‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 86 sur 106 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

propre, ou même avec p}us (de §oin, pour cç qjit, se représentant que lui et eux font un tout dont il n'est pas la meilleure partie. Il préfère sottTent teur* mtéi'êts aï|K weo&, et »e crmnt pas d^ se-perdrepour les çauvfçr, fc'ajfeetioij qiw le^ giçn^ d'honneur oqt pour leurs aipis ei^t de cettQ Qature, bien qu'elle jM)it r^r^miUt li p4Pf4it^; et celle qu'ils om pour kur piftUFe#fïe @q participe beaucoup, mm ôUq pwticipe fiuisi uupeu de VftUtr«f

ArL 85. De U différedM qui est entre ta «Inf le aflMfOD, Uamitié et ladévotioo.

On peut, ce me seiid)le, avec meilleure raison, distinguer

l^amoup par Testime qu'on fait de ce qubn aime, à comparais

son de soi-même : cai» lorsqu^qn estime Tobjet de son amour

moins que soi, on R*apouF lut qu^une simple affection ; lersqu^dq

Testime à Tégal de soi, cela se nomme amitié ; el lorsqu^on Tesi

lime davantage, la passion qu'on a peut être nommée dévotion.

Ainsi on peut avoir de Tafifeetion pour une fleur, pour un oiseau,

pour un^cbeval; mais, à moins que d'avoir Pesp?it fort déréglé,

on ne peut avoir de Fatmltié que pour des liotiiiiies. fit ils sont

tellement l'objet de cette passion, qu'il n'y a point d'tiommefi

imparfjait qu^on ne puisse avoir pour lui une amitié très-parfaite

lorsqu'on en est aimé et qu'on a l-Ame véfitablement noble et

généreuse, snivant ce qui sera eifpliqué d-aipièf enParticle 144

et 446. Pour ce qui est de la dévotion, son prineipal objet est ifinf

doute la souveraine Divinité, à laquelle on ne saurai manquer

d'être dévot lorsqu'on la oonnalt comme il faut; mais on peut

aussi avdr de la dévotion pour son prince, peur pon pays, pour

»a ville, et même pour un liommepartiouli0r, lorsqu'on l'estime

beaucoup plus que soi. Or, la différ^iee cpii est entse ces trois

sortes d'amour parait prinoipalemeqt par lènrs effets { oiu>, d^auf

tant qu^en toutes on se considère eompte joint et uni à la ofaosf

aimée, on est toujours prêt d'abandonnei* lu moif|dre partie dp

tefut qu'on compose avec elle pottr eonserrer l'autre, ûe qui

foit qa'en la sim^e slfii^ptton Fqn se prêtre toujours à ce qu'on

aime, et qu'au contraire en la dévotioi^ Feu préfère tçlkment

la cbose aimée à soi-même qu'on ne craint pas de mourir pour

la conserver. De quoi on a vu souvent des exemples en ceux

qui ^ sont e^pojiéi à une mort certain^ pour ^ défeuse de leur

prince ou de leur villa, et même Aussi quelquefois pour de^

persoun^ p^iliçulièi^^p «U^quelles ils s'étaieut dévouée

560 ui PAflsiaiis M L*

Art. M. Qu'il n*y a pHtent d'espèces 4e lHÛMqDe<r(

Au reste, encore que la haine soit directement opposée ik l*amour, on ne la distingue pas toutefois en autant d^espèces, à cause qu*on ne remarque pas tant la différence qui est entre les maux desquels on est séparé de volonté qu'on foit celle qui est entre les biens auxquels (m est joint.

Art SS* De ragrteeot et de rhormr.

