I.ETXJIES. 5lQ
pourtant pu faire que des peraoniies tirés habile^ ne soient tombées daiis les n^pmes ^iiiicultésy je veux ici faire mou possible pour les ôter entièrement ; et pourceque je juge que cela ne procède que faute de bien comprendre toute Féconoi^iie de mon Sty^tème, et la suite d^s raisons qui servent à faire concevoir comment cela est possible Je vpu^ remettrai ici devantj les yeux tout ce que je jug(Bl*ai nécessaire à cet effet , et qui m'a fait avoir des pf^nsees touties contraires ^ux vôti^S| et trouver de la facilité où vous ne trouvez que de la repu* gnance^ Si tous ceux qui ont quelque cho$e à m'objeciter voploient en qser (Çomm^ vous , je n^p suis asse^ déclaré pour les pblig^ à. croire que j« ferois tout mon possible ppur les satisfaire; mai^ la plupart se contentent de me condamner sans m^Quïr et faute de m 'entendre ; et quelques un^ s^t roiept bieii aises de se divertir par des disputes s£|n^ fin , et par des cUjSCQurs dont le sena^s'é vanouit a^si^itôt qii# le son çle^ paroles, à quoi je vous confesse que je ne me suis jamais voulu so|i mettre; ce qui, sa«$ ^^te aura pu ^re, croire ces jours p^^sé^', à l'Un d^s p}jus savapta et des plus esjtimés mathéamtid^iis de la France , que je^ n'avois dU aucune réponse à faire à se;5 difficultés (qui ressembloient entièirement ^xnn vôtres), pour n'avoir pfts VQulu eptrer en contestation avec lui chez ui^ç pQissoQne. de m^irque, et len as^ez; bonne cp mpagi}ie;
mais je ne le fis que pour Tobliger à écrire^ à quoi je le conviai , ce que pourtant je n'ai pu encore obtenir de lui jusques à présent : de sorte que s'il a lien de ne vanter que je fus lors sans repar* tie , je pues aussi de mon côté me glorifier que je Fai réduit à n^oser écrire. Mais , en attendant qu'il sy soit disposé , je veux vous divertir et moi aussi par la réponse que j'ai à vous faire , arrêtant tantôt votre esprit sur la considération des êtres de ce monde , et tantôt le faisant promener dans un monde tout nouveau.
Premièrement, je remarque que tous les corps de l'univers sont composés d\ine même matière, et que cette matière ne consiste qu'en l'étendue , en longueur, largeur et profondeur, qui est telle que chacune de ses parties occupe toujours un espace tellement proportionné à sa grandeur, qu'elle n'en sauroit remplir un plus grand, ni se resserrer dans un moindre , ni souffrir que pendant qu'elle y demeure quelque autre y^ trouve place.
i^» J'ajoute que cette ipatière peut être divisée en un nombre indéfini de parties , chacune des* quelles est capable d'une innombrable variété de figures et de mouvements»
3. Je ne mets aucune différence réelle entre cette matière et ce que les philosophes ont cou* tum^ de nommer espace; à caus^ que je ne con>
LKTTIIES. 521
çois l'un et l'autre que sous la notion d'une chose étendue en longueur, largeur et profondeur. Et quand on y en ^voudroit établir quelqu'une, elle seroit de nulle importance pour mon dessein , qui est d'expliquer nettement les raisons de tous les e£fets de la nature ; puisque je ne parle jamais de cet espace que comme d'une chose abstiaite, que mon esprit considère ; et que je suppose cette matière comme un vrai corps parfaitement solide, qui remplit entièrement «t également toutes les longueurs, largeurs et profondeurs de ce grand et immense espace que les philosophes appellent imaginaire 9 et qu'ils nous disent être infiei : et de vrai ils doivent bien en être crus , puisque ce sont eux-mêmes qui l'ont fait.
