DES PASSIONS EN GÉNÉRAL, ET PAR OCCASION DE TOUTE LA NATURE DB
n n*y a rien en quoi paraisse mieux combien les sciences que nous avons des anciâM sont défectueuses qu^ence qu^ils ont écrit des passions ; car, bien que ce soit une matière dont h i6di»Éèiî»MvM «L l(Mi$oiun «lé tm ^Ê^^mhéè, «t quelle ne seittbte féA èM àës ^^^ <diiftfeikgs, 4<!Miiife -que, tJMM^QH Im smtaiiil «â ttbi-ttiêlMe^ on Mi fc^kà bmsiXk 4'^miptJÊMeT ^F^riHeors «ttciHiè ^Irtifet yfcHiwi '^iif' «n dééum^nir la iwcch^, fô«ltelbis «e
piupaittApea M*ôyaMe, t}we|evie)^«L¥olr tMK«ne«6)^ét«n^ A^tâp^afAttir <AiB là ^o^Mté <^Vii ïa^ui^viàM ê&ê teliediiiis ^"^Is tM «MMsv CTM fiMrqw^ ]& «êMl «(Migé id%tit« Ici «n nxênie UiçdlÊi ^fêtè %i J^-VI*aSlliis ^'Hnte màftiëHe ^qtte Jawâis ffsf9WM<( âmiHt tnoi tfeil MtiAiiéifef :^ j^^Mrr^OttfftiMieisr |ê «énskièm q«e to«t ce qui se fait ou qui arrive de nou<<i».'H«t 'gétiértritefliefift ajycite par les philosophes une passion au regard du sujet auquel il arrive, et une action au regard de celui qui fait qu'il airivc ;
824 LES PA8SI0HS DE l'aME.
en sorte que, l^en que Tageat et le patient soient souvent fort difiérents, Faction et la passion ne laissent pas d'être toujours une même chose qui a ces deux noms, à raison des deux divers si^ets auxquels on la peut rapporter.
àtt, t. Qm ponr eonnattra lei puiions de râmeii Cuitdtotiiigaa' mi fonetioni d'avec
eélles dn eorpt.
Puis aussi je considère que nous ne remarquons point qu*il y ait aucun sujet qui agisse i^us immédiatement contre notre âme que le corps auquel elle est jointe, et que par conséquent nous devons penser que ce qui est en elle une passion est communément en lui une action ; en sorte qu^il n*y a point de meilleur chemin pour venir à la connaissance de nos passions que d'examiner la différence qui est entre Tftme et le corps, afin de connaître auquel des deux on doit attrihuer chacune des fonctioDs \ qui sont en nous.
^ Art S. Quelle règle on doit tahrre pour eek effet
A quoi on ne trouvera pas grande difficulté si on prend garde que tout ce que nous expérimentons être en nous, et que .nous voyons aussi pouvoir être en des corps tout à fait inanimés, ne '^ doit être attribué qu*à notre corps ; et, au contraire, que tout ce qui est en nous, et que nous ne concevons ai aucune £açon pouvoir appartenir à un corps, doit être attribué à notre âme.
àft. 4. Que ht ohalearetle mouTement des membres procèdent dn corps; les
pensées, de l'âme.
Ainsi, à cause que nous ne concevons point que le corps pense en aucune façon, nous avons raison de croire que toutes sortes de pensées qui sont en nous appartiennent à Pâme ; et à cause que nous ne doutons point qu*il.n*y ait des corps inanimés qui se peuvent mouvoir en autant ou plus de diverses façons que les nôtres, et qui ont autant .ou plus de chaleur (ce que Texpé- ^ rience fait voir en la flamme, qui seule a beaucoup plus de chaleur et de mouvement qu'aucun de nos membres), nous devous croire que toute la chaleur et tous les mouvements qui sont en nous, en tant qu'ils ne dépendent point de la pensée, n'appartiennent qu'au corps.
PRElflÉRE PARTIE. 525
Art. 5. Qae c'est une erreur de croire que l'âme donne le mouvement et la chaleur
an corps.
Au moyen de quoi nous éviterons une erreur très-considérable en laquelle plusieurs sont tombés, en sorte que j*estime qu'elle est la première cause qui a empêché qu'on n'ait pu bien expliquer jusques ici les passions et les autes choses qui appartiennent à rame. Elle consiste en ce que, voyant que tous les corps morts sont privés de chaleur, et ensuite de mouvement, on s'est imaginé que c'était l'absence de l'âme qui faisait cesser ces mouvements et cette chaleur; et ainsi on a crji, sans raison^ que notre chaleur naturelle et tous les mouvements de nos corps dépendent de Pâme : au lieu qu'on devait penser' au *^ contraire ^ue Tâme ne s'absente lorsqu'on meurt qu'à cause qiîè cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir les corps se corrompent
Art. 6. Quelle différence 11 y a entre un corps TWant el un eorps mort.
