‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 49 sur 106 · OBJECTION SIXIÈME · texte numérisé non relu

OBJECTION SIXIÈME

^pr 1a troisième Aléditatioi)*

« Mais il y en ^ d'autres (à savoir d'autres pensées) qiii con- « tiennent de plus d'autres formes : par exemple, lorsque je « veux, que Je crains, que j'affirme, que je nie, je conçois bien a à la vérité toujours quelque chose comme le sujet de l'action « de mon esprit, mais j'ajoute aussi quelque autre chose par « cette action à l'idée que j*ai de cette chose-là; et de ce genre « de pensées, les unes sont appelées volontés ou affeetîons, et « les autres jugements. »

Lorsque quelqu'un veut ôu craint, il a bien à la vérité Fimage de la chose qu'il craint et de Faction quMl veut ; mais qu'est-ce que celui qui veut ou qui craint embrasse de plus par sa pensée, cela n'est pas ici ^ipUqué. Et quoique, à le bien prendre, la crainte soit une pensée, je ne vois pas comment elle peut être autre que la pensée ou- l'idée de la chose que l'on craint. Car qu'est-ce autre chose que la crainte d'un lion qui s'avance vers nous sinon l'idée de ce lion, et l'effet, qu'une telle idée engendre dans le cœur, par lequel o6hii qui craint est perte à ce mouvement animal que nous appelons fuite? Maintenant ce mouvement de fuite n'est pas une pansée; et partant il reste que dans la crainte il n'y a potiit d^autre pensée que celle qui consiste en la ressemblance de la chose que l'on eraint : le même se peut dire aussi de la volonté.

De plus l'affirmation et la négation ne se font point suis pa« rôle et sans noms, d'où vient que les bétes ne peuvent rien affirmer ni nier, non pas même par la pensée, et partant ne peuvent aussi faire aucun jugement; et néanmoins la pensée peut être semblable dans un homme et dcuis une bête. Oar, quand nous affirmons qu'un homme court, nous n'avons point d'autre pensée que celle qu'a un chien qui voit courir son maître, et partant l'affirmation et la négation n'ajoutent rien aux simples pensées, si ee n'est peut-être la pensée que les noms dont Taffirmation est composée sont les noms de la chose même qui est en l'esprit de celui qui affirme ; et cela n'est rien autre chose que comprendre par la pensée la ressemblance de ^a chose, mais cette ressemblance deux fois.

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