‹ Œuvres de Descartes (volume 3)Chapitre 30 sur 91 · ABRÉGÉ DES MÉDITATIONS · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DES MÉDITATIONS

cette matière dans cet écrit, tant parce qae cela sufGt pour montrer assez durement que de la corruption du corps la mort de Téme ne s'ensuit pas, et ainsi pour donner aux hommes respcrance d'une seconde *ie après la mort ; comme aussi parce que les prémisses desquelles on peut conclure rinimortalité de l'âme dépendent de l'explication de toute la physique: premièrement, pour saToir que généralement toutes les substances, c'est-à-dire toutes les choses qui ne peuvent exister sans être créées de Dieu, sont de leur nature incorruptibles, et qu'elles ne peuvent jamais cesser d'être, si Dieu mcme en ienr déniant son concours ne les réduit au néant ; et ensuite pour remarquer que le corps pris en général est ane substance, c'est pourquoi aussi il ne périt point ; mais qne le corps humain, en tant qu'il diffère des autres corps, n'est composé que d'une certaine configuration de membres et d'autres semblables accidents là où l'âme humaine n'est point ainsi composée d'aucuns accidents, nuiis est une pure substance. Car encore que tous ses accidents se changent, par exemple encore qu'elle conçoive de certaines choses, qu'elle en veuille d'autres, et qu'elle en sente d'autres, etc., l'àroe pourtant ne devient point autre; au lieu que le corps humain devient ane autre chose, de cela seul que la figure de quelquesunes de ses parties setroave ehangée:d'oà il s'ensuit que le corps humain peut bien facilemeot périr, mais qae l'esprit ou l'âme de l'homme (ce que je ne distinguo point) est immortelle de sa nature.

Dans la troisième Méditation, j'ai, cerne semble, expliqué assex au long le principal argument dont je me sers pour prouver l'existence de Dieu. Hais néanmoins, parce que je n'ai point voulu me servir en ce lieu-là d'aucunes comparaisons tirées des choses corporelles, afin d'éloigner autant que je pourrais les esprits des lecteurs de Tosage et du commerce des sens, peut-être y est-il resté beaucoup d'obscurités (lesquelles, comme j'espère, seront entièrement éclaircies dans les réponses que j'ai faites aux objections qui m'ont depuis été proposées), comme entre autres celle-ci : comment l'idée d'un Être souverainement parfait, laquelle se trouve en nous, contient tant de réalité objective, c'c&t-à-dire participe par représentation à tant de degrés d'être et de perfection, qu'elle doit venir duce cause, souveraine- ^ ment parfaite. Ce que j'ai éclairci dans ces réponses par la comparaison d'une machine fort ingénieuse et artificielle, dont l'idée se rencontre dans l'esprit de quelque ouvrier ; car, comme l'artifice ebjeetif de cette idée doit avoir quelque cause, savoir est : oa la science de cet ouvrier, ou celle de quelque autre de qui il ait reçu cette idée, de même il est impossible que l'idée de Dieu, qui est en nous, n'ait pas Dieu même pour sa cause.

Dans la quatrième, il est prouvé qae toates les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies ; et ensemble est expliqué en quoi consiste la nature de Terreur ou fausseté, ce qui doit nécessairement être su, tant pour confirmer les vérités précédentes que pour mieux entendre celles qui suivent. Mais cependant il est à remarquer que Je ne traite nuUement en ce lieu-là du péché, c'est^à-^re de l'erreur qui se commet dans la poursuite du bien et du mal, mais seulement de celle qui arrive dans le jugement et le discernement du vrai et du faux ; et qne je n'entends point y parler des choses qui appartiennent à la foi ou à la conduite de la vie, mais seulement de celles qui regardeut les vérités spéculatives, et qni peuvent être connues par l'aide de la seule lumière naturelle.

Dans la cinquième Méditation, outre que la nature corporelle prise en général y est expliquée, l'existence de Dieu y est encore démontrée par une nouvelle raison, dans laquelle néanmoms peut-être s'y rencoatrera-t-il aussi quelques dirScultés,

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tnaïB OD ea TcrraU solution dans les réponses aux olûoctions qui in*oot été faî'es; et, de plus, je fais Toir de quelle façon il est véritable que la certitude même des démonstrations géométriques dépeua de la connaissance de Dieu.

Enfin, dans la siiième, je distingue l'action de Tentendement d'avec celle de 1*1inaçination ; les marques de celle distinction y sont décrites ; j'y montre que Tâme • de rhoniine est réel kment distincte du corps, et toutefois qu'elle lui est si étroite- I ment conjointe et uu.c qu'elle ne compose que comme une même chose avec lai. Toutes les erreurs qui procèdent des secs y sont ei posées, avec les moyens de les éviter ; et enfin j'y apporte toutes les raisons desquelles on peut conclure l existence des choses matérielles ; non que je les juge fort utiles p«iur prouver ce qu'elles prouvent, à savoir qu'il y a un inonde, que les hommes ont des corps, et autres choses semblables, qui n'ont jamais été mises en doute par aucnn homme de bon sens ; mais parce qu'en les considérant de près l'on Tient à connaître qu'elles ot sont pas si fermes ni si évidentes qae celles qui nous conduisent à la eonnaissanoc de Dieu et de notre &me ; en sorte que celles-ci sont les plus eertaines et les plot évidentes qui puissent tomber en la connaissance de l'esprit humain, et c'est totn ce que j'ai eu dessein de prouver dans ces six Méditations; ce qui fait que j'ometi ici beaucoup d'autres quettiooi dont j'ai aussi parlé par oocason dans ce traité.

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