‹ Œuvres de Descartes (volume 3)Chapitre 59 sur 91 · REMARQUES DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

REMARQUES DE L'AUTEUR

SUR LES 8BPT1ÈBIES OBJECTIONS.

Voilà tout ce que le R. P. m'a envoyé; et, ayant été supplié de m'envoyer le reste, il a fiiit réponse qu'il n'avait pas alors le loisir d'en faire davantage. Mais, pourmoi, j'aurais cm commettre un crime d'omettre ici la moindre syllabe de son écrit.

A. « Les demandes que vous me faites, » etc. Ayant reçu cette dissertation par les mains de son auteur après l'instante prière que je lui avais flûte de donner au public ou du moins de m'envoyer les objections qu'il avait faites contre les Méditations que j'ai écrites touchant la première philosophie, pour les joindre à celles que j'avais reçues d'ailleui-s sur le même sujet, je n'ai pu me défendre de la mettre ici, ni douter aussi que je ne sois celui à qui il s'adresse, encore que je ne sache point lui avoir jamais demandé son sentiment touchant la mù* thode dont je me sers pour chercher la vérité. Car, au contraire, ayant vu depuis un an et demi la vélitation qu'il avait écrite contre moi, dans laquelle je voyais qu'il s'éloignait de la vérité, m'attribuant plusieurs choses que je n'ai jamais ni écrites ni pensées, je ne dissimule point que dès lors je jugeai que tout ce qui pourrait venir de lui seul ne vaudrait pas la peine qu'on perdit beaucoup de temps à y répondre. Mats, pour ce qu'il est du corps d'une société très-célèbre pour sa piété et pour sa doctrine, et de qui tous les membres sont ordinairement si bien unis qu'il arrive rarement que rien se fasse par quelqu'un d'eux qui ne soit approuvé de tous les autres, j'avoue que nonseulement j'ai prié, mais môme quo j'ai pressé très- instarunieiil

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queiqaes-uns d^entre eux de youloir prendre la peine d^examiner mes écrits, et, 8*ils y trouvaient quelque chose de contraire à la vérité, d*ayoir la bonté de m*en avertir. A quoi j'ai même ajouté plusieurs raisons qui me faisaient espérer qu'ils ne me refuseraient pas cette grâce ; et, dans cette espérance, je me suis avancé d'écrire à Tun d'eux «c que désormais je ferais « beaucoup d'état de tout ce qui viendrait tant de la part de « cet auteur que de quelque autre de la compagnie, et que je « ne douterais point que ce qui me serait ainsi envoyé de leur « part ne fût la censure, l'examen et la correction, non pas de « celui-là seul de qui l'écrit pourrait porter le nom, mais de « plusieui-s des plus doctes et des plus sages de la société ; et, tt par conséquent, qu'il ne contiendrait aucunes cavillations, au- « cuns sopbismes, aucunes invectives, ni aucun discours inutile, <x maisseulementdebonneset solides raisons, et qu'on n'y aurait « omis aucun des arguments qui se peuvent avec raison alléguer <c contre moi : en sorte que j'aurais sujet d'espérer de pouvoir tt être entièrement délivré de toutes mes erreurs par ce seul (( écrit; et que, s'il arrivait qu'il y eût quelque chose dans mes « ouvrages qui échappât à sa censure, je croyais qu'il ne pour- « rait être réfuté par personne, et partant qu'il serait très-cer- « tain et très-véritable. » C'est pourquoi je jugerais maintenant la même chose de cette dissertation, et je croirais qu'elle aurait été écrite par l'avis de toute la société, si j'étais assuré qu'elle né contint aucunes cavillations, aucuns sophismes, ni aucun discours inutUe ; mais, s'il est vrai que cet écrit en soit plein, je croirais commettre un crime de soupçonner qu*un si grand nombre de pieux personnages y aient mis la main. Et pour ce qu'en ceci je ne m'en veux pas fier à mon jugement, je dirai ingénument et franchement ce qu'il m'en semble, non pas afin que le lecteur ajoute foi à mes paroles, mais seulement pour lui donner occasion d'examiner de plus près la vérité.

