PROPOSITION QUATRIEME
Xi'esprit et le corps soot réellement distincts.
bièllfOÎIStilAttON.
Tout «e que nous concevons clairement peut-être fait par Dieu en la manière que nous le concevons (par le corollaire précédent) ;
Mais tioùs cbticevotis tlairement l'esprit, o'estè'^dire une siib
* îancc qui pense, sans le cot^s^ c*est-à*dire sans une substance
^® JShdue (pat là demande seconde)! et d'autre part nous conce-
aormai^ ^^^^^ cMrettent le corps sons l'esprit ^ ainsi que oiiacua
^^^^^irdefaôilétiientî
je SUIS pe^^ ^^ moins, par la toute-puissanée de Dieuv l'esprit peut nest pasuk^g jg j^^^pg^ ^^ jg ^^p^ sans l'esprit, ^pnt, une ^nan^ \^^ substances qui peuvent être Tune sans Tau*»
nous aider d*ancan autre raisonnement « nous suivons seulement le témo^nage de nos sens, nous aurons juste sujet de douter si quelque chose existe ou non. Nous reconnaissons donc la vérité de cette Méditation. Mais d'autant «que Platon a parlé de cette incertitude des choses sensibles , et plusieurs autres anciens philosophes avant et après lui, et quUl est aisé de re-, marquer la difficulté qu'il y a de discerner la veille du sommeil, j'eusse voulu que cet excellent auteur de nouvelles spéculations se tùi abstenu de publier des choses si vieilles.
Les raisons de douter qui sont ici reçues pour vraies par ce philosophe n'ont été proposées par moi que comme vraisemblables ; et je m'en suis servi, non pour les débiter comme nouvellesv Toaeàs en partie pour préparer les esprits des lecteurs à considérer les choses intellectuelles, et les distinguer des corporelles, à quoi elles m'ont toujours semblé très-nécessaires; en partie pour y répondre dans les Méditations suivantes, et en partie aussi pour faire voir combien les vérités que je propose ensuite sont fermes et assurées, puisqu'elles ne peuvent être ébranlées par des doutes si généraux et si extraordinaires. Et ce n'a point été pour acquérir de la gloire que je les ai rapportées, mais je pense n'avoir pas été moins obligé de les expliquer qu'un médecin de décrire la maladie dont il a entrepris d'enseigner la cure.
OBJECTION DEUXIÂUB»
Snr la seconde Méditation.
lie Là NATURE DE l'eSPRIT HUMAIN
« Je suis ime chose qui pense. » C'est fort bien dit ; car de ce que je pense ou de ce que j'ai une idée, soit en veillant, soit en dormant, l'on infère que je suis pensant ; car ces deux choses, ; je pense et je suis pensantf signifient la même chose. De ce que je suis pensant, il s'ensuit que je suis ; parce que ce qui pense Qest pas un rien. Mais, où notre auteur ajoute <k c'est-à-dire un ^prit, une âme, un entendement, une raison, v de là naît un
194 TBOKIÉNES miBCflOnS
doute. Car ce raiwnnetneut ne me semble pas bisn A dire : Je sait penmnl, donc je mis unepefuéei ou biëh : iiiMUgenl\ donc je mto Un eMIemfnNMt. Car de la mèdi je pouimd dire : /e ntf« prMMftont, donc 4 Mii> «M norfe.
M. Detcartes donc prend la cbosËiittelllgente et l'intei qui en est l'acte, pour nQe mâme chose } eu du moh que c'est le même que la choie qui entend et l'entent qui est une puliiance ou J^LCUlté d'une chose intelligente moins tous les philosophes distinguent le sujet de ses Fac de ses actes, c'est-à-dire de ses propriétés et de ses es car c'est autre chose que k chose même qiU est, et auti que son ewencei il se peut dodc faire qu'une Chose qu soit le sujet de l'esprit, ûb la raison ou de l'entendeti partant que ce soit qutlque chose de corporel, dont le c( est pris ou atancé, et n'est pas^rrouT^. Et tiëanmoins eela que consiste le Tondement de la conclusion qu'il que H. Descartes veuille établir^
Au mfime endroit il dit: « Je connais quej'etiste, et. « che quel je suis, mol qUe je eonnali être. Or il est très'
■ que cette notion et connaissanEe ds mdl'-ifigme, ainsi i « ment prise, ni dépend point des choses dont l'eiisti
■ m'est pas encore connue. *
11 est trËs-certain que la connahBanoe de cette pit^ feŒÛttt dépend da celle>cil /epenM, comme 0 nous a (ï enseigné ; mais d'où nous vient la connaissance de œlk pense ? Certes, ce n'est point d'autre chose que de ce qi ne pouvons concevoir aucun acte sans son sujet, coi pensée sans une chose qui pense, la science sans une ch sache, et la promenade sans une chose qui se promène.
