‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 16 sur 106 · PBS RAPPORT^ DE DIEU ET DU MOIIDI · texte numérisé non relu

PBS RAPPORT^ DE DIEU ET DU MOIIDI

Dieu une fois démontré, surgît la question de ses rapports avec le inonde. Or, les rapports de Dieu avec le monde, la nature des substances créées, Tinfluence réciproque de l'esprit sur la matière et de la matière sur l'esprit, et les formes logiques de Tentendement humain, dans lequel chaque série d'idées contingentes se rattache à une des catégories de la raison pure, ce sont des questions qui dépendent des mêmes principes, et qui ne doivent pas être séparées dans l'étude d'un système qui a de la conséquence. Pour Descartes, toutes les théories sur ces différentes questions se concluent de la doctrine psychologique des idées innées.

La psychologie est la condition de la science, et la métaphy* sique en est le fond. Descartes, ayant fondé dès le début l'autorité de la conscience, a le droit de considérer les idées comme des jugements concrets, de regarder même le jugement abstrait comme impliquant un jugement concret qui le met en rapport avec le moi, et de faire ensuite une métaphysique réelle, et non pas seulement une métaphysique logique ou conditionnelle. En effet, dans les jugements abstraits la conscience se retrouve comme condition psychologique^ le fait se complique, la pensée se dédouble; et le moi, s' appropriant l'idée abstraite par un jugement concret, est encore là pour illuminer la connaissance et lui donner la véritable forme de pensée humaine. Une réalité objective est trompeuse et chimérique s'il n'y a point au dehors de réalité formelle; mais s'il n'y a point de sujet pensant, elle est un non-être ; et si ce sujet pensant ne sait pas qu'il pense, elle est comme si elle n'était pas ; elle est une pensée ou réalité objective possible, elle n'est pas une pensée actuelle. La conscience, qui fait que la pensée est ma pensée, est donc la condition de toute pensée et de toute connaissance; et par

nséquent je pense à moi, je me connais et je m'aperçois

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moi-même toutes les fois que ma pensée s'exerce. Hais s'il est de la nature de fintelligence d'avoir un sujel pensant ayant conscience de lui-même, elle se perdraitf en quelque sorte dans le vide, et ne serait plus une lumière» s'il ne se rencontrait quelque chose qui la terminât à la façon d'un objet. Or les idées auxquelles s'applique la pensée sont de deux sortes : les unes contingentes, les autres nécessaires ; ou, pour parler plus rigoureusement, les unes de choses contingentes, parmi lesquels je me range moi-même, quoique je ne puisse pas ne pas penser à moi, et les autres de choses nécessaires. Mais de même que je suis le centre de toutes mes pensées, les idées nécessaires sont comme la circonférence qui borne mon horizon dans toutes les directions ; et quel que soit le phénomène auquel je pense, je conçois en même temps une certaine idée nécessaire qui l'arrête et le domine. Ainsi toute idée de chose contingente est sujette à la quantité, et nulle quantité n'est conçue que l'esprit ne conçoive nécessairement quelque chose de plus grand qui la dépasse. Prenons pour exemple l'espace ou le temps : il ne se peut que l'esprit conçoive une mesure de temps ou d'étendue sans concevoir quelque chose dont celte mesure est privée et qui s'étend au delà ; et comme on peut augmenter indéfiniment la mesure, ce quelque chose a évidemment dans son espèce la nature positive par excellence, et possède pleinement et sans restriction l'essence qui lui est commune avec les mesures ou choses mesurées qui ne la possèdent que partiellement et d'une façon négative. Mais ces idées de la raison pure ne sont pas miennes ; et quoique je les aperçoive clairement, elles ne dépendent ni de ma volonté, ni de ma nature, ni de la volonté de quelque esprit que ce soit, mais de la nature de Dieu, et elles sont de sa substance ^ : en sorte que je ne vois aucune chose sans penser à quelqu'une des perfections de

* Cf. Bayle, t. II de la continuation des Fensées diverses, ch. 1^' et Leibniti, Théodicée, Essai sur la honte de Dieu, part, ii, S 17^

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