DES RAPPORTS DE DIEU ET DU MOIIDB
Dieu une fois démontré, surgit la question de ses rapports avec le monde. Or, les rapports de Dieu avec le monde, la nature des substances créées, l'influence réciproque de l'esprit sur la matière et de la matière sur Tesprit, et les formes logiques de l'entendement humain, dans lequel chaque série d'idées contingente» se rattache à une des catégories de la raison pure, ce sont des questions qui dépendent des mêmes principes, et qui ne doivent pas être séparées dans l'étude d'un système qui a de la conséquence. Pour Descartes, toutes les théories sur ces différentes questions se concluent de la doctrine psychologique des idées innées.
La psychologie est lacondition de la science, et la métaphysique en est le fond. Descartes, ayant fondé dès le début l'autorité de la conscience, a le droit de considérer les idées comme des jugements concrets, de regarder même le Jugement abstrait comme impliquant un jugement concret qui le met en rapport avec le moi, et de faire ensuite une métaphysique réelle, et non pas seulement une métaphysique logique ou conditionnelle. En effet, dans les jugements abstraits la conscience se retrouve comme condition psychologique*, le fait se complique, la pensée se dédouble; et le moi, s*appropriant l'idée abstraite par un jugement concret, est encore là pour illuminer la connaissance et lui donner la véritable forme de pensée humaine. Une réalité objective est trompeuse et chimérique s'il n'y a point au dehors de réalité formelle; mais s'il n'y a point de sujet pensant, elle est un non-être ; et si ce sujet pensant ne sait pas quHl pense, elle est comme si elle n'était pas; elle est une pensée ou réalité objective possible, elle n'est pas une pensée actuelle. La conscience, qui fait que la pensée est ma pensée, est donc la condition de toute pensée et de toute connaissance; et par conséquent je pense à moi, je me connais et je m'aperçois
INTRODnCTION. XXIX
moi-même toutes les fois que ma pensée s'exerce. Mais s'il est de la nature de fintelligence d'avoir un sujet pensant ayant conscience de lui-même, elle se perdrait en quelque sorle dans le vide, et ne serait plus une lumière, s'il ne se rencontrait quelque chose qui la terminât à la façon d'un objet. Or les idées auxquelles s'applique la pensée sont de deux sortes : les unes contingentes, les autres nécessaires ; ou, pour parler plus rigoureusement, les unes de choses contingentes, parmi lesquels je me range moi-même, quoique je ne puisse pas ne pas penser à moi, et les autres de choses nécessaires. Mais de même que je suis le centre de toutes mes pensées, les idées nécessaires sont comme la circonférence qui borne mon horizon dans toutes les directions ; et quel que soit le phénomène auquel je pense, je conçois en même temps une certaine idée nécessaire qui l'arrête et le domine. Ainsi toute idée de chose contingente est sujette à la quantité, et nulle quantité n'est conçue que l'esprit ne conçoive nécessairement quelque chose de plus grand qui la dépasse. Prenons pour exemple l'espace ou le temps : il ne se peut que l'esprit conçoive une mesure de temps ou d'étendue sans concevoir quelque chose dont cette mesure est privée et qui s'étend au delà ; et comme on peut augmenter indéfiniment la mesure, ce quelque chose a évidemment dans son espèce la nature positive par excellence, et possède pleinement et sans restriction l'essence qui lui est commune avec les mesures ou choses mesurées qui ne la possèdent que partiellement et d'une façon négative. Mais ces idées de la raison pure ne sont pas miennes ; et quoique je les aperçoive clairement, elles ne dépendent ni de ma volonté, ni de ma nature, ni de la volonté de quelque esprit que ce soit, mais de la nature de Dieu, et elles sont de sa substance ^ : en sorte que je ne vois aucune chose sans penser à quelqu'une des perfections de
* Cf. Ba^le, t. Il de la continuation des Fentées divenei, ch. 152, et Leibnitt» Théodicée, Estai sur la bonté de Dieu, part, ii, $ 176 fqq.
Pieu; et ainsi Tillusion de Halebrancbe se conçoit : Si nous ne voyons pas tout en Dieu, nous ne voyons rien sans voir Dieu en même temps* Et de fait il n'est pas étonnant, si nous venons de lui, que nous lui demeurions unis intimement. En résumé : il n'est point de pensée qui n'implique la cons.cien.ce et la raison pure, et durant toute ma vie intellectuelle je rattache tout nécessairement à Dieu et à moimême. U y a dans toute pensée un élément personnel et un élément impersonnel, et de là les disputes de ceux qui ne comprenpent pas la complexité du fait. U n'y a de fait simple que pour l'analyse \ mais pour la réalité, dans le monde, tout est complexe,
Si l'on met d'une part toutes les pensées de choses finies ou idées adventices, et de l'autre les idées innées, le caractère générique des idées adventices est de recevoir I4 quantité \ et le caractère générique des idées innées, de l'exclure. La philosophie tout entière est engagée dans la dispute entre Gassendi et Descartes, quand Gassendi soutient que Tinfini même est une quantité; et Descartes, que la quantité partw cipe du néant par la divisibilité, et que Tinfini est le positif par excellence, l'unité et la simplicité même. U n'y a point en Dieu, c'est-à-dire dans la substance infiniment infinie, de quantité, de multiplicité, de divisibilité : il n'y a donc point d'étendue ni de durée. Quand on oppose Dieu au monde, le caractère propre de Dieu, c'est l'unité absolue ; le caractère générique du monde, c'est la multiplicité. Dieu est la cause du monde, l'unité a produit la multiplicité : comment cela a-t*il pu se faire? comment cela s'est-il fait ? Et d'abord, pour produire le monde, Dieu l'a conçu : comment a-t-il pu concevoir le mulUple? La multiplicité étant ce qui distingue le fini de l'infini, en concevant le multiple Dieu a conçu l'être limité, c'est-à-dire l'être accompagné de négation : il a donc indirectement conçu le néant ^ ? Là
^ l\ faut sopger qae les panthéistes le deviennent par la difflcult^