Afin donc que nous évitions cette erreur, considérons que la mort n'arrive jamais par la faute de l'âme, mais seulement parce que quelqu'une des principales parties du corps se corrompt; et jugeons que le corps d'un homme vivant diffère au- / tant de celui d'un homme mort que fait une' montre, ou autre automate (c'est-4-<lire autre machine qui se meut de soi-même), lorsqu'elle est montée et qu'elle a en soi le principe corporel y des mouvements pour lesquels elle est instituée avec tout ce aui est requis pour son action, et la même montre, ou autre : lachine, lorsqu'elle est rompue et que le principe de son mou*
ement cesse d'agir.
Art. 7. Briève explication des parties du corps, et de quelques-unes de sm
fonctions.
Pour rendre cela plus intelligible, j^eipliquerai ici en peu de mots toute la façon dont la machine de notre corps est composée. 11 n'y a personne qui ne sache déjà qu'il y a en nous un cœur, un cerveau, un estomac, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et choses semblables; on sait aussi que les viandes qu'on mange descendent dans l'estomac et dans les boyaux, d'où leur suc, coulant dans le foie et dans toutes les
526 LES FASSIONS M CàME.
veines, se mêle avec le sang qu^elles contiennent, et par ce moyen en augmente la quantité. Ceux gui ont tant soit peu OUI parler de la médecine savent, outre cela, comment le cœur est composé, et comment tout le sang des veines peut facilement couler de la veine cave en son cdté droit, et de là passer dans le poumon par le vaisseau qu^ôn nomme la veine arté* rieuse, puis retourner du poumon dans le cAtë gauche du cœor par le vaisseau nommé Tartère veineuse, et «nfln passer de là dans la gtande artère, dont les branches sé répandent partout le corps. Même tous ceux que Tautorilé des anciens n*a point entièrement aveuglés, et qui ont voulu ouvrir tes fon pour examiner Fopinion d'Herveeus touchant la circulation du sang, ne doutent point que toutes les Veines et les artères du corps ne soient comme des ruisseaux par oii le sang coûte sans cesse fort promptement en prenant son cours de la cavité droite da cœur par la veine artérieuse , dont lés branches sont ëparses à tout le poumon, etjointes à celle derartèrevMneuse^ par laquelle il passe dû poumon dans le côté gauche du cœur ; puis de là il va dans la grande artère, dont les branches, éparses par tout le reste du corps, sont jointes aux branches de la veine^ qai portent derechef le même sang en la cavité droite du cœur s ea sorte que ces deux cavités sont comme des ëduies par chacune desquelles passe tout le sang à chaque tour quUl fait data le corps. De plus ^ on sait que toi» les mouvements des membres dépendent des muscles, et que ces muscles wmi opposés les uns aux autres, en telle sorte que lorsque Tun d*eax s*accourcit il tire vers soi la partie du corps à laquelle il est attaché « oe qm fait allonger au mâme temps le muscle qui lui est opposé ; puis sUl arrive en un autre temps que oe dernier s'accoiircisse, il fiut que le premier se rallonge , et il retire vers soi la partie à laquelle ils sont attachés. Enfin on sait que tous ces mouvements des muscles, comme aussi tous les Sens, dépendent des nerfs, qui sont comme de petits filets ou comme de petits tuyaux qui viennent tous du o^teatti et contiennent ainsi giiejuj^im i!Ar. i tain air ou vent très^subtil qu'on nomme les esprits animaux»
• -w jw-^»^«.
Art. S« Quel est le principe de toôtei cet fonctions.
Mais on ne sait pas communément en quelle foçen ées esprits
animaux et ces neff^ contribuent aux mouvements et aux sens,
' qnel est le principe corpoitl qui les fait agif i c*M pourquoi,
MBMUQUI FA»ia. 527
picore que j'en aie déjà touché quelque chose an d'auti^es écrits, je ne laisserai pas de dire ici succinctement que, pendant que nous Tivons, il y a une chaleur continuelle en notre cœur, qui est une espèce de feu que le sang des yelnes y entretient, et que ce feu est le principe corporel de tout les mouifements de nos membres.
Art 9. Comioeat M liit kiiMf||Tamat4ii4«iir.
