PREMIÈRE PARTIE
afin d'expliquer leur dernière et plus prochaine cause, qui les distingue derechef des autres sentiments.
Art. 50. Que rame est nnie à toutes les parties du corps eonjoiDtement.
Mais, pour entendre plus parfaitement toutes ces choses, 11 est besoin de savoir que Fâme est véritablement jointe à tout \i\ corps, et qu'on ne peut pas proprement dire qu'elle soit en quelqu'une de ses parties à l'exclusion des autres, à cause qu'il est un, et en quelque façon indivisible, à raison de la disposition de ses organes, qui se rapportent tellement l'un à l'autre que, lorsque quelqu'un d'eux est ôté, cela rend tout le corps défectueux ; et à cause qu'elle est d'une nature qui n'a aucun rapport à l'étendue ni aux dimensions ou autres propriétés de la matière dont le corps est composé, mais seulement à tout l'assemblage de ses organes, comme il paraît de ce qu'on ne saurait aucunement concevoir la moitié ou le tiers d'une âme, ni quelle étendue elle occupe, et qu'elle ne devient point plus petite de ce qu'on retranche quelque partie du corps, mais qu'elle s'en sépare entièrement lorsqu'on dissout l'assemblage de ses organes.
Art. SI. Qu'il y a une petite glande dans le cenreau en laquelle i'kme exerce ses fonctions plus particulièrement que dans les autres parties.
Il est besoin aussi de savoir .que, bien que l'âme soit jointe à tout le corps, il y a néanmoins en lui quelque partie en laquelle olle exerce ses fonctions plus particulièrement qu'en toutes les autres ; et on croit communément que cette partie est le cerv^eau, ou peut-être le cœur : le cerveau, à cause que c'est à lui ]ue se rapportent les organes des sens; et le cœur, à cause que :'est conuue en lui qu'on sent les passions. Mais en examinant A chose avec soin, il me semble avoir évidemment reconnu {ue la partie du corps en laquelle l'âme exerce inmiédiatement (es fonctions i^'est nullement le cœur, ni aussi tout le cerveau, nais seulement la plus intérieure de ses parties, qui est une ceraine glande fort petite, située dans le milieu de sa substance, it tellement suspendue au-dessus du conduit par lequel les es- >rits de ses^cavités antérieures ont conmiunication ayec ceux le la postérieure, que les moindres mouvements qui sont en îlle peuvent beaucoup pour changer le cours de ces esprits, ei éciproquement que les moindres chauigeroents qui arrivent au
538 LES PASSIONS DE l'aKE.
cours des esprits peuvent beaucoup pour changer les mouvements de cette glande.
krU 8S. Gommeat oo coooatt qm cette glande eit le prineipel liége de râne.
La raison qui me persuade que Tàme ne peut avoir en toutle corps aucun autre lieu que cette glande où elle exerce immédiatement ses fonctions est que je considère que les autres parties de notre cerveau sont toutes doubles, comme aussi nous avons deux yeux, deux mains, deux oreilles, et enfin tous les organes de nos sens extérieurs sont doubles; et que, d^autant que nous n'avons qu*une seule et simple pensée d'une même chose en même temps, il faut nécessairement qu'il y ait quelque lieu où les deux images qui viennent par les deux yeux, où les deux autres impressions qui viennent d'un seul ol^et par les doubles oi^anes des autres sens, se puissent assembler en une avant qu'elles parviennent à Tâme, afin qu'elles ne lui représentent pas deux objets au lieu d'un ; et on peut aisément concevoir que ces images ou autres impressions se réunissent en cette glande par Fentremise des esprits qui remplissent les cavités du cerveau ; mais il n'y a aucun autre endroit dans le corps où elles puissent ainsi être unies sinon ensuite de ce qu'elles le sont en cette glande.
Art SS. Que le tiéfe dee pauieet n^eftpae dene le c— r»
Pour Fopinion de ceux qui pensent que l'âme reçoit ses passions dans le cœur, elle n^est aucunement considérable, car elle n'est fondée que sur ce que les passions y font sentir quelque altération; et il est aisé à remarquer que cette altération n*est sentie comme dans le cœur que par Tentremise d*un petit nerf qui descend du cerveau vers lui, ainsi que la douleur est sentie comme dans le pied par l'entremise des nerfs du pied, et les astres sont aperçus comme dans le ciel par reutremise de leur lumière et des nerfs optiques : en sorte qu*il n'est pas plus nécessaire que notre âme exerce immédiatement ses fonctions dans le cœur pour y sentir ses passions qu'il est nécessaire qu'eUe soit dans le ciel pour y voir les astres.
