‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 97 sur 106 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

accoutumé excitent en lui; et il se peut faire que quelques restes d'amour ou de pitié qui se présentent à son imagination tirent de véritables larmes de ses yeux, nonobstant qu'il sente cependant une joie secrète dans le plus intérieur de son âme, rémotion de laquelle a tant de pouvoir que la tristesse et les larmes qui Faccompagnept ne peuvent rien diminuer de sa force. Et lorsque nous lisons des aventures étrangères dans un livre, ou que nous les voyons représenter sur un théâtre, cela excite quelquefois en nous la tristesse, quelquefois la joie, ou Famour, ou la haine, et généralement toutes les passions, selon la diversité des objets qui s'offrent à notre imagination ; mais avec cela nous avons du plaisir de les sentir exciter en nous, et ce plaisir est une joie iQtellectuelle qui peut aussi bien ndtre de la tristesse que de toutes les autres passions.

Art. 148. Que l'exercice de la yerta est un loaTemin remàde contre les passioat.

Or, d'autant que ces émotions intérieures nous touchent de plus près, et ont par conséquent beaucoup plus de pouvoir sur nous que les passions, dont elles diffèrent, qui se rencontrent avec elles, il est certain que, pourvu que notre âme ait toujours de quoi se contenter en son intérieur, tous les troubles qui viennent d'ailleurs n'ont aucun pouvoir de lui nuire ; mais plutôt ils servent à augmenter sa joie, en ce que, voyant qu'elle ne peut être offensée par eux, cela lui fait conuaîtresa perfection. Et aûn que notre âme ait ainsi de quoi être contente, elle n'a besoin que de suivre exactement la vertu. Car quiconque a vécu en telle sorte que sa conscience ne lui peut reprocher qu'il ^ ait jamais manqué à faire toutes lés choses qu'il a jugées être \y les meilleures (qui est ce que je nomme ici suivre la vertu), il en reçoit une satisfaction qui est si puissante pour le rendre heureux, que les plus violents efforts des passions n'ont jamait assez de pouvoir pour troubler la tranquillité de son âme.

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