4. Il est aisé de voir que je ne puis admettre de vide, puisque ce vide qu'on me voudbroit faire admettre auroit les conditions que je donné à la matière, et partant, selon moi, seroitun vrm corps; et- de plus, ayant supposé que la totalité de l'espace est remplie d'im vrai corps, ou d'une matière parfaitement solide , dont Jes parties ne se peuveat ni étendre ni resserrer, il est impossible que je puisse concevoir aucun vide en la nature.
5. Bien que je suppose que cette matière n'a la forme ni de la terre, ni du feu, ni de l'air, ni d'siucuRe autre chose plus particulière ; non plus. q[ue le& qualités do» chaude, de froide, de sèche»
5^2 L£TTR£S.
(l'humide, de i^^e ou de pesante ; et que je ne suppose aussi en elle aucun goût, ou odeur, ou son , ou couleur , ou lumière , ou autre chose semblable, dans la nature de laquelle on puisse dire qu'il y ait quelque chose qui ne soit pas évidemment connue de tout le monde , il ne faut pas penser pour cela qu'elle soit œtte matière première des philosophes , qu'on a si bien dépouillée de toutes ses formes et qualités, qu'il n'y est rien * demeuré de reste qui puisse être clairement entendu r au lieu que la nature que j'attribue à cette matière est si claire, et toutes ses propriétés, à savoir, sa divisibilité, et la grandeur , la. figure, la situation et le mouvement de ses parties, si intelligibles, qu'il n'y a rien que le. commun même des hommes coqçoive plus clairement et plus distinctement.
6. Mais,rpour éviter toute dispute avec les pbi* losophes de ce monde ^ permettez^ maintenant pour un peu de temps à votre pensée d'en sortir, el da considérer ce qui pourroit arrivai» dans un autce tout nouveau , si je lui en faisois naître un en sa présence dans les espaces imaginaires , sans y rien supposer de plus que ce que j'ai déjà dit; et vous verrez que, sans y recuvoir d'autrçs lois que l(te lois ordinaires de la nature , elles seront suffisantes pour faire que, les parties de cette vaste matière, ou si vous voulez de ce chaos, ^ s» démêlent- d'elles*
mémtes , et se disposent en si bon ordre ^ qu elles auront la forme d un monde très parfait , et dans lequel on pourra voir non seulement de la lumière, mais aussi tontes les autres choses tant générales que particulières qui paroissent dans ce vrai monde.. 7. Avant que je vous explique ceci plus au loiig ( ce que je pourrai faire quelque jour , puisque vous m'en priez, me contentant aujourd'hui de parler de ce qui peut servir k l'éclaircissement dé vos difficultés présentes), arrêtez-vous uii peu à cou" sidérer ce chaos, et remarquez qu'il ne contient aucune chose qui ne vous soit si par&itement connue, ^e vous qe sauriez pas même feindre de l'ignorer. Car pour les qualités que j'y ai mises, si vous y avez pris garde, je les ai seulementsupposées telles que vous les pouvez imaginer; et pour la matière dont je l'ai composé, il n'y a rien de plus simple ni d^ plus &cile à connoître dans les créatures inanijoaées; et son idée^ à savoir / V^n^fci^^ est telletiient comprise dans toutes celles que notre imagination peut former, qu'il faut nécessairement qije vous la conceviez , ou que vou^ n'imaginiez jamais aucune chose.
S. Toutefois , pojurceque les philosophes sont si subtils, qu'ils trouvent des difficultés dans les choses qui semblent les plus claires aux autres hommes , et que le souvenir que vous avez de leur jnaùèfe première ( qu'ils confessent eux-mêmes être
