PREMIÈRE PARTIE
lui le sang qui est dans les autres parties, ou, en quelque autre, façon que ce soit, à entretenir la même passion, on peut clairement entendre de ceci pourquoi J'ai mis ci-dessus en leur définition qu'elles sont causées pai* quelque mouvement particulier des esprits.
Art. 58. Exemple des mouTements du corps qui aocompagneot les pssnoot
et ne dépendent point de Tâme.
Au reste, en même façon que le cours que prennent ces esprits vers les nerfs du cœur suffit pour donner le mouvement à la glande par lequel la peur est mise dans l'âme, ainsi aussi, par cela seul que quelques esprits vont en même temps vers les nerfs qui servent à remuer les jambes pour fuir, ils causent un autre mouvement en la même glande par le moyen duquel l'âme sent et aperçoit cette fuite, .laquelle peut en cette façon être excitée dans le corps par la seule disposition des organes et sans que l'âme y contribue.
Art. 59. Comment une même oaMS peut exciter diverses passions en diverk
hommes.
La même impression que la présence d'un objet effroyable fait sur la glande, et qui cause la peur en quelques hommes, peut exciter en d'autres le courage et la hardiesse; dont la raison est que tous les cerveaux ne sont pas disposés en même façon, et que le même mouvement de la glande qui en quelquesuns excite la peur fait dans les autres que les esprits entrent dans les pores du cerveau qui les conduisent partie dans les nerfs qui servent à remuer les mains pour se défendre, et partie en ceux qui agitent et poussent le sang vers le cœur en la façon qui est requise pour produire des esprits propres à continuer cette défense et en retenir la volonté.
Art. 40. Quel est le principal effet des passions.
Car il est besoin de remarquer que le principal effet de toutes les passions dans les honunes est qu'elles incitent et dispo- ^ sent leur âme à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps : en sorte que le sentiment de la peur l'incite à vouloir fuir, celui de la hardiesse à vouloir combattre, et ainsi des autres.
64t LES PASSIONS DE LAME.
Art. 4i« Qod Mt Ifl pooroir à» Tâne an regard do corps.
Mais la yolonté est tellement libre de sa nature, qu^elle ne peut jamais être contrainte: et des deux sortes de pensées que j'ai distinguées en Tàme, dont les unes sont ses actions, à sairoir, tes Yolontés; les autres, ses passions, en prenant ce mot en sa y plus générale signification, qui comprend toutes sortes de per- ^ ceptions ; les premières sont absolument en son pouvoir, et ue peuvent qu'indirectement être changées par le corps, comme au contraire les dernières dépendent absolument des actions qili les conduisent, et elles ne peuvent qu'indirectement être changées par Tàme, excepté lorsqu'elle est elle-même leur cause. Et toute Taction de Tâme consiste en ce itjue, par cela seul qu'elle veut quelque chose, elle fait que la petite glande à qui elle est étroitement jomte se meut en la façon qui est re« quisè pour produire l'efTçt qui se rapporte à cette volonté.
Art. 4i. Commeiit on trouve en sa mémoire les eboftes dont on teul se ÊfmnÊàt.
Ainsif lorsque rânie veut se souvoûr de quelque chose, cette volonté fait que la glande se petichant successivement vers divers côtés pousse les esprits vers divers endroits du cerveau, jusques à ce qu'ils rencontrent celui où sont les traces que l'objet dont on veut se souvenir y a laissées : car ces traces ne sont autre chose sinon que les pores du cerveau, par oii les esprits ont auparavant pris leur cours à cause de la présence de cet N objet, ont acquis par cela une plus grande facilité que les autres à être ouverts derechef en même façon par les esprits qui retiennent vers eux ; en sorte que ces esprits rencontrant ces pores entrent dedans plus facilement que dans les autres, au moyen de quoi ils excitent un mouvement particulier en la glande, lequel i^présente à l'âme le même objet et lui fait connaître qu'il est celui duquel elle voulait se souvenir.
Art 4S. Comment l'âme peut imaginer, être attentiye et moa^oir le corpi.
Ainsi, quand on veut imaginer quelque chose qu^on n*a jamais me, cette volonté a la force de faire que la glande 9e meut en la façon qui est requise pour potisseï* les esprits vers les pores du cerveau pat l'ouverture desquels cette chose peut êttô repi'élentée; ainjd, quand on veut arrêter son attention à considérer