‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 84 sur 106 · LES PASSIONS DE L^AHE · texte numérisé non relu

LES PASSIONS DE L^AHE

AH. tO. !>Q l'admiration ; sa définition et s&

L'admiration est une subile surprise de Tâme, qui fait qu^eUe se porte à considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires. Ainsi elle est causée premièrement par Timpression qu'on a dans le cerveau qui représente Tobjet comme rare et par conséquent digne d'être fort considéré; puis ensuite parle mouvement des esprits qui sont disposés par cette impression à téhdre avec grande force vers Pendroit du céiredu où elle est pour Ty fortifier et conserver : comme aussi ils sont disposés pai* elle à passer de là dans les muscles qui servent à retenir les organes des sens en la mêtne situation qu'ils sont, afin qu'elle soit encore entretenue par eui, di c'est par eui qu'elle a été formée.

▲rt 71. Qtt'U n'arrive aveun chtDgUMnt dans !• cœur ni daoi I« s«Bf

en cette pasiion.

Et cette passion a cela de particulier qu'on ne remarqae point qu'elle soit accompagnée d'aucun changement qUi arrive dans le cœur et dans le sangt ainsi que letf autres passions ; dont la raison est que^ n'ayant pas le bien ni le mal pour objet, mais seulement la connaissance de la ëheie qu'on admire, elle n'a point de rapport avec le cœur et le sang, desquels dépend tout le bien du corps; mais seulement avec le carreau, où sont les organes des sens qui servent à cette connaissance*

Art. 72. £n quoi consiste la force de l'admiration.

Ce qui n'empêche pas qu'elle n'ait beaucoup de force à cause de la surprise, c'est-à-dh*e de l'arrivement subit et inopiné de rimprefjsion qui change le mouvement des esprits, laquelle surprise est propre et particulière à cette passion; en sorte que lorsqi;!'elle se rencontre en d'autres, comme elle a coutume de se rencontrer presque en toutes et de les augmenter, c'est que l'admiration est jointe avec elle. Et sa force dépend de deux choses, à savoir, de la nouveauté, et de ce que le mouvement qu'elle cause a dès son commencement toute sa force. Car il est certain qu'un tel mouvement a plus d'effet que ceux qui, étant faibles d'abord et ne croissant que peu à peu, peuvent aisément ^tre détournés. 11 est certain aussi que les objets des sens qui sonl

mveaux touchent le cerveau en certauies parties auxquelles il

Msiruilus 9iMm. BSS

n^a point coutume d*ètrd toaehë ; et que, cet parties étant plus tendres ou moins fermes que celles qu'une agitation fréquente a endurcifts, cela augmente Peffet des mouvements qu^ils y excitent Ce qu*on ne trouvera pas incroyable si Ton considère que c^est «né pareille raison qui fait que les plantes de nos pieds étant accoutumées à un attouchement assez rude par la pesanteur du corps qu^elles portent, nous ne sentons que fort peu cet attouchement quand nous marchons; au lieu qu*un autre beaucoup moindre et plus doux dont on les chatouille nous est presque insupportable, à cause qu'il ne nous est pas ordinabe.

Et cette surprise a tant de pouvoir pour î^re que le? esprits qui sont dans les cavités du cerveau y prennent leur cours vers le lieu où est Timpression de l'objet qu'on adipi^e, qu'elle les Y pousse quelquefois tous, et fait qu'i)s sont tellem^ilt occupés ^ conserver cette impression, qu'il n'y en a aucun qui passe de là dan« les muscles» ni même qui se détourna en aucune façon des premières traces qu^ils ont suivies dans le cerveau : ce qui fait quQ tout corps demeure immobile pomme une çt^tu^, et qu'on ne peut apercevoir de l'objet que \^ première faç^ qui s^est préseptée. ni par conséquent en acquérir une plus particulière conpaissance. C'est cela qu'gp ^ppejlç çomwunément | ^ être étonné; et l'étonnem^nt e^t un excè$ d'admiration qui pe ( peut jamais être que mauvais.

Art. T4* A qnfti Mnrent toutes les pisiioM, et à quel aiie| bvImbI.

•Or il est aisé k connaître, de ce qui ^ été dit ei:'dessu8, qu^ ^ Futilité de toute§ 1§§ passions pe cop^gte qu'PH ce qu'elle» fortir ^

fient et ftnt durer en Tâpie des penp4e§ lesquelte? il ^t bon

qu'elle conserve, et qui pourr^ieut f^QJlçpiept sap^ celft m être elTacées. Comme ^ussi tout le mal qu'elles pguveu). e^^er eon^ siste en ce qu'elles forUQept et conservent pes pop^éej» plus qu'U n'est besoin ; ou biep qu'elles ep fortiflePt et fippserveut d'ftutres auxquelles il n'est pas bon de s'arrêter.

Art. 75. En quoi ooBfists parti«uUèc«a|ent radmintion

Et on peut dire ep particulier de Tadmir^tion qu'elle est utile en ce qu'elle fait que nous apprenoof el remuons en qotre mé^

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moire les choses que nous airons auparayant ignorées; car nous n'admirons que ce qui nous paraît rare et extraordinaire : et rien ne nous peut paraître tel que pour ce que nous Favons ignoré, ou même aussi pour ce qu'il est différent des choses que nous avons sues ; car c'est une différence qui fait qu'on le nomme extraordinaire. Or, encore qu'une chose qui nous était inconnue se présente de nouveau à notre entendement ou à nos sens, nous ne la retenons point pour cela en notre mémoire, si ce n'est que l'idée que nous en avons soit foiiifiée en notre cerveau par quelque passion, ou bien aussi par l'application de notre entendement que notre volonté détermine à une attention et réflexion particulière. Et les autres passions peuvent servir pour faire qu'on remarque les choses qui paraissent bonnes ou mauvaises, mais nous n'avons que l'admiration pour celles qui paraissent seulement rares. Aussi voyons>nous que ceux qui n'ont aucune inclination naturelle à cette passion sont ordinairement fort ignorants.

Art 76. Ed quoi die peat nuire, et comment on peut suppléer à son défaol

et corrigw ion exeèi.

Mais il arrive bien plus souvent qu'on admire trop, et qu'on s'étonne en apercevant des choses qui ne méritent que peu ou point d'être considérées, que non pas qu'on admire trop peu ; et cela peut entièrement ôter ou pervertir l'usage de la raison. C'est pourquoi, encore qu'il soit bon d'être né avec quelque inclination à cette passion, pour ce que cela nous dispose à l'acquisition des sciences, nous devons toutefois tâcher par après de nous en délivrer le plus qu*il est possible. Car il est aisé de suppléer à son défaut par une réflexion et attention particulière, à laquelle notre volonté petit toujours obliger notre entendement lorsque nous jugeons que la chose qui se présente en vaut la peine ; mais il n'y a point d'autre remède pour s'em- ^ pêcher d'admirer avec excès que d'acquérir la connaissance de plusieurs choses, et de s'exercer en la considération de toutes celles qui peuvent sembler les plus rares et les plus étranges.

Art. 77. Que m ne sont ni las plus stnpides ni les pins habiles qoi sont le plus

pOTtés à l'admiration.

AU reste, encore qu'il n'y ait que ceux qui sont hébétés et 'pides qui ne sont point portés de leur naturel à l'admiratioD,

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