Et de là il semble suivre qu'une chose qui pense esl c chose de corporel ; car les sujets de tous les actes semble seulement entendus sous une raison corporelle, ou so raison de hiatière, comme il a lui-même montré uh péi par l'exemple de la cire, laquelle, quoique sa couleur, sa sa tlgUre et tous ses autres actes soient changés, est t( conçue être la m&mB chose, c'est-ii-dire la même matière » tous ces changements. Or ce n'est pas par une au,tre que j'infère que je pense; car encore que quelqu'un ^nser qu'il» p^nsi!, laquelle pensée n'est rien auti-e cho»
KT RÉPOIlflGS. lOS
iouveoir, néanmoins il est tout à fait imposaible dq penser qu'on pense, ni de savoir qn^om sait : oar te serait une interrogation qui ne finirait jamais 2 D*oii saveas^vous que vous savei que vous saves qufi vous sav^ 1, etc.
Et partant, pi^isque la ponnais^nce de cette proposition: JHxisUy dépend d§ la oonnaissance de eelle-ci : Je pensey et la connaissance de celle-ci de oe que dous nq pouvons séparer la pensée d^une matière qui pense, il semble qu'on doit plutôt inférer qu'une ehose qui pense est matérielle qu'immatérielle.
Qh j'ai dit ; < o'ett-rà-rdire un esprit, une iime, un entendement, une raison, 1» etc., je n^ai point entendu par ces noms les «eoles facultés, m^is les choses douées da la taculté de penser, comipe par les deux premiers oq a coutume d'entendre, et asses souvent mm par les fleux derniers : ce que j'ai si souvent exi pliqué, et en termes si expràa, que je ne yois paj» qu'il > aU eu lieu d'en douter,
Et il p'y a point ici de rapport pu de convenance en^re la pro menade et la pensée, parée que la pmmanade n'est jamais prise autrement que pour Taotion même; mais la pensée se prend quelquefois pour l'action, quelquefois pour la faculté, et queU qiiefois pour la chose en laquelle réside cette faculté.
£|t je m dis pas que Tintelleetion et la chose qui entend soient une même chose, non pas même la chose qui entend et l'eur tendemept, si l'entendement est pris pour une faculté, mais seulement ioraqu'il est pris pour la chose fQèm^ qui entend. Or j'avoue franuhement que pour signifier une ohoae ou une suh-r Btance, laquelle je voulais dépouiller da toutes les choses qui ne lui t^partienneiit point, jp me suis ^ervi de termes autapt »in)ple(s qt ^traits que j'ai pu ; comme au contraire ee phflosoph^i pour signifier la même suhstanoe, en emploie d'autres fort oon(3a?qts et composés, k savoir, ceux de sujet, de matière et de corpi, rta d'eiupôchei» autant qu'il peut qu'eu ne puisse séparer la peusée d'avec le eorpa. Et je ne crains pas que la b^n dont il se sert, qui est de joindre ainsi pluaieura choses en«eRU)le» 90U trouvée plus propi'c pour parvenir à la connais- ^Qce de la vérité qu'est la mienne, par laquelle je distingue autant q^e je puis chaque chQse. Mais ue nçim {^VfètQu^pas dA-
s OBJECTIONS
mtage atu ptroles, venons à la chose doot Q est qi « U se peut faire, dit-il, qu'une chose qui pense soit < chose de corporel, dont le contraire est pris ou aTaucé pas prouvé. » Tant s^en faut. Je n'ai point avancé le a ne m'en suis en façon quelconque servi pour fond ais je l'ai laissé entièrement indéterminé jusqu'à la éditalion, dans laquelle il est prouvé.
