sa place par un mouvement circulaire.
5. C'est dans le même sens que je dis aussi qu'il y a de la CQntradiction ii dire qu'il y ait des atomes que Ton conçoive étendus , et en m^e temps indivisibles , parceque , Ià&a que Dieu ait pu les former tels qu'aucune créature ne peut les diviser certainement, nous ne pouvons comprendre qu'il ait pu se priver de la faculté de les diviser lui-même. Pour votre comparaison, que ce qui est fait ne sauroit ne pas l'être , elle n'est point du tout juste. Nous ne prenons pas pour maFque d'impuissance quand quelqu'un ne peut
pas &ire ce qtie nous ne *compréiH>as pas être possible, mais seulement lorsqu'il ne peut pas finre quelque choçe que nous concerons claire^ ment être possible. Or nous concevons que la division d'un atome est une ^ose possible , puisque nous le concevons étendu ; ainsi , si nous jugeons que Dieu ne peut pas faire ^ ce que nous concevons pourtant êtte possible, nous ne concevons pas de la même manière qu'il {misse se Ëdre que ce qui a été fait ne le suit pas; au coàtraire, nous concevons Uen clairement que cela est impossible, et qu'ainsi il n'y a aucun défaut de puissance en Dieu de ce qu'il ne le fait pas. A Té*' gard de la divisibilité de la matière, ce n'est pas la même chose; car bien que je ne puisse pas compter toutes les parties en quoi elle est divisible, et que par conséquent je dise que leur nombre ^st indéfini , cependant je ne saurois assurer que Dieu ne puisse jamais terminer celte division, parceque je sais que Dieu peut faire plus que je ne saurois comprendre , et j'ai même avoué dans' l'article 34 , page 98 , que cette division indéfinie de certaines parties de la matière devoit arriver.
4. Ne regardez point comme une modestie affectée , mais comme une sage précaution , à mon avis, lorsque je ditf qu'il y a certaines choses plutôt indéfinies qu'infinies; car il n'y a que Dieu seul que je conçoive positivement infini. Pour le reste.
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comme l'étendue du monde, le nombre des parties divisibles de la matière , et autres semblal>les , j-avoue ingénument que je ne sais point si elles vson* absolument infinies ou non : ce que je sais , c'est que j^ n'y connofe aucune fin , et à cet égard je les appelle indéfinies.
Et bien qute notre esprit ne soit ni la règle des choses ni celle de la vérité , du moins doit - Il letre de ce que nous affirmons ou nions*: en ^et, rien de plus absurde et de plus inconsidéré que de vouloir porter un jugement sur des choses auxquelles, de notre propre aveu, nos perceptions ne «auroient atteindre.
Or je suis surpris que non seulement vous sembliez vouloir le faire, puisque vous dites, si l'étendue est seulement infinie par rapport à nous, elle sera véritablement finie, etc. , mais que vous imaginiez encore une étendue divine qui aille au-delà de celle des corps ; car c'est supposer que Dieu a des parties séparées les unes des autres ^ qu'il est divisible , et que toute l'essence des corps lui convient entièrement.
Mais pour lever tous vos doutes , lorsque je dis que rétendue de la matière est infinie , je crois que cela suffit pour empêcher qu'on ne s'imagirie un lieu au-delà d'elle , où les petites parties de mes tourbillons puissent s'échapper ; car quelque part où Ton conçoive ce lieu -là, il y a selon moi
quelque maiCière, parcequ'en disant tjuMle est élfsndue d'une manière indéfinie , je dis qu'elle s'étend au-delà de tout ce que nous pouvons caocevoir.
Cependant je crois qu'il y a une grande différence entre Tamplitude ou la grandeur de cette étendue corporelle et celle de Dieu que je ne nomme point étendue , parcequ'à proprement parler il n'y en a point en lui , mais seulement immensité de sid>stance ou d'essence , t^'est pourquoi j'appeHe celle-ci simplement infinie , et l'autre indéfinie*
Au reste je n'admets point ce que vous m'accordez honnêtement, que mes autres opinions peuvent subsister indépendamment de l'étendue de la matière ; car, selon moi , c'est là un des principaux fondements de ma Physique, et j'ajoute que rien ne me sauroit satisfaire dans cette science, que ce qui comprend cette nécessité logique ou contradictoire , comme vous l'appelez , c'est-à-dire nécessité où nous conduit notre raisonnement, pourvu que vou^ en exceptiez ce que l'on ne peut connoître que par la seule expérience, comme qu'il n'y a qu'un soleil , qu'une lune autour de cette terre, etc.