524 LEJTRES.
assez malaisée à concevoir ) vous pourroît diverlir de la connoissance de celle dont je parle, il faut que je vous dise «n cet endroit que, si je ne me trompe, toute la difficulté qu'ils éprouvent dans la leur ne vient que de ce qu'ils la veulent distinguer de sa propre quantité et de son étendue extérieure. Toutefois je veux bien qu'ils croient avoir raison , car je n'ai pas dessein de m'arrêter à leur contredire; mais ils ne doivent pas aussi trouver étrange si je suppose que la quantité de la matière que j'ai décrite ne diffère non plus de sa substance que le nombre fait des choses nombrées ; et si je considère son étendue , ou la propriété qu'elle a d'occuper de l'espace , non point comme un accident^ mais comme sa vraie forme et son essence ; car ils ne sauroient nier qu'elle né soit très facile à concevoir en cette sorte. Et mon dessein n'est pas aujourd'hui de vous expliquer comme eux les choses qui sont en effet dans le vrai monde; mais seulement d'en feindre un à plaisir , dans lequel il n'y ait rien que les plus grossiers esprits ne soient capables de concevoir , et qui puisse toutefois être créé tout de même que je l'auraî feint. Si j'y mettois la moindre chose qui fût obscure, il se pourroit faire que parmi cette obscurité il y aurôît quelque répugnance cachée , dont je ne me serois pas aperçu , et ainsi que sans y penser je supposerois une chose impossible ; au lieu que pou-
vant distinctement imaginer tout ce que j'y mets, il n'y a point de doute qu'encore qu'il n'y eût rien c(e tel dans ^'ancien monde , Dieu le pourroit toutefois créer dans un nouveau ; car il est certaija qu'il peut créer toutes les choses que nous pou^ vons clairement et distinctement imaginer.
9. C'est pourquoi je me garderai bien, comme ont fait quelques uns , de supposer en la composition d'un système des choses qui soient autant ou plus difficiles à concevoir que ce qu'ils prétendent expliquer par elles; ainsi je n'ai garde de supposer que le soleil soit extrêmement chaud, ni que la matière dcMit le monde est composé soit fluide, liquide, perméable et diaphane , et qu'avec cela elle a cette vertu de pouvoir être raréfiée, ou condensée, selon que la chaleur est plus forte Quplus foible; et beaucoup moins, que toute la matière de l'univers, et chacune de ses parties, a une certaine propriété par la vertu de laquelle toute cette matière s'unit et s'assemble en un seul corps continu , dont toutes les parties ont inclination et font effort pour se joindre les unes aux ajutres , en s'attirant réciproquement l'une l'autre ; en sorte que chaque partie de la terre , ou de l'air , ou de l'eau , ou de quelqu'autre planète , a en soi deux vertus semblables^ l'une qui les joint avec les autres parties de leur planète , et l'autre qui les unit avec le reste des parties de l'univers , sans que Tune de. ces deux
5a6 LETTREt.
propriétés empêche TefFct de Fautre ; car toiites ces choses me semblent avoir besoin de grande explication , et la plupart même me semblent inconcevables, à moins que d'admettre dans les parties de la matière une intelligence et une puissance toutç^ divines ; outre que ceux-l^ mêmes qui supposent toutes ces qualités dans ta matière dont Funivers est composé n*ont pu encore bien expliquer jusqucs ici ce qu'ils entendent par la matière , sans quoi néanmoins tout ce qu'ils disent ne sauroit passer tout au plus que pour de pures suppositions, qui n'ont point la clarté que doit avoir un principe , et qui ne peuvent servir à faire çonnoître aucune chose.