Et je ne trouve qu*une seule distinction considérable qui soit pareille en Tune et enFautre. Elle consiste en ce que les objets tant de Famour que de la haine peuvent être représenta àFâme par les sens extérieurs, ou bien par les intérieurs et par sa-propre raison : car nous appelons communément bien ou mal ce que nos sens intérieurs ou notre raison nous font juger convenable ou contraire à notre nature ; mais nous appelons beau ou laid ce qui nous est ainsi représenté par nos sens extérieurs, principalement par celui de la vue, lequel seul est plus considéré que tons les autres : d'où naissent deux espèces d'amour, à savoir, celle qu'on a pour les choses bonnes, et celle qu'on a pour les beDes, à laquelle on peut donner le nom d'agrément, afin de ne la pas confondre avec l'autre, ni aussi avec le désir, auquel on attribue souvent le nom* d'amour : et de là naissent en même façon deux espèces de haine, l'une desquelles se rapporte aux choses mauvaises, l'autre à celles qui sont laides ; et cette dernière peut être appelée horreur ou aversion, afin de la distinguer. Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que ces passions d'agrément et d'horreur ont coutume d'être plus violentas que les autres espèces d'amour où de haine, à cause que ce qui vient à l'âme par les sens la touche plus fort que ce qui lui est représenté par sa raison, et que toutefois elles ont ordinairement moins de vérité : en sorte que de toutes les passions ce sont celles-ci qui trompent le plus, et dont on doit le plus soigneusement se garder.

Art. se. U d^nitiondu détir.

La passion du désir est une agitation de l'âme causée par les esprits qui la disposent à vouloir pour l'avenir les choses qu'elle se représente lui être convenables. Ainsi on ne désire pas seul^

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ment la présence du bien absent, mais aussi la conservation du présent, etde plus Tabsence du mal, tant de celui qu*on a déjà que de celui qu'on croit pouvoir recevoir au temps à venir.

Art. 87. Que c'est une passion qui n'a point de contraire.

Je sais bien que communément dans recelé on oppose la passion qui tend à la recherche du bien, laquelle <«ule on nomme désir, à celle qui tend à la fuite du mal, laquelle on nomme aversion. Mais, d'autant qu'il n'y a aucun bien dont la privation ne soit un mal, ni au( an mal considéré comme une chose posi« tive dont la privation ne soit un bien^ et qu'en recherchant, par exemple, les richesses, on fuit nécessairement la pauvreté, en fuyant les maladies on recherche la santé, et ainsi des autres, U me semble que c'est toujours un même mouvement qui porte à la recherche du bien, et ensemble à la fuite du mal qui lui est contraire. J'y remarque seulement cette différence, que le désir qu'*on a lorsqu'on tend vers quelque bien est accompagné d'amour, et ensuite d'espérance et de joie ; au lieu que le même désir, lorsqu'on tend à s'éloigner du mal contraire à ce bien, est accompagné de haine, de crainte et de tristesse ; ce qui est cause qu'ion le juge contraire à soi-même. Mais si on veut le considérer lorsqu'il se rapporte également en même temps à quelque bien pour le rechercher, et au mal opposé pour l'éviter, on peut voir très-évidemment que ce n'est qu'une seule passion qui fait l'un et l'autre.

Art. 88 . Quelles sont ces diverses espèoet.

11 y aurait plus de raison de distinguer le désir en autant de diverses espèces qu'il y a de divers objets qu'on recherche ; car, par exemple, la curiosité, qui n'est autre chose qu'un désir de connaître, diffère beaucoup du désir de gloire, et celui-ci du désir de vengeance, et ainsi des autres. Mais il suffit ici de savoir qu'il y en a autant que d'espèces d'amour ou de haine, et que les plus considérables et les plus forts sont ceux qui naissent de i'a'grément et de l'horreur.

Art. 89. Quel est le désir qui natt de l'horreur.

Or, encore que ce ne soit qu'un même désir qui tend à la recherche d'un bien et à la fuite du mal qui lui est contraire,

S62 LES PASSiom m Vamm*

ainsi qu'il a été dit, le désir qui naît de ragrëment ne laisse pas d'être fort différent de celui qui naît de riiorreur, car cet agré> ment et cette horreur, qui yéritablement sont contraires, ne sont pas le bien et le mal qui serrent d'objets à ces désirs, mais seulement deux émotions de Fâme qui la disposent à rechercher deux choses fort différentes ; à savoir : Fhorreur est instituée de la nature pour représenter à Fâme une mort subitç et inopinée, en sorte que, bien que ce ne soit quelquefois que Fattouchement d'un vermisseau, ou le bruit d^une feuille tremblante, ou son ombre, qui fait avoir de Fhorreur, on sent d^abord autant d'émotion que si un péril dp njort très-évident s'offrait aui sens, ce qui fait subitement naîtra Fagitatiop qui porte Fâme à employer toutes ses forces pour éviter un mal si présent ; et c'est cette espèce de désir cju'on appelle commuftément la fuite et Faversion.