Et comme vous n'êtes pas éloigné de mes sentiments pour le reste , j'espère que vous admettrez fecilement ceux-ci , si vous considérez que c'est uti
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préjugé de De pas regarder comme vraie substance corporelle tout être étendu qui n'a rien qui frappe les sens , et de lui donner seul^nent le nom de vide; enfin qu'il n'y a aucun corps qui ne soit setisible, et qu'il n'y a aucune substance qui ne tombe sous l'imagination , et qui par cdnséquent ne soit étendue.
Mais le plus grand de tous les préjugés que nous ayons retenu de notre enfance, est celui de croire que les bétes pensent. La source de notre erreur vient d'avoir vu que plusicsurs membres des bétes n'étoient pas bien différents des nôtres pour la figure et les mouvements , et d'avoir cru que notre âme étoit le principe de tous les mouvements qui sont en nous, qu'elle donnoit le mouvement au corps, et qu elle étoit la cause de nos pensées. Cda su{^ posé , nous n'avons point &it de difficulté de croire qu'il y eût dans les bétes quelque âme semblable à la nôtre ; mais ayant pris garde, après y avoir bien pensé, qu'il faut distinguer deux différents principes de nos mouvements, l'un tout-à-fait mécanique et corporel, qui ne dépend que de la seule force des esprits animaux et de la configuration des parties, et que l'on pourroil appeler âme corporelle, et l'autre incorporel , c'est-à-dire l'esprit ou l'âme , que vous /définissez une substance qui pense, j'ai cherché avec grand soin si les mouvements des ani^ maux provenoient de ces deux principes ou d'un
seul. Or, ayant connu clairenoent qu'ils pouyoîent venir d'un seul , c'est-à-dire du corporel et du mécanique, j'ai tenu pour démontré que nous ne pou- YÎons prouver en aucune manière qu'il y eût dans les anîmaux' une âme qui pensât. Je ne m'arrête point A ces tours et finesses des chiens et des renards, ni à toutes les choses que les bétes font, ou par crainte, où pour attraper à manger , ou enfin pottr le plaisir : je m'engage à expliquer tout cela très facilement par la seule conformation des membres des animaux. Cependant, quoique je* regarde comme une chose démontrée qu'on ne sauroit prouver qu'il y ait des pensées dans les bêtes, je ne croîs pas qu'on puisse démontrer que le contraire iie soit pas, parceque l'esprit humain ne peut pénétrer dans le coeur pour savoir ce qui s'y passe : mais en examinant ce qu'il y a de plus probable là-dessus, je ne vois aucune raison qui prouve que les betes pensent, si ce n'est qu'ayant des yeux, des oreilles, une langue, et les autres organes des sens tels que nops, il est vrai$enj>lable qu'elles ont du sentiment comme nous, et que comme la pensée est enfermée dans le sentiment que npus avons, il faut attribuer au leur une pareille pensée. Or, comme cette raison est à la portée de tout le monde, elle a prévenu tous les esprits de l'enfance. Mais il y en a. d'aub^es plus fortes, et en plus grand nombre^ pour le sentiment contraire, qui ne se
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présienteat pas si facileméut à- Fespvit de, tout k monde; comme, par exemple , (^'il est plu& prenable de faire xQouvoir comme des machines les vers de terre , leâ moucherons , les chenilles , et le reste des animaux, que de leur donner une âmeimmortelle.
Parcequ'il est certain que dans le corps des animaux , ainsi que dans les nôtres , il y a des os , des nerfe, des muscles, du sang, des esprits animaux , • et autres organes disposés de telle sorte qu'ils peuvent produire par eux-mêmes, sans le secours d'aucune pensée, > tous les mouvements que nous observons dans les animaux, ce qui paroît dans les* mouvements convulsifsT^ lorsque, malgré l'âme même, la machine du corps se meut souvent avec plus de violence et en plus de différentes manièresf* qu'il n'a coutume de le faire avec le secours de la. volonté : d'ailleurs, parcequ-il est' codforme à la raison que l'art imitant la nature , et les hommes, pouvant construire divers* automates, où il se trouve du mouvement saris aucune périsée, là nature puisse de son côté produire ces automates, et bien plus excellentis , comtrié les Blhute^^ qUe ceux qui viennent^dernain d'homme, surtout ne voyant aucune raison pour laquelle \k pensée doive se trouver partout où nous voyons une conformation de membres î telle que- celle des animatix, et qu'il est plus surprenant qu'il y ait une âme dans chaque
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corps humain, que de n'en. point trouver dans les bétes.