. 1 o. Mais pour venir à vos difficultés , la première chose que je désire que vous remarquiez est la différence qui est entre les corps durs et ceux qui sont liquides ; ^t pour cet effet, pensez que chaque corps peut êtr^ divisé en des parties extrêmement petites. Je ne veux pas déterminer si leur nombre est infini ou non , mais à tout le moins il est certain qu'au regard de notre connoissànce il est indéfini; et que nous pouvons supposer qu'il y en a plusieurs milliers dans le moindre petit grain de sable qui puisse être aperçu de nos yeux. Et remarquez que si deux de ces petites parties s'entre-touchent sans être en action pour s'éloigner l'une de l'autre, il est besoin de quelque force pour les séparer tant
peu que ce puisse être; car étant une fois ainsi posées , elles ne s'aviseroient jamais de ^en 6ter d'elles-mêmes. Remarquez aussi qu'il faut deux fois autant dé force pour en séparer deux que pour en séparer une , et mille fois autant pour en s^arer mille 9 de sorte que s!il en faut séparer plusieurs milliers tout à la fois , comme il faut peut-être faire pour rompre un seul cheveu , ce n'est pas merveille s^îl y faut une force assez sensible ; mais au contraire, si deux ou plusieurs telles parties ^e toucheat seulement en passant, et lorsqu'elles sont en action pour se mouvoir l'une d'un côté, l'autl^ de l'autre, il est certain qu'il faudra moins de force pour les séparer que si elles étoîent tout-à-fail sans mouvement ; et même qu'il n'y en faudra point du tout si le mouvement avec lequel elles se peuvent séparer d'elles-mêiDes est égal ou plus grand que celui avec lequel on les veut séparer. Or je ne trouve point d'autre différence entre les corps durs et les liquides , sinon que les parties des uns peuvent être séparées d'ensemble beaucoup plus aisémeiît
quç celles des autres ; car même celles des corps les plus durs peuvent être séparées par une force capable de vaincre leur résistance : de sorte que, pour composer le corps le plus dur qui puisse être imaginé , je pense qu'il suffît si toutes ses parties se touchent sans qu'il reste d'espaee entre deux, ni qu'aucune d'elles soit en action pour se mouvoir..
Car quelle colle on quel ciment, y pourroh-on imaginer , outre cela , pour les faire mieo^ tenir l'une à Fautre. Je pense aussi que c'est assez pour composer le corps le plus liquide qui se puisse trouver, si toutes «es plus petites parties se remuent le plus diversement Tune de l'autre , et le plus vite qu'il est possible, encore qu'avec cela elles ne laissent pas de se pouvoir toucher lune 1 autre de tous côtés, et se ranger en aussi peu d'espace que si elles étoient sans mouvement.
1 1 . Car souvenez- vous que tous les corps , taut durs que liquides, sont faits d'une même matière; et qu'il est impossible de concevoir que les parties de cette matière composent jamais un corps plus solide, c'est-à-dire qui occupe moin^ d'espace qu'elles font lorsque chacune dlelles est touchée de tous côtés par les autres qui l'environnent. D'où il suit, ce me semble, que s'il peut y avoir du vide quelque part, ce doit plutôt être dans les corps durs que dans ceux qui sont parfaitement liquides; car il est évident que les parties de ceuxci se peuvent bien plus aisément presser et agencer l'une contre l'autre ^ à cause qu'elles se remuent sans cesse, que non pas celles des autres qui sont sans mouvement; et par exemple, si vous noettez de la poudre dans quelque vase , vous le secouez et frappez contre, pour faire qu'il y en entre davantage; mais si vous y versez quelque liqueur,
elle se range incontinent d'elje-inéme en au^^. peu de lieu qu'on la peut mettre.
1 2. Je me souviens bien de la difficulté que vous me faites là-dessus, qui est assez considérable; c'est à savoir que les parties qui composent les corps liquides ne peuvent pas, ce semble, se remuer incessamment, comme j'aj diç qu'elles font, si ce n'est qu'il se trouve de l'espace vide parmi elles, au moins dans les lieux d'où elles sortent à mesure qu'elles se remuent. Mais à cela, j'ai deux choses à repartir, qui doivent, à mon avis, satisfaire toute personne qui veut écouter la raison, et. non pas se faire des obstacles invincibles de ses difficultés. La première est la connoissance parfaite de la nature des trois éléments de ce monde telle que je l'ai décrite, et. la seconde est la façon que gardent les corps en se remuant.
i3. Pour celle-ci, je n'ai pas seulement connu
par la raison , mais j'ai même reconnu par diverses
expériences que tous les mouvements qui se font
au monde sont en quelque façon circulaires,
c'est-à-dire que quand un corps quitte sa place,
il entre toujours en celle d'un autre, et ainsi de
suite jusques au dernier, qui occupe au niéme iur
stant le lieu délaissé par le premier; ^1 sorte qu'il
ne se trouve pas davantage de vide parmi eux
lorsqu'ils se meuvent que lorsqu'ils sont arrêtés.
