X ' INTRODUCTION
losophie bien faîte. Si la foi vient de Dieu, c'est aussi de lui que vient la raison ; il ne peut pas nous avok formés pour croire naturellement et invinciblement ce qu'il nous ordonnerait ensuite par ses prophètes de rejeter et de détester. La l^ilosophie, en définitive, ne peut nuire à une religion véritable, quoiqu'une école particulière puisse être opposée à la religion.
Pour soutenir l'identité de la religion et delà philosophie, il faudrait être étranger à toute psychologie, et ne tenir aucun compte de la diversité de penchants et de sentiments qui se rencontre parmi les hommes. Cette opinion suppose en outre que ceux qui l'admettent ne croient à la vérité d'aucune religion, s'ils pensent que toute religion est une philo* Sophie incomplète, ou qu'ils ne reconnaissent pas l'autorité de la raison, s'ils pensent que toute spéculation philosophique ne doit être qu'un commentaire de la parole révélée. L'homme a le droit et il sent le besoin de chercher la vérité par luimême, et il n'en résulte pas que Dieu n'ait pu la lui révéler directement sur les points qui concernent le salut. Par conséquent l'existence, la légitimité et l'indépendance delà philosophie son incontestables : la foi en demeure séparée par son origine et par sa nature ; et tout ce que l'on peut affirmer, c'est qu'une religion vraie et une philosophie bien faite ne peuvent manquer d'être d'accord.
Mais il y a de plus entre la religion et la philosophie cette différence, qu'une religion ne peut se tromper sans périr, car elle parle au nom de Dieu-, une philosophie, au contraire, est la recherche incertaine de la vérité , et n'a rien d'infaillible que la lumière même qui la guide. Il ne suffit donc pas de dire , pour éclairer les consciences, que la religion vraie et la philosophie vraie ne peuvent se combattre ■; c'est un principe général excellent, mais qui suppose la reli-
^ Cf. Leibnitz, De verâ methodo philotophiœ êi theologiœ.