DEUXIÈME PARTIE
lY/nt h une forte résistance, en même façon qae ceux qui sont plus âges ; mais c'est plus ordinairement une marque de mauvais naturel, à savoir, lorsque cela vient de ce qu'ils sont enclins à la haine ou à la j^eur : car ce sont des passions qui diminuent la matière des larmes, et on voit au contraire que ceux qui pleurent fort aisément sont enclins à Tamour et à la pitiér
Art 155. Des soupirs.
La cause des soupirs est fort différente de celle des larmes, encore qu'ils présupposent comme elles la tristesse : car, au lieu qu'on est incité à pleurer quand les poumons sont pleins de sang, on est incité à soupirer quand ils en sont presque vides, et que quelque imagination d'espérance ou de joie ouvre l'orifice de l'artère veineuse que la tristesse avait étréci, pour ce qu'alors le peu de sang qui reste dans les poumons tombant tout ) coup dans le côté gauche du cœur par cette artère veineuse, et ] étant poussé par le désir de parvenir à cette joie, lequel agite en même temps tous les muscles du diaphragme et de la poitrine, Fair est poussé promptement par la bouche dans les poumons pour y remplir la place que laisse ce sang ; et c'est cela qu'on nomme soupirer.
Art. 156. D'où Tiennent les effets des passions qui sont particulières à certains
hommes*
Au reste, afin de suppléer ici en peu de mots à tout ce qui pourrait y être ajouté touchant les divers effets ou les diverses causes des passions, je me contenterai de répéter le principe sur lequel tout ce que j'en ai écrit est appuyé, à savoir, qu'il y a telle liaison entre notre âme et notre corps, que, lorsque nous avons une fois joint quelque action corporelle avec quelque pensée. Tune des deux ne se présente point à nous par après que l'autre ne s'y présente aussi, et que ce ne sont pas toujours les mêmes actions qu'on joint aux mêmes pensées; car cela suMt pour rendre raison de tout ce qu'un chacun peut remarquer de particulier en soi ou en d'autres, touchant cette matière, qui n'a point été ici expliqué. Et, pour exemple, il est aisé de penser que les étranges aversions dje quelques-uns qui les empêchent de souffrir l'odeur des roses, ou la présence d^'un chat, ou choses semblables, ne viennent que de ce q[u'au commencement de leur vie ils ont été fort offensés pa^
fnriqws ptreilt oljds, on bien qa^Ds ont compati aa sentimeDt de leur mèie qui «i a été ofienflée étant grosse : cv iJ ea( oeriain ^*ûj a da lapport entre tons les moaTemaitt de lamteeetéetu de renfluit qai est en son Tcntre, en sorte que ce foiisst contraire à Ton noit à rantie* Et Todeor des toses peat aTonr eansé nn grand nod da télé à wi enfuat lorsqB'il était encore an berceau, on bien un cliat le peut a^oir fort épouTantéf sans que personne y ait pria garde ni qu*ilen ait eu ^rès auetf ne ttéôaidire, bien que l'idée de raYorsîmi qa'il a?ait alors pour ces roses ou pour ce ébat deraeme lm|ffiflaée ensoo eenreau jusqnes à la fin de sa YÎe.
Art 157. Det'usâge desdaq pudooi id etpfiqaécfe m Uaà tp^^Ba m tnçym^aâ
Après aToir donné les définitions de ramour, de la liaine« da désir, de la joie, de la tristesse, et traité de tous les mouyements corporels qui les causent ou acocMoipagnent, nous n^aTom plus ici à considérer que leur usage. Touchant quoi il est à remarquer que, selon Tinstitution de la nature, elles se ra|^[»ortent toutes au corps, et ne sont données à rame qn^en tant qu^eUe est jointe avec lui : en sorte que leur usage naturel est dHnciter Tâme à consentir et contribuer aux actions qui peuvent servir à ôotiservér le fcorps, ob à le rehdte eh quel(j[ii& Ikçon plus parfait; et en ce seiis la tristesse et la joie sont les deux premières qui Isont employées. Car Fème n'est immédiatenàent avertie des choses qui nuisent au corps que par le sentiment qu'elle a delà douleur, lequd ^Dduit en die premièrenaent la passion de la tristesse, puis ensuite k haine de ce qui cause cette douleur, et en troisième lieu le désir de s'en délivrer; comme aussi l'àMe n^est immédiatement avertie des choses utiles aa corps que par quelque sorte de chatouillement qui excite en die de la joie^ fait ensuite naître Famour de ce qu'cm croit en ète la cause, et enfin le désir d'acquérir ce qui peut fiure qu'on continue ai cette joie ou bien qu'on jouisse encore après d'une semblable. Ce qui fait voir qu'elles sent toutes cinq ti^ès-utiles au regard du corps, et même que la tristesse est en Quelque façon première et plus nécessaire que la joie^ et la haine que l'amour, à cause qu'il importe davantage de repousser les choses qui nuisent et peuvent (ïétruire que d'acquérir celles qui
jutent quelque perfection sans laquelle on peut subsister*
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Art* ISS. De leari déftuiU et 4ei moy«ii de lei «onlger.
Mais, encore que cet usage des passions soit Icf plus naturd qu^elles puissent avoir, et que tous les animaux sans raison ne <x»nduis^^i leur vie que par des mouvements corporels semblables à ceux qui ont coutume en^nous de les suivre» et auxquels elles incitent notre âme à consentir, il n'est pas néanmoins toujours bon, d'autant qù* U y à plusieurs choses nuisibles aux corps (foi ne causent au commenGement aûeune tristesse, ou même qui donnent de la joie; et d'autres qui lui sont utiles, bien que d'abord elles soient incommodes. Et outre cela, elles font paraîU'e presque toujours tant les biens que les maux, qu'elles représentent beaucoup plus grands et plus importants qu'ils ne sont, en sorte qu'elles nous incitent à rechercher les uns et fuir les autres avec plus d'ardeur et {^us de soin qu'il n*est convenable^ comme nous voyons aussi que les bêtes sont souvent trompées par des appâts, et que pour éviter de petits maux elles se précipitent en de plus grands ; c'est poui-quoi nous devons nous^servir de l'expérience et de la raison pour distinguer le bien d'avec le mal et connaître leur justa valeur, aûn de ne prendre pas l'un pour l'autre 6t de ne nous porter à rieti avec excès.
Art. 159. Be Tasage des mêmes paisioni, en ttnt qu'elles apptrtiemient à l'âme»
et premièrement de Tamour.
Ce .qui suffirait si nous n*âvi'ons en ttous qUe lé corps, ou
qu'il îûi notre meilleure partie; tiiais d'autant qu'il n^est ^ue la
moindre, nous devons principalement considérer les passions en
taat qu'elles appartienneiit à l'âme, au regard de laquelle l'a-
mour et la haine viennent de la connaissaiiiEUg, et {H'écèâent là
joie et la tristesse, excepté lorsque ces deux dernières tiennent
le lieu de la connaissance, dont elles sont des espèces. Et lors-
quie c^tie connaissance est vraie, c*est-à-dire que les choses
qu'elle nous porte à aimer sont véritablement bonnes, et celles
qu'*elle nous porteà hafr «ont véritablement mauvaises, l'amour
est incomparablement meilleur que la haine ; elle ne saurait
être trop grande, et elle ne manque jamais de produire la joie.
Je dis que cette amour est extrêmement bonne, pour ce que, joi«
gnant à nous de vrais bieni^ éûè nous perfectionne d'autant* Je