LES PASSIONS DB L*A]|B
Art. ISÎ. Des gémistements qui aeeompftgnent les Urmet.
Et alors les poumons sont aussi quelquefois enflés tout à coup par Tabondance du sang qui entre dedans et qui en chasse Tair qu'ils contenaient, lequel sortant par le sifflet engendre les gémissements et les cris qui ont coutume d'accompagner les larmes ; et ces cris sont ordinairement plus aigus que ceux qui accompagnent le ris, bien qu'ils soient produits quasi en même façon : dont la raison est que les nerfs qui servent à élargir ou étrécir les organes de la voix , pour la rendre plus grosse ou plus aiguë, étant joints a'vec ceux qui ou-vrent les orifices du cœur pendant la joie et les étrécissent pendant la tristesse, ils font que ces organes s^élargissent ou s'étrécissent au même temps.
Art. 18S. Pourquoi let enfants et les vieillards pleurent aisément.
Les enfants et les vieillards sont plus enclins à pleurer que ceux de moyen âge, mais c'est pour diverses raisons. Les vieillards pleurent souvent d'affection et de joie : car ces deux passions jointes ensemble envoient beaucoup de sang à leur cœur, et de là beaucoup de vapeur à leurs yeux ; et l'agitation de ces vapeurs est tellement retardée par la froideur de leur naturel qu'elles se convertissent aisément en larmes, encore qu'aucune tristesse n'ait précédé. Que si quelques vieillards pleurent aussi fort aisément de fâcherie, ce n'est pas tant le tempérament de leur corps que celui de leur esprit qui les y dispose ; et cela n'arrive qu'à ceux qui sont si faibles qu'ils se laissent entièrement surmonter par de petits sujets de douleur, de crainte ou de pitié. Le même arrive aux enfants, lesquels ne pleurent guère de joie, mais bien plus de tristesse, même quand elle n'est point accompagnée d'amour : car ils ont toujours assez de sang pour produire beaucoup de vapeurs ; le mouve« ment desquelles étant retardé par la tristesse, elles se couver* tissent en larmes.
Art 1 54, Pourquoi quelques enfsnts pâlissent au Heu de pleurer.
Toutefois il y en a quelques-uns qui pâlissent au lieu de pleurer quand ils sont fâchés ; ce qui peut témoigner en eux un jugement et un courage extraordinaire, à savoir, lorsque cela ^* de ce qu'ils considèrent la grandeur du mal et se prépa-