Son premier effet est qu*il dilate le sang dont les cavités du cœur sont remplies ; ce qui est cause que ce sang, ayant besoin d^occuper un plus grand lieu, passe avec impétuosité de la ca- TÎté droite dans la veine artérieuse , et de la gauche dans la grande artère; puis, cette. dilatation cessant, il entre incontinent de nouveau sang de la veine cave en la cavité droite du cœur, et de Tartère veineuse en la gauche : car il y a de petites peaux aux entrées de ces quatre vaisseaux , tellement disposées qu'elles font que le sang ne peut entrer dans le cœur que par les deux derniers, ni en sortir que par les deux autres. Le nouveau sanç entré dans le cœur y est incontinent après raréfié en même façon que le précédent, et c'est en cela seul que consiste le poiils ou battement du cœur et des artères; en sorte que ce battement se réitère autant de fois qu'il entre de nouveau sang dans le cœur. C'est aussi cela seul qui donne au sang son mouvement, et fait qu'il coule sans cesse très-vite en toutes les artères et les veines ; au moyen de quoi il porte la chaleur qu'il acquiert dans le cœur à toutes les autres parties du corps, et il leur sert de nourriture.
Art td. ÙwaamAltÊmpâlÈ uioMa. tout produits diBi 1a tenreaa.
Haiscequ'ily aicideplus considérable, e^est que toutes les plus nves et les plus subtiles parties du sang que la chaleur a raréfiées dans le ccsur entrent sans cesse en grande quantité dans les cavités du cerveau. Et la raison qui fait qu'elles y vont plutôt qu'en aucun autre lieu est que tout le sang qui sort du cœur par la grande artère prend son cours en ligne droite vers ce lieu-là, et que, n*y pouvant pas tout entrer à cause qu'il n'y a que des passages fcûrt étroits, celles de ces parties qui sont les plus agitées et les plus subtiles y passent seules, pendant que le reste se répand en tons les autres endroits du ea hs. Or ces
828 IXS PMWWS M L^AMB.
parties du sang très^subtiles composent les esprits animaux ; et elles n*ont besoin à cet effet de recevoir aacun autre changement dans le cenreaa, sinon qu'elles y sont séparées des antres parties du sang moins subtiles : car ce que je nomme ici des esprits ne sont que des corps, et ils n'ont point d'autre propriété sinon que ce sont des corps très-petits et qui se meuvent très-vite, ainsi que les parties de la flamme qui sort d'un flambeau ; en sorte qu'ils ne s*arrètent en aucun lieu, et qu'à mesure qu'il en entre quelques-uns dans les cavités du cerveau, il en sort aussi quelques autres par les pores qui sont en sa substance, lesquels pores les conduisent dans les nerfs, et de làdans les muscles, au moyen de quoi ils meuvent le corps en toutes les diverses façons qu'il peut être mu.
ArL 11. Comment se foot les moaTements des mvidei» >
Car la seule cause de tous les mouvements des membres est que quelques muscles s'accourcissent et que leurs opposés s*allongent, ainsi qu'il a déjà été dit; et la seule cause qui fait qu'un muscle s'accourcit plutôt que son'opposé est qu'il vient tant soit peu plus d'esprits du cerveau vers lui que vers l'autre. Non pas que les esprits qui viennent immédiatement du cerveau suffisent seuls pour mouvoir ces muscles , mais ils déterminent les autres esprits qui sont déjà dans ces deux muscles à sortir tous fort promptement de l'un d'eux et passer dans l'autre : au moyen de quoi celui d'où ils sortent devient plus long et plus lâche ; et celui dans lequel ils entrent, étant promptement enflé par eux, s'accourcit et tire le membre auquel il est attaché. Ce qui est facile à concevoir, pourvu que Ton sache qu'il n'y a que fort peu d'esprits animaux qui viennent continuellement du cerveau vers chaque muscle, mais qu'il y en a toujours quantité d'autres enfermés dans le même muscle qui 8*y meuvent très-vite, quelquefois en tournoyant seulement dans le lieu où ils sont, à savoir, lorsqu'ils ne trouvent point de passages ouverts pour en sortir, et quelquefois en coulant dans le muscle opposé: et d'autant qu'il y a de petites ouvertures en chacun de ces muscles, par où ces esprits coulent de l'un dans l'autre, et qui sont tellement disposées que lorsque les esprits qui viennent du cerveau vers l'un d'eux ont tant soit peu plus de force que ceux qui vont vers l'autre, ils ouvrent toutes les entrées par où les esprits de Tautre nniscle peuvent passer en