B. a Je me tairai pourtant, etc. » Ici, notre auteiu* promet de n'impugner les opinions de personne, mais seulement de répondre aux questions que je lui ai faites, bien que jene sache point lui en avoir jamais fait aucune, et que même je ne l'aie jamais ni vu ni entretenu d'aucune chose ; mais cependantles questions qu'il feint que je lui propose étant composées pour la plupart des paroles qui sont couchées dans mes Méditations, ce serait s'aveugler soi-même que de ne pas voir que ce sont elles seules

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qu'il a dessein de comtNittre par cet écrit. Toutefois il se peat faire que les raisons qui Tobligent à feindre le contraire soient pieuses et honnêtes; mais, pour md, je n*en puis soupçonner d'autres, sinon qu'il a cru que par œ moyen il lui serait plus libre de m'imposer tout ce que bon lui semblerait, pour oe qu'il ne pourrait pas être convaincu du contraire par mes écrits* ayant déclaré tout d'abord qu'il n'en voulait à personne ; comme wteà afin de ne pas donner occasion à ceux qui viendront à lira sn écrit d'examiner mes Méditations, ce qu'il ferait peal-ètn m seulement il en avait parlé ; et qu'U aime mieux me ûdre pener pour malhabile et pour ignorant, afin de les détourner de lire jamais aucune chose qui puisse venir de moi. Et ainsi, après avoir fait un masque de quelques pièces de mesMéditatioDS nuil cousues, il tâche, non pas de cacher, mais de défigurer oian visage. Cest pourquoi je lève ici le masque et me montre à découvert, tant parce que je ne suis pas accoutumé à jouer de semblables personnages que parce qu'il me semble qu*il ne me serait pas ici bienséant d'en user, ayant à traiter avee une pe^ sonne religieuse d'un sujet si sérieux et si important.

Taurais honte de paraître trop diligent si j'employais beaucoup de paroles à faire des annotations sur toutes les choses que je ne reconnais point pour miennes, bien qu'elles soient id toutes conçues presque dans mespropres termes. Cest pourqud je prie seulement les lecteurs de se ressouvenir de ce que j^si écrit dans ma première Méditation et au commencement de la seconde et de la troisième, et aussi de ce que j'ai dit dans leur abrégé ; car ils reconnaîtront que la plupart des choses qui sont ici rapportées en ont à la vérité été tirées, mais qu'elles sont ici proposées dans un tel désordre, et tellement corrompues et mal interprétées, que, bien que dans les lieux où elles sont placées elles ne contiennent rien que de fort raisonnable, ici néanmoins elles paraissent pour la plupart fort absurdes.

G. a Pour de bonnes et solides raisons. » J'ai dit, sur la fin de la première Méditation, que des raisons très- fortes et mùremad considérées nous pouvaient obliger de douter de toutes les choses que nous n'avions jamais encore assez clairement conçues, pour ce qu'en cet endroit-là je traitais seulement de ce doute général et universel que j'ai' souvent moi-même appelé hyperbolique et métaphysique, et duquel j^ai dit qu'il ne fallait point se servir pour les cb^ôses qui regardent la conduite de la vie;

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et, partant, qu'à son égard tout ce qui pouvait faire ualtre le moindre soupçon d'incertitude devait être pris pour une assez valable raison de douter. Mais ici cet homme officieux et sincère apporte pour exemples des choses dont j'ai dit que Ton pouvait douter pour de bonnes et solides raisons, savoir, s'il y a une tentï, si j'ai un corps, et choses semblables, afin que les leeteura qui n'auront point de connaissance de ce doute métaphysique, le rapportant à Tusage et à la conduite âe la vie, me tiennent pour un homme qui a perdu le sens.

D. « Rien, dites-vous, rien du tout, » ete. fai asses expliqué, en divers endroits, en quel sens cela se doit entendre. Cest à sa* voir que, tandis que nous sommes attentifs à quelque vérité que nous concevons fort clairement, nous n'en pouvons aloi-sen aucune façon douter; mais, lorsque nous n'y sommes pas dnsl attentifs, et que nous ne songeons point aux raisons qui la prouvent, comme il arrive souvent pour lors, encore que nous nous ressouvenions d'en avoir ainsi clairement conçu plusieura, il n'y en a toutefois aucune de kqudle nous ne puissions douter avec raison, si nous ignorons que toutes les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies. Mais ici cet homme fort exact interprète tellement ce mot-là, Tien, que de ce que j'ai dit une fois dans ma preHiièrc Méditation, où je supposais n'apercevoir aucune chose clairement et distinctement, qu'il n'y avait rien dont il ne me fût permis de douter, il conclut que je ne puis aussi connaître rien de ceriain dans les suivantes ; comme si les raisons que nous avons quelquefois de douter d'une chose n'étaient pas vâfaibles ni légitimes si elles ne prouvaient ansBi que bous en devons toujours douter.

