RAPPORTS DE LA PHILOSOPHIE ET DE LA FOI
La philosophie , d'abord servante, puis auxiliaire de la foi, devient ainsi sa rivale; et la question de savoir des deux principes lequel doit céder dans un conflit natt tout aussitôt, ou du moins acquiert uue nouvelle importance. Bayle, Leibnitz, Malebranche, tous les philosophes du dixseptième siècle, ont étudié cette question capitale ^ ils ne l'ont pas fait, ils n'ont pas pu le faire avec assez d'indépendance et d'impartialité. La religion et la philosophie ne diffèrent pas seulement, comme on l'a cru, par leur origine; et c'est une pensée plus brillante que juste de ne voir dans la révélation qu'une anticipation de la Providence sur les découvertes à venir de l'esprit humain. D'autres diflërences naissent entre la religion et la philosophie de la différence même de leur origine : la révélation, qui prononce au nom de Dieu sur le sort de l'humanité, n'a d'autre borne que nos besoins et la volonté de Dieu; la philosophie, qui s'adresse àla raison, a nécessairement pour limites les limites mêmes de notre intelligence. Leur but est le même, car elles viennent l'une et l'autre pour élever l'homme jusqu'à Dieu; mais la philosophie agile des problèmes que la religion dédaigne, et la religion nous révèle des vérités que la philosophie n'atteint pas.