Et remarquez ici qu'il n'est point pour cela néces- 10. 34
saire que toutes les parties des corps qui se meuvent enserftble soient exactement disposées en rond . comme un vrai cercle, ni même qu'elles soient de pareille grosseur ou figure ; car ces inégalités peuvent être récompensées par d autres inégalités qui se ^trouvent en leur vitesse; et par la facilité que les parties les plus subtiles et les plus déliées des corps liquides, qui peuvent bien n'être pas toutes égales, ont à se diviser. Or on ne remarque pas communément ces mouvements circulaires, quand les corps se meuvent dans l'air, d'autant que la plupart sont accoutumés à ne concevoir Tair que comme un espace vide; mais voyez nager des poissons dans le bassin d'une fontaine , s'ils ne s'approchent point trop de la surface de l'eau, ils ne la feront aucunement branler, encore qu'ils passent dessous de tous côtés avec une très grande vitesse : d'où il paroît manifestement que l'eau qu'ils poussent devant eux ne pousse pas indif'férertiment toute l'autre, mais seulement celle qui peut mieux servir à parfaire le cercle du mouvement , et rentrer en la place qu'ils laissent ; et cette expérience seule suffit pour montrer combien ces mouvements circulaires sont aisés et familiers à la nature. Et la raison nous montre qu'il ne s'en peut faire d'autres , à cause que tout étant aussi plein qu'il sauroit être, un corps ne peut quitter sa place qu'il n'entre dans celle d'un autre, lequel
tETTRES» 53l
doit enfin venir occuper la plate abandonnée par le premier , comme n y en ayant point d'aujtre où il se puisse mettre en tout le reste de IWivers.
14. Enfin, je n'ai plus qu'à expliquer la nature que j'attribue à chacun des éléments, afin que vous la puissiez une fois bien concevoir; car toutes vos difficultés ne viennent que faute de cela. Je conçois le premier comm6 une liqueur la plus subtile et la plus pénétrante qui soit au monde; et ensuite de ce que je vous ai dit ci-devant, touchant la nature des corps liquides , je m'imagine que ses parties ^ont beaucoup plus petites , et se remuent beaucoup plus vite qu'aucunes de celles des autres corps ; ou plutôt , pour bannir tout-à-fait le vide de la nature , et pour ôter njéme toutes les chicanes que les plus difficiles et les plus scrupuleux me pourroient faire là-dessus^ je n'attribue à ses parties aucune grosseur ou figure déterminée, mais je me persuade que l'impétuosité de son mouvement est suffisante pour faire qu'il se divise en toutes façons et en tous sens par la rencontre des autres corps, et que ses parties changent de figure à tous moments, pour s'accommoder à celles des lieux où elles enti^ent; en sorte qu'il n'y a jamais de passage si étroit, ni d'angle si petit entre les parties des autres corps, où celles de cet élément ne pénètrent sans aucune difficulté, et
qu'elles ne remplissent exactement. Pour le second
55» lettres!
élément, je le conçois bien aussi comme une liqueur très ^subtile , en le comparant avec le troisième ; mais ' pour le comparer avec le premier , il est besoin d'attribuer quelque grosseur et quelque figure à chacune de ses parties , et de les imagina à peu près toutes rondes, et jointes ensemble ainsi que des grains de sable ou de poussière; en sorte qu'elles ne peuvent si bien s'agencer , ni tellement se presser Tune contre l'autre, qu'il rie demeure toujours autour d'elles plusieurs petits intervalles , dans lesquels il Qst bien plus aisé au premier élément de se glisser, qile non pas à elles de changer de figure tout exprès pour les remplir: et ainsi je me persuade que ce second élément ne peut être si pur en aucun endroit du monde, qu'il n'y ait toujours avec lui quelque peu de la matière du premier. Après ces deux éléments, je n'en reçois qu'un troisième y duiiiiél je juge que les parties sont d'autiînt plus grosses, et se meuvent d'autant moins vite à comparaison de celles du second , que font celles-ci à comparaison de celles du premier; et même je crois que c'est assez de le concevoir comme une ou plusieurs grosses masses dont les parties n'ont que fort peu ou point du tout de mouvement qui leur fasse changer de situation au respect l'une de l'autre.
