‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 87 sur 106 · LES PASSIONS DB L^AMB · texte numérisé non relu

LES PASSIONS DB L^AMB

Art. SS.QtwUMtoiitliMcaiiMt deeei deaz paiiloM.

Or, lorsque la joie ou la tristesse intellectuelle excite ainsi celle qui est une passion , leur cause est assez évidente ; et od voit de leurs définitions que la joie vient de Fopinion qu'on a de posséder quelque bien ; et la tristesse, de Topinion qu*on a d'avoir quelque mal ou quelque défaut. Mais il arrive souvent qu'on se sent triste ou joyeux sans qu'on puisse ainsi distinctement remarquer le bien ou le mal qui en sont les causes, à savoir: lorsque ce bien ou ce mal lont leurs impressions dans le cerveau sans l'entremise de Tâme, quelquefois à cause qu'ils n'appartiennent qu'au corps ; et quelquefois aussi, encore qu'ils appartiennent à Tâme, à cause qu'elle ne les considère pas comme bien et mai, mais sous quelque autre forme dont l'impression est jointe avec celle du bien et du mal dans le cervean.

Art* M. Comment ces paMions sont excitées par des biens et des maux qui ut regardent que le corps, et en quoi consistent le chatouillement et la douleur.

Ainsi, lorsqu'on est en pleine santé et que le temps est plus serein que de coutume, on sent en soi une gaieté qui ne vient d'aucune fonction de l'entendement , mais seulement des impressions que le mouvement des esprits fait dans le cerveau ; et l'on ne se sent tiiste en même façon que lorsque le corps est indisposé, encore qu'on ne sache point qu'il le soit. Ainsi le chatouillement des sens est suivi de si près par la joie, et la douleur par la tristesse, que la plupart des hommes ne les distinguent point: toutefois ils diffèrent si fort qu'on peut quelquefois souffrir des douleurs avec joie, et recevoir des chatouillements qui déplaisent. Mais la cause qui fait que pour l'ordinaire la joie suit du chatouillement est que tout ce qu'on nomme chatouillement ou sentiment agréable consiste en ce que les objets des sens excitent quelque mouvement dans les ner£s qui serait capable de leur nuire s'ils n'avaient pas assez de force pour lui résister ou que le corps ne fût pas bien disposé; ce qui fait une impression dans le cerveau laquelle, étant instituée de la nature pour témoigner cette bonne disposition et cette force, la représente à l'Âme comme un bien qui lui appartient en tant qu'elle est unie avec le corps, et ainsi excite en elle la joie. C'est presque la même raison qui fait qu'on prend natui'ellement plaisir à se sentir émouvoir à toutes sortes de passions,

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