En aprits il dit fort bien que • nous ne pouvons co aucun acte sans son sujet, comme la pensée sans un qui pense, parce que la chose qui pense n'est pas un ais c'est sans aucune raison et contre toute bonne lo^ ême contre la façon ordinaire de parler, qu'il ajoute q là il semble suivre qu'une chose qui pense est quelqii de corporel; > car les sujets de tous les actes sont bi frite entendus comme étant des substances, ou si vous imme des matières, à savoir, des matières métaphy ais non pas pour cela comme des corps. Au contraii s It^ciens, et presque tout le monde avec eui, ont a : dire qu'entre les substances les unes sont spirituelle itres corporelles. Et je n'ai prouvé autre chose par l'e : la cire, sinon que la couleur, la dureté, la flgiuv, etc irtieunent point à la raison formelle de la cire, c'est l'on peut concevoir tout ce qui se trouve nécessairemei cire sans avoir besoin pour cela de penser à elle ; je n'i issi parlé eu ce Ueu-là de la raison formelle de l'eq taie de celle du corps.
Et il ne sert de rien de dire, comme fait ici ce pblli l'une pensée ne peut pas être le sujet d'une autre pêne li a jamais feint cela que luif Hais je tftcherai ici d'ex
I peu de paroles tout lie sujet dont est question :
II est certain que la pensée ne peut pas être sans un il pense, et en général aucun accident ou aucun acte re sans une substance de laquelle il soit l'acte. Mais d le nous ne connaissons pas la substance immédiatem le^nême, mais seulement parce qu'elle est le sujet d les actes, il est fort convenable à la raison, et l'usage requiert, que nous appelions de divers noms ces sub le nous connaissons Stre les sqjets de plusieurs actes a nts entièrement différents, et qu'après cela nous exar ces divers noms s^niâent des choses différentes, ou ui
et même chose. Or il y a certains actes que nous appelons corporels, comme la grandeur, la figure, le mouvement, et toutes les autres choses qui peuvent être conçues sans une extension locale ; et nous appelons du nom de corps la substance en laquelle Us résident ; et on ne peut pas feindre que ce soit une autre substance qui soit le sujet de la figure, une autre qui soit le sujet du mouvement local, etc., parce que tous ces actes conviennent entre eux , en ce qu'ils présupposent retendue. En après, il y a d'autres actes que nous appelons in^Uectuels, comme entendre, vouloir, imaginer, sentir, etc., tous lesquels conviennent entre eux en ce qu'ils ne peuvent être sans pensée, ou perception, ou conscience et connaissance ; et la substance en laquelle ils résident, nous la nommons une chose qui pense, ou un esprit, ou de tel autre nom qu'il nous plaît, pourvu que nous ne la confondions point avec la substance corporelle : d'autant que les actes intellectuels n*ont aucune affinité avec les actes corporels, et que la pensée, qui est la raison commune en laquelle ils conviennent, diffère totalement de Textension, qui est la raison commune des autres.
Mais après que nous avons formé deux concepts clairs et distincts de ces deux substances, il est aisé de connaître, par ce qui a été dit en la sixième Méditation, si elles ne sont qu'une même chose, ou si elles en sont deux différentes»
OBJECTION TROISIÉUB.
Sorlaieconde Méditation.
c Qu*y a-t-il done qui soit distingué de ma pensée, qa*y a-t- « il que l'on puisse dire être séparé de moi-même ? i»
Quelqu^un répondra peut-être à cette question : « Je suis distingué de ma pensée moi-même qui pense ; et quoiqu'elle ne soit pas à la vérité séparée de moi-même, elle est néanmoins différente de moi de la même façon que la promenade, comme il a été dit ci-dessus, est distinguée de celui qui se promène. Que si M. Descartes montre que celui qui 'entend et l'entendement sont une même chose, nous toml^rons dans cette façon de parler scolastlque : L'entendement entend, la vue voit, la volonté veut; et, par une juste analogie, on pourra dire que la promenade, ou du moins la faculté de se promener, se promène ; tou-