1 5. Et remarquez que ce n'est pas sans raisoà que je ne reçois point d'autres éléments que ces
ti'ois que j W décrits; car la di£Férence qui est entre eux et les autres corps que les philosophes appellent mixtes ou composés, consiste en ce que les formes de ces corps mêlés contiennent toujours en soi quelques qualités qui se contrarient et qui se nuisent , ou du moins qui ne tendent point à la conservation l'une de l'autre, au lieu que les formes des éléments doivent être simples, et n'avoir aucunes qualités qui ne s'accordent ensemble si parfaitement , que chacune tende à la conservation de ^toutes tes autres. Or c'est ce qui se rencontre dans les formes de ces trois éléments. Mais si vous examinez toutes les formes que les divers mouvements, grosseurs, figures et arrangement des parties de la matière peuvent donner aux corps m^és, je m'assure que vous n'en trouverez aucune qui n'ait en soi dés qualités qui tendent à faire qu'elle se change, et en se changeant qu'elle se réduise à quelqu'une de celles de ces éléments.
Mais de plus, comme je ne reçois que trois éléments, de même aussi, si nous considérons généralement tous les corps dont l'univers est composé, nous n'en trouverons que de trois sortes qui puissent être appelés grands et nombres entre ses principales parties, à savoir, le soleil et les étoiles fixes pour le premier, les cieux pour le second , et Ja terre avec les planètes et les comètes pour le troisième. C'est pourquoi nous avons
grande raison de penser que le soleil et les étoiles fixes n'ont point d'autre forme que celle du premier élément tout par; les deux, celle du second^ et la terre avec les planètes eties comètes, celle du troisième. Et pour les corps mêlés, nous n'en apercevons en aucun autre lieu que sur la superficie de la terre ; et si nous considérons que tout l'cispace qui les contient, à savoir , tout celui qui est depuis les nues les plus hautes jusques aux fosses les plus profondes, est extrêmement petit à comparaison de 'toute la terre et des immenses étendues du ciel , nous pourrons facilement nous imaginer que ces corps mâés ne sont tous ensemble que comme une petite écorce qui s'est engendrée au-dessus de la terre, par l'agitation et le mélange de la tnatière du ciel qui l'environne^ de scH*té cju'il ne peut y avoir de corps mêlés ailleurs que sur les superficies de ces grands corps; mais il semble que là il faille de nécessité qu'il y en ait: cur les éléments étant chacun de nature fort contraire, il ne se peut faire que deux d'entre eux s'entretouchent, sans qu'ils agissent contre les superficies l'un de l'autre, et donnent ainsi à la matière qui y est les diverses formes de ces corps mêlés. 1 6. C'est assez pour ce coup vous entretenir du gros de mou système : je reviens à vos difficultés qui doivent, ce me semble, être maintenant levées. Je demeure d'accord avec vous que chaque partie
de la matière du premier élément, la plus petite qui soit , considérée dans Tétat qu'elle est au moment qu'on la considère, est figurée , et aussi solide qu'elle puisse être ; mais yqus ne devez pas c<mfondre la notion de solide avec celle de dur. Car, par exemple, le soleil est très solide, et néanmoins il est le corps le moins dur, et le plus liquide qui soit, puisqu'il est composé de la matière la fim subtile, la plus fluide et la plus pénétrante que nous puissions imaginer; et dont chaque partie prise à part, et considérée toute seule, ne doit pas non plus être appelée dure, à cause qu'elle n'a point de grosseur ni défigure déterminée, mais qu'elle se peut diviser à tous moments en plusieurs diverses façons ; ce qui est le propre des corps liquides