▲ft. H» Qael «t celai qui oatt ëe l^agiéineot.

Au contraire, Fagrément est particulièrement institué de la nature pour représenter la jouissance de ce qui a^ée comme le plus grand de tous les biens qui appartienuent à Thomme, ce qui fait qu'on désire très-ardemmént cette jouissance. U est vrai qu'il y a diverses sortes d'agréments, et que les désirs qui en naissent ne sont pas tous également puissants ; car, par exemple, la beauté des fleurs nous incite seulen^ent à les regarder, et celle des fruits à les manger. Mais le principal est celui qui vient des perfections qu'on imagine en une personne qu'on pense pouypir 4evpnir UU m\V9 ^oirmôme; car, avec la différence du sexe, que la nature a mise dans les hommes ainsi que dans les animaux sans raison, elle a mis aussi certaines impressions dans le cerveau qui font qu'en certain âge et en eeiïain temps on se considère comme défectueux, et comme si on n'était que la moitié d'un tout dont une personne de l%utre sexe doit être Fautre moitié, en sorte que Facquisition de cette moitié est confusément représentée par la nature comme le plus grand de tous les biens imaginables. Et encore qu'on voie plusieurs personnes de cet autre sexe, on n^en souhaite pas pour cela plusieurs en même temps, d'autapt quç la nature ne fait point imaginer qu'on ait besoin de plus d'une moitié. Mais lorsqu'on remarque quelque chose en une qui agrée davantage que çfi qu'où remarque au même temps dans les autres, cela

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ëtermine Tâme à sentir pour celle-là seule toute rinclination ue la natui*« lui dotttié à tedherchet le bief, qii'élle lui repréente comme le plus grand qu'on puisse posséder ; et cette inlination ou ce désir qui naît ainsi de l'agrément est appelé du lom d^amûur plus ordinairement que la passion d'amour qui a i-dessùs été décrite. Aussi a-t-il de plus étranges efTetS) et c'est iii qui sert de principale matière aux faiseurs de romans et aux toëtes.

Art. 91. Ltt définition a« li jdie.

La joie est une agréable émotion de l'âme , en laquelle coniste la jouissance qu^elle a du bien que les impressions du cerceau lui représentent comme sien. Je dis que c'est en cette émoion que consiste la jouissance du bien ; car, en effet, l'âme ne eçoit aucun autre fruit de tous les biens qu'elle possède ; et rendant qu'elle n*en a aucune joie, on peut dire qu'elle n'en ouit pas plan que si elle ne les possédait point, l'ajoute aussi [ue c'est du bien que les Impressions dli cetveau lui teptéâcnent comme sien, afin de ne pas confondre cette joie^ qui est une >assion, ayec la joie purement intellectuelle, qui Tient en l'âme )ar la seule action de l'âme^ et qu'on peut dire être une agréa- )le émotion excitée en elle-même, en laquelle consiste la jouissance qu'elle a du bien que son entendement lui représente »nime sien. Il est vrai que pendant que l'âme est jointe au corps ^ctte joie intellectuelle ne peut guère manquer d'être accomparnée de celle qui est une passion ; car, sitôt que notre entendenent s'aperçoit que nous possédons quelque bien , encore que :e bien puisse être si différent de tout ce qui appartient au corps |uMl ne soit point du tout imaginable , Timagination ne laisse >as de faire incontinent quelque impression dans le cerveau, de aquelle suit le mouvement des esprits qui excite la passion à» a joie.

Ait M. La défiditioo dé là trlittMé.

La tristesse ètft une langueur désagréable en laquelle consiste l'incommodité que Tâme i^çoit du mal 4 ou du défaut que es impressions du bonreau lui représentent comme lui appartenant. El il y a aussi une tristesse intellectuelle qui n'est pas la jassioni mais qui ne manque guère d'en être accompagnée.

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