E. « Croire, dire et assurer Fopposé de la chose dont on doute. » Lorsque j'ai dit qu'il fallait pour quelque temps tenfa* les choses douteuses pour fausses, ou bien les rejeter comme teHes, j'ai donné si dairement à connaître que j'entendais seulement que, pour faire une exacte recheidie des vérités tout à fait certaines, il ne fallait faire non plus de compte des choses douteuses que de celles qui étaient absolument fausses, qu'il me semble que tout homme de bon sens ne pouvait autrement interpréter met paroles, et qu'il ne pouvait s'en rencontixH* aucun qui pût feindre que j'ai voulu croire l'opposé de ce qui est douteux, principalement, comme il est dit uo peu après, « le croire de tetie

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« sorte que je me persuade qu^il ne peut être auti-cmcnt, et ainsi « qu'il est trèsHMsrtainf » à moius qu^il n*eùt poiut honte de passer pour un caviUateur ou pour une personne qui dit les choses autrement qu'elles ne sont; et, bien que notre auteur n'assure pas ce dernier, mais qu*il le propose seulement comme douteux, je m'étonne toutefois qu'une personne comme lui ait semblé imiter en cela ces infâmes détracteurs , qui se comportent souvent de la même manière qu*il a fait dans le rapport des choses qu'ils veulent que Ton croie des autres, ajoutant même que pour eux ils ne le croient pas, aûn de pouvoir médire plus impunément.

F. « Mais il en va bien autrement des choses qui sont tout à « (ait certaines ; car elles sont telles qu'àceuxmême qui dorment ft ou qui sont fous, elles ne peuvent paraître douteuses. Je ne sais par quelle analyse cet homme subtil a pu déduire cda de mes écrits ; car je ne me ressouviens point d'avoir jaoïais rien dit de tel, ni même rêvé en dormant. Il est bien vrai qu'il en eût pu conclure que tout ce qui est clairement et distinctement conçu par quelqu'un est vrai, encore que celui-là cependant puisse douter s'il dort ou s'il veille, ou même aussi, si l'on veut encore, qu'il dorme ou qu'il ne soit pas en son bon sens ; pour ce que rien ne peut être clairement et distinctement conçu par qui que ce soit qu'il ne soit tel qu'il le conçoit, c'est-À-dire qu'il ne soit vrai. Mais, pour ce qu'il n'appartient qu'aux personnes sages de distinguer entre ce qui est clairement conçu et ce qui semble et parait seulement I être, je ne m'étonne pas que ce bon homme prenne ici l'un pour Tautre.

6. ce Et c'est proprement ce qu'on appelle douter, aller et re- « venir sur ses pas, » etc. J'ai dit qu'il ne Dallait fairenon plus de cas des choses douteuses que de celles qui étaient absolument fausses, afin d'en détacher tout à fait notre pensée, et non pas afin d^affirmer tantôt une chose et tantôt son contraire. Mais notre auteur n'a laissé échapper aucune occasion de pointillcr; et cependant c'est une chose digne de remarque qu'en ce lieulà même où il dit vouloir faire une récapitulation de ma doctrine, il ne m'attribue rien des choses qu'il avait reprises on qu'il reprend dans la suite et dont il se moque. Ce que je dis afin que chacun sache que ce n'était que par jeu et non pas tout de bon qu'il me les avait attribuées.

11 approuve ici dans ces deux premières réponses tout ce que

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f ai pense touchant la question proposée, ou tout ce qui se peut déduire de mes écrits ; mais il ajoute que fn cela est très-commun, et familier même aux moindres apprentis. »

Et dans les deux dernières, il reprend ce qu'il veut que Ton croie que j'ai pensé là-dessus, encore qu'il soit si peu croyable qu'il ne puisse tomber dans Fesprit d'aucune personne de bon sens. Mais il le fait sans doute afin que ceux qui n'ont point lu mes Méditations, ou qui ne les ont jamais lues avec assez d'attention pour bien savoir ce qu'elles contiennent, s'en rapportant à ce qu'il en dit, croient que je soutienne des opinions ridicules et peu croyables, et que ceux qui ne pourront avoir une si mauvaise opinion de moi se persuadent au moins que je n'ai rien mis dans mes écrits qui ne soit très-commun et familier à tout le monde. Mais je ne me mets pas fort en peine de cela ; et je puis dire que je n'ai jamais eu dessein de tirer aucune louange de la nouveauté de mes opinions ; car, au contraire, je les crois très-anciennes, étant très-véritables ; et toute ma principale étude ne va qu'à rechercher certaines vérités très-simples, qui, pour être nées avec nous, ne sont pas plus tôt aperçues qu'on pense ne les avoir jamais ignoi'ées; mais il n'est pas malaisé de reconndtre que cet auteur n'impugne mes écrits que parce qu'il croit qu'ils contiennent quelque chose de bon et qui n'est pas commun; car il n'est pas possible que, s'il les avait crus si peu croyables qu'il le feint, il ne les eût plutôt jugés dignes de mépris et du silence que d'une réfutation si ample et si étudiée.