et non pas des corps durs. J'accorde aussi que chaque petite partie du premier élément ne se pourroit mouvoir,, au moins d'un mouvement direct , si toutes celles qui la touchent immédiatement étoient dans le repos , et ne lui pouvoient faire passage. Mais il ne faut pas simplement considérer chaque partie dans l'état présent où elle est, il faut aussi que vous considériez celles entre lesquelles elle est , dans l'état présent où elles sont ; et pourceque toutes ensemble elles composent un corps parfaitement liquide , toutes sont dans le mouvement , toutes disposées à céder leur place, et toutes sans aucune figure déterminée ; de sorte
que si chaque petite partie a quelque figure dans le moment amjuel vous la considérez , ^ comme de ▼rai elle en a une , elle n'est point pour cela obligée de la garder .dans le mom^t suivant, si la déferjnination où son mouv^m^imt la porte Toblige à changer sa figure pour s'accommoder à celle des lieux oà elle doit entrer. \]lar , si vous TOUS en souvenez, je vous ai dit que chaque partie de la matière du premier élément étoit si petite, et d'ailleurs se mouvoit si vite, que la seule impétuosité de son mouvement étoit suffisante pour faire qu'elle se divisât, rompît, brisât, ' ou s'écachât en toutes façons et en tous sens par la rencontre des autres corps. Il n'est donc pais besoin d'aller jusques au bout du mqnde pour trouver le cerclé qui se doit faire, afin que la mdindre partie de la matière du premier élément se meuve ; c^r sans être obligée d'imprimer aucun mouvement dans pas une autre , elle se peut mouvoir à son aise dans la place même que ses voisines sont disposées à lui céder en se remuant; et pour rendre la chose plus intelligible par un exemple sensible, quand vous faites mouvoir un bâton en ligne droite , il est certain que lorsque sa première partie A se remue et qu'elle a avancé d'un pouce, sa seconde partie B en même temps a aussi avancé d'un pouce, et a justement rempli sa place, laquelle a été occupée par cdle marquée C, et ai«si
de suite jusques au bout du bàlon ; et l'espace délaissé par la dernière du bâton a été aussi en même temps rempli par autant d'air que la première avoit chassé vers là quand le bâton a commencé à se mouvoir; non qu'il soit néce^^aire que le bâton ait donné aucun mouvement à Tair, mais seulemaat il a pu déterminer celui que l'air avoit déjà à faire pour qu'il s'allât ranger à la place que l'extrémité du bâton délaissoit. De socte que si vous avez bien compris la nature que j'attribue à la matière subtile ; et comment se font les mouvements circulaires, qui ne doivent point nécessairement être ni des ovales ni de vrais cercles , mais qui ne sont appelés circulaires qu'à cause que leur mouvement finit où il avoit commencé , quelque irrégularité qui se trouv/g dans le milieu; et aussi que toutes les inégalités qui peuvent être dans la grosseur et dans la figure des parties peuvent être récompensées par d'autres inégalités qui se trouvent en leur vitesse , et par la facilité que les parties de la matière subtile, ou du premier, élément, qui se trouvent nïêléeg partout, ont à se diviser et à accommoder leur figure à celle de l'espace qu'elles doivent remplir, je m'assure qu'il ne vous restera plus aucune difiiculté touchant le mouvement des parties de la matière dans le pleine J'aurois poussé la chose plus avant , ci j'eusse eu affaire à quelque personne moins
docile que vous, et plus résolue, à contredire; mais j'aimé mieux vous laisser cela à méditer un peu, pour y accoutumer votre esprit , et pour délasser le mien , à qui il ne reste plus de force ni d'haleine que poui? vous dire que je suis , etc.