Arl.S4.G0BnentFlHwel leeorpea|riiefliinm(
Concevons donc ici que l'âme a sou si^e princ^al dans la
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petite giAnde <iiii est au milieu du oerreau, d^oii éUe rayonne en tout le reste du corps par rentremisef des esprits, des nerfs et même du sang, qui, participant aux impressions des esprits, les peut porter par les artères en tous les membres; et, nous souTenant de ce qui a été dit ci^dessua de la machine de notre corps, à savoir, que les petits filets de nos nerfs sont tellement distribués en toutes ses parties, qu'à Toccasion des divers mouvements qui y sont excités par les objets sensibles ils ouvrent diversement les pores du cerveau, ce qui fait que les esprits animaux contenus en ces cavités entrent diversement dans les muscles, au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les membres en toutes les diverses façons qu'ils sont capables d'être mus, et aussi que toutes les autres causes qui peuvent divei'semént mou* voir les esprits suffisent pour les conduire en divers muscles ; ajoutons ici que la petite glande qui est le principal siège de rame est tellement suspendue entre lea cavités qui contiennent ces esprits, qu'elle peut être mue par eux en autant de diverses façons qu*il y a de diversités sensibles d(ins les objets ; mais qu'elle peut aussi être diversement mue par Tâme, laquelle est de telle nature qu'elle reçoit autant de diverses impressions en elle, c'est-à-dire qu^elle a autant de diverses perceptions, qu'il arrive de divers mouvements en cette glande; comme aussi réciproquement la machine du corps est tellement composée que de cela seul que cette glande est diversement mue par l'âme, ou par telle autre cause que ce puisse être, elle pousse les esprits qui l'environnent vers les pores du cerveau, qui les conduisent par les nerfs dans les muscles, au moyen de quoi elle leur fait mouvoir les membres.
Art. VL SxempU de 1» façon que les iaiprei»ionf dei objeti s'uniiseat en Jt
glande qui est au milieu du oenreau.
Ainsi, par exemple, si nous voyons quelque animal venir vers nous, la lumière réfléchie de son corps en peint deux images, une en chacun de nos yeux ; et ces deux images en forment deux autres, par l'entremise des nerfs optiques, dans la super-^ fîcie intérieure du cerveau qui regarde ses cavités ; puis, de là, par l'entremise des esprits dont ses cavités sont remplies, ces images rayonnent en telle sorte vers la petite glande que ces es* prits environnent, que le mouvement qui compose chaque point de l'une des images tend vers le même point de la glande vers
54Q us PASOOIIS M L*AaB.
lequel tend le monyement qui fonne le point de Fautre image, laquelle représente la même partie de cet animal : an moyen de quoi les deux images qui sont dans le cerveau n*en composent qu^une seule sur la g^de, qui, agissant immédiatement contre Tâme, lui fait iroir la figure de cet animal.
Art S6. Szemple de la tê/çom qut les passions sont excitées eo Pâme.
Et, outre cela, si cette figure est fort étrangère et fort effroyable, c*est-à-dire si elle a beaucoup de raqpport avec les choses qui ont été auparavant nuisibles au corps, cela excite en rame la passion de la crainte, et ensuite celle de la hardiesse, ou bien celle de la peur et de Tépouvante, selon le divers tempérament du corps ou la force de Tàme, et selon qu*on s'est auparavant garanti par la défense ou par la fuite contre les choses nuisibles auxquelles l'impression présente a du rapport; car cela rend le cerveau tellement disposé en quelques hoomies, que les esprits réfléchis de Timage ainsi formée sur la glande vont de là se i:«ndre partie dans les nerfs qui servent à tourner le dos et remuer les jambes pour s'enfuir, et partie en ceux qui élargissent ou étrécissent tellement les orifices du cœur, ou bien qui agitent tellement les autres parties d'où le sang lui est envoyé, que, ce sang y étant raréfié d'autre façon que de coutume, il envoie des esprits au cerveau qui sont propres à entretenir et fortifier la passion de la peur, c'est-à-dire qui sont propres à tenir ouverts ou bien à ouvrir derechef les pores du cerveau qui les conduisent dans les mêmes nerfs ; car de cela seul que ces esprits entrent en ces pores ils excitent un mouvement particulier en cette glande, lequel est institué de la nature pour faire sentir à l'âme cette passion; et pour ce que ces pores se rapportent principalement aux petits nerfs qui servent à resserrer ou élargir les orifices du cœur, cela fait que rame la sent principalement comme dans le cœur.
Art S7. Comme il paraît qu'elles sont tontes causées par quelque moaTonent
des esprits.
Et pour ce que le semblable arrive en toutes les autres passions, à savoir, qu'elles sont principalement causées par les esprits qui sont contenus dans les cavités du cerveau, en tant qu'ils prennent leur cours vers les nerfs qui servent à élai-gir ou étrécir les orifices du cœur, ou à pousser diversement ven