RÉPONSE DE M. DE FERMAT
A M. CLERSELIER.
( Lettre 5/| 4" tome UL }
Da la mai i66a.
lIVIoiNrsiEUB,
Vos deux lettres des sixième et treizième de mai m'ont été rendues en même temps ; elles me font
5l6 LETTRES. ^
plus d'honneur que je n'en devois raisonnablement attendre ; et bi^i loin que vos mots latins m'aient choqué ^^ je suîs persuadé que, dans la sap^ position de votre sentiment sur le sujet de la démonstration de M. Descartes ^ il n'y en a point de plus véritables en aucun endroit d^ vos lettres; car si cette démonstration est dans le^ règles des démonstration^ certaines let infaillibles , il n'est rien de plus vraiv sinon que ceux qui n'en sont pas convaincus ne l'entendent point. La qualité essentielle d'une démonstration est de forcer à croire ; de sorte que ceux qui ne sentent pas cette force ne sentent pas la démonstratix>n même, c'est à-dire qu'ils ne l'entendent pas. Je n'attribue donc , monsieur , qu'à un excès de courtoisie et de civilité cet adoucissement que MM. de votre assemblée vous ont inspiré, et je vous en rends très humbles grâces. Pour la question principale , il me semble que j'ai dit souvent « et à M. de la Chambre et à vous, que je ne prétends ni n'ai jamais prétendu être de la confidence secrète de la nature ; elle a des voies obscures et cachées que je n'ai jamais entrepris de pénétrer: je lui a vois seulement offert un petit secours de géométrie au sujet de la réfraction si elle en eût eu besoin ; mais puisque vous m'assurez , monsieiu* , qu'elle peut faire ses affaires sauâ cela, et qu'elle se contente de la marche que M. Descartes lui a prescrite , je vous abandonne de bon cœur
LETTRES. 5ï5
ma prétendue conquête de physique, et il me suffit que vous me laissiez en possession de mon problème de géométrie tout pur, et in abstracio ; ^zv le moyen duquel on peut trouver la route d'un mobile qui passe par deux milieux différents , et qui cherche d'achever son mouvement le plus tôt qu'il pourra. Et je ne sais pas même si la merveille ne sera point plus grande , en supposant que j'aie mal deviné le raisonnement de la nature; car peuton s'imaginer rien de plus surprenant que ce qui m'est arrivé ? J'écrivis, il y a plus de dix ans, à M. de La Chambre, que je croyois que la réfraction se de* voit réduire à ce problème de géométrie , etj'étois pour lors tout-à-fait persuadé que l'analyse de ce problème me donneroit une proportion différente de celle de M. Descartes; et néanmoins en tentant le problème, qui est assez difficile, dix ans après, j'ai trouvé justement la même proportion que M. Descartes. Si j'ai dit un mensonge, n'ai-jepas quelque raison de prétendre que c'est un de ces mensonges fameux desquels il est dit dans le Tasse , comme je vous ai déjà écrit ,
Qnuiéfo sara il yero i
Si beUoy che si possa à ti preporre.
En voilà de reste; je croise les armes: permettez-moi seulement, s'il vous plaît, d'assurer ici M. Ghanut , et M. l'abbé d'Issoire , son
5l8 LETTRES.
fils, de.imoi^ obéissance très humble; je n'ai pas l'honneur d'être connu du père , mais pourquoi serois-je le seul de toute l'Europe qui n'aurois pas une entière vénération pour lui. Je suis , etc.
LETTRE DE M. CLERSELIER,
ttUI FUT LUE BARS l'a^SEMBLÉE DE M. OKinOlftMOR^ LE I S JUILLET l658, sous LE NOM DE M. DESCAATES, ET GOMME SI g'eUT ÉTK LUI QUI l'eut autrefois ECRITE A QV^LQU'UN DE SES AMIS^ SERVANT DE REPONSE AUX DIFFICULTES QUE M. DE ROBERVAL T AVOIT PROPOSÉES EN SON ABSENCE , TOUCHANT LE MOUVEMENT DAVS LE PLEIN.
(Lettre 97 du tome III.) MOHSIEUH,
J'ai déjà tâché autant que j'ai pu de résoudre ou plutôt de prévenir les difficultés que vous roe faites, touchant l'impossibilité du mouvement des parties de la matière dans le plein, ayant éclairci» ce me semble, assez nettement , em divers endroits de mes Principes, selon que mon sujet m'y a porté, toutes les choses qui pou voient y faire concevoir de la répugnance ou de la difficulté : mais pourceque je vois que , quelque soin que j^aie pris , je n'ai