H. « Donc , suivant notre règle, j'assurerai et dirai le coik^ «traire. >» Je voudrais bien savoir dans quelles tables il a jamais trouvé cette loi écrite? 11 est bien vrai qu'il Ta déjà ci-dessus assez inculquée ; mais aussi est-il vrai que j'ai déjà assez nié qu'elle vint de moi, à savoir, dans mes notes sur ces paroles: « Croire, « dire et assurer l'opposé de la chose dont on doute, v Et je ne pense pas qu'il voulût soutenir qu'elle vient de moi si on l'interrogeait là-dessus ; car un peu auparavant il m'a introduit parlant des choses qui sont douteuses en cette sorie : « Vous ne l'asa surerez ni le nierez , vous ne vous servirez ni de l'un ni de « l'autre; mais vous tiendrez l'un et l'autre pour faux.» Et un peu après, dans l'abrégé qu'il fait de ma doctrine, il dit qu'il faut a refnsor son approbation à une chose douteuse « comme si elle était manifestement fausse, ou même feindre

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« que Ton a d'elle la même opinion que d^une chose fausse f et imaginaire; p ce qui est toute autre chose que d'asnmr et de croire l'opposé^ en teUe sorte que cet opposé soit tenu pour vrai, comme il le suppose ici. Mais moi, lorsque j*ai dit dans ma première Méditation que Je voulais pour quelque temps tâcher de me persuader Topposë des choses que ]*avais auparavant légèrement crues, j'ai lyouté aussitôt que ie ne le faisais qu^afin que, tenant pour ainsi dire la balance égale entre mes préjugés, je ne penchasse point plus d*un côté que de Tautre; mais non pas afin de prendre Tun ou Tautre pour irrai, et de rétablir comme le fondement d'une science très-certaine, comme il dit ailleurs. C'est pourquoi je voudrais bien saToir à qnd dessein il a apporté cette règle. Si c*est pour me rattrihfiier, je lui demande où est sa candeur; car il est manifeste, par ce qiri a été dit auparavant, qu'il sait fort bien qu'elle ne vient pas de moi, pour ce qu'il n'est pas possible qu'une personne croie qu'il faut tenir les deux contraires pour faux, comme U a dit que je croyais, et qu*en même temps elle assure et dise qu'il faut tenir pour vrai l'opposé de l'un des deux, comme il est dit par eelie règle. Mais, si c'est seulement par plaisir qu'il l'a apportée, afin d'avoir quelque chose è reprendre, j'admire la subtilité de son esprit de n'avoir pu rien inventer de plus vraisemblable ou de plus subtil; J'admire son loisir d'avoir employé tant de paroles à réfuter une opinion si absurde qu'elle ne peut pas même lenbler probable à un enfant de sept ans; car 0 est à remarquer que Jusqu'ici il n'a repris autre chose que cette impertinente loi ; enûn, J'admire la force de son imagination d'avoir pu, nonobstant qu'il ne combattit que contre cette vaine chimère quil avait lui-même forgée, se comporter tout à fait de la même manière, et se servir toujours de mêmes termes que s'il m*èôt en en e£fet pour adversaire, et qu'il m'eût vu en persomia lui fùre tête.

1. c Puisque toutes les choses que j'ai sues jusques kl sont dou* «teuses. » 11 a mis ici qu$ fcU sues i^nr que j'ai cru savoir; cet il y a de la contrariété en ces termes, qw foi suesy et sont ilontêuses, k laquelle sans doute il n'a pas pris garde ; mais â ne faut pas pour cela lui imputer à malice, car autrement Q ne l'aurait pas si légèrement touchée qu'il a fait; mais, au contraire, feignant qu'elle serait venue de moi, U aurait employé hean* coup de paroles à insister à rencontre.