Mais la principale raison,, selon moi, qui peut nous persuader que les bétes sont privées de rai-* son, est que, bien que parmi celles d'une même espèce las unes scMent plus parfaites que les autres, comme dans les hommes, ce qui se remarque particulièrement dans les chevaux et dans les chiens, dont les uns ont plus de disposition queles autres à retenir ce qu'on leur apprend , et bien quelles nous fas^nt toutes connoitre clairemant leurs mouvements naturels de colère, de: crainte, de faim, et d'autres semblables, oupar ta voix, oU' par d'autres mouvements du corps, on nV point cependant encore observé qu'aucun animal fût' parvenu à. ce degré de perfection d'user d'un vé* ritable langage , c'est-à^dine qui nous marquât par la vofx,.ou par d'autres signes, quelque chose qui pût se rapporter plutôt à. la seule pensée qu'à un* mouvement naturel; car la parole est Tunique si- ji gne et la seule marque assurée d^ la pensée cachée | et renfermée dans le corps; or tous les hommes les"^ plus stupides et les plus insensés, ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se servent de sigqes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce que l'on peut prendre pour la véritable différence entre l'homme et la bête. Je passe, pour abréger, les autres raisons qui ôtent
lioâ LETTRES.
s. la pensée aux bétes. Il faut pourtant remarquer que je parle de la pensée , non de la vie, ou du sentiment; car je note la vie à aucun animal, ne la faisant consister que dans la seule chaleur du cœur. I Je ne leur reftise pas même le sentiment autant qu'il dépend des organes du corps. Ainsi mon opi* nion n'est pas si cruelle aux animaux qu'elle est favorable aux hcnnmes , je dis à ceux qui ne sont pomt attachés aux rêveries de Pythagore, puisqu'elle les garantit du soupçon même de crime quand ils mangent ou tuent les animaux.
Je me suis peut-être plus étendu qu'il ne falloit, et que la vivacité de nu>n esprit ne le demandoit ; mais j'arvoulu vous montrer par là que, de toutes les objections qu'on m'a faites jusques ici , il n'y en a aucunes qui m'aient été aussi agréables que les vôtres , et que vos manières honnêtes et votre candeur vous ont entièrement gagné celui qui a un attachement inviolable pour tous les amateurs de la véritable philosophie. Je suis , etc.
A Egmonty près d^Amart, le 5 févrîer 1649.
LKTTRES.
RÉPLIQUE DE M. MOUUS
A M. DESGARTES.
( Lettre 68 du tome I. Version. ) MOK&I£UR. .
Je ne diminue rien dans mon esprit de la haute idée que je me suis formée de votre mente; et mon jugement est si constant là-dessus, que je penserai toujours ce que je vous en ai écrit dans ma précédente : ce qui augmente même beaucoup l'estime que j'ai conçue de vous., ce sont ces manières honnêtes et cette bonté qui se réunissent si heureusement à une graadeur étonnante de <yénie et k une divine pénétration d'esprit. Gomme je n en ai jamais douté auparavant, fen ai aujourd'hui une preuve convaincante dans vos savantes lettres. Au reste^ a&i, que voué n'ayez pas lieu de vous repentir d'une faveur si considérable, et que vous ne îa regardiez pas c^mme placcfe «ar la tête d'un esdaw, etîde peur que le âèle et Famour que^ j'ai pour vous ne deviennent une chose tilè, ^mme prove^miit d'un e&prit bas et iiarapant j je vais Voiis dire, avec taiite la confiance icpii convient à tm'
homme libre , de quelle sorte vos réponses m*ont satisfait : mais poHr ne pas vous multiplier la peine, et à moi aussi, je retrancherai toutes les liaisons du discouisi, et tout ce qui pourroit le rendre trop long, et je me contenterai de renfermer tout mon sujet eh des courtes instances, ou du moins en des petites notes siu* chacune de vos
réponses.
lïrSTAIfCB A LA &BJPONSB SU& LA PREMlittE DlfRCmSiTli.
I. « Vous ne la définissez que par le rapport » qu'elle a avec nos sens , etc. »
On pourroit répliquer, comme la racine et l'essence des choses sont cachées et ensevelies dans des ténèbres éternelles, il faut de nécessité définir chaque chose par le rapport qu'elle peut avoiv à d'autres. Ce rapport se peut appeler propriété dans les substances, puisqu'il n'est pas lui-même substance , quoique je reconnoissQ d'ailleurs qu'il y a des propriétés que Ton conçoit les unes avant les autres; j^ai voulu dire seulement qu'il valoit mieux «téfinir une chose par jine propriété qui la comprit entièrement , que par ce qu'on appelle la forme , qui est plus étendue que le défini* De plus , quand vous définissez le corps une chosis étendue, je remarque que cette même étendue consiste dans un rapport des parties les unes aux autres , en tant que les unes ont été produites des '
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autres} rapport qui ne convient pas absolument à la cho^re.