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K. « Je dis point d'esprits, point de corps. » Il dit cela afin d'avoir lieu par après de pointiUer longtemps sur ce qu'au commencenlent, supposant que la nature de Tesprit ne m'était pas encore assez connue, je Fai mise au rang des choses dou« teuses, et qu'après cela, reconnaissant que cependant une chose qui pense ne pouvait pas ne point exister, et appelant du nom d'esprit cette chose qui pense, J'ai dit qu'un esprit existait; comme si j'eusse oublié qae Je l'avais nié auparavant lorsque je prenais l'esprit pour une chose qui m'était inconnue, et comme si j'eusse cru que les choses que je niais en un temps, pour ce qu'elles me paraissaient incertaines, dussent toujours ainsi être niées, et qu'il tie se pût faire qu'elles ne devinssent par après évidentes et certaines. Et il est à remarquer que par^ tout il considère le doute et la certitude, non pas comme des relations de notre connaissance aux objets, mais comme des propriétés aux objets mêmes qui y demeurent toujours attachées ; en sorte que les choses que nous avons une fois reconnues être douteuses ne peuvent Jamais être rendues certaines. Ce que l'on doit plutôt attribuer à simplicité qu'à malice.

L. « Quoi, toutes choses? » Il chicane ici sur de mot toutes, comme auparavant sur le mol rtm, mais inutilement et en vain.

M. « Vous avoues y étant forcé. 9 11 en a fait de même sur ce terme, forcé ; mais aussi hmtilement que sur les précédents, car il est certain que ces raison»-là sont assez fortes pour nous obliger de douter, qui sotit elles-mêmes douteuses et incertaines, et qui pour cela ne doivent point être retenues, mais rejetées, comme il a été remarqué ci-dessus; elles sont, dis-je, assez folles, tandis que nous n'en avons point d'autres qui, en chassant le doute, apportent en même temps la certitude; et pour ce que je n'en trouvais aucune de telles dans la première Méditation, bien que je regardasse de tous côtés, et que je méditasse sans cesse, j'ai dit pour cela que les raisons que j'ai eues de douter étaient fortes et mûrement considérées. Mais cela passe la portée de notre auteur; car il ajoute : « Lorsque vous avez « promis de bonnes et de fortes raisons. Je me suis aussi ata tendu quelles seraient certaines, telles que les demande votre <c règle ; » comme si cette règle qu'il feint pouvait être appliquée aux choses que j'ai dites dans la première Méditation. Et un peu après il dit : « Y art-il eu un temps auquel vous ayez pu « dire certainement et indubitablement : Mes sens me trom-

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« peut à pi*ësent? Je sais cela fort bien. « Où il tombe dans une contrariété pareille à la précédente, ne s'apercevant pas que tiniir une chose pour indubitable, et en même temps douter de la même chose, sont deux choses qui se contrarient. Mais c'est un bon homme.

N. c( Pourquoi dites-vous si assurément que quelquefois nous c rêvons ? n 11 tombe encore innocemment dans la même faute; car je n'ai rien du tout assuré dans la première Méditation, (lui est toute remplie de doutes, et de laquelle seule il peut avoir tii'é ses paroles. Et, par la même raison, il aurait pu trouver cpci ; Nous ne rêvons jamais ; ou bien : Quelquefois nous réwms. Et loi-squ'il ajoute un peu après : « Car je ne vois pas bien com- « ment vous pouvez inférer de ceci, je ne sais si je veille ou « « je dors, donc je dors quelquefois, » il m'attribue ici un rais umement purement digne de lui ; aussi est-ce un bon homme.

0. c( Que savez-vous si ce rusé génie ne vous propose point « toutes choses comme douteuses et incertaines, nonobstant « qu'elles soient ceHaines et assurées ? d 11 parait manifestement par ceci, comme j'ai déjà observé, qu'il considère le doute et la certitude comme dans les objets, et non pas comme dans notre pensée ; car autrement comment pourrait-il feindre que ce génie proposât quelque chose comme douteuse qui ne fût pas douteuse, mais certaine, puisque, de cela seul qu'il me la proposerait comme douteuse, elle serait douteuse ? Mais peut-être que ce génie l'a empêché de reconnaître la répugnance qui est dans ses paroles ; et il est à plaindre de ce qu'il trouble ainsi sa pensée.

P. « Sans doute que c'est une chose d'une importance tout à (( fait grande que cette abdication générale de toutes nos con- « naissances passées. » J'en ai assez averti sur la fin de ma réponse aux quatrièmes objections et dans la préface de ces Méditations que je n'ai pour cela proposées à lire qu'aux plus solides esprits. J'ai aussi averti de la même chose fort expressément dans mon Discours de la Méthode, où ayant décrit deux divers genres d'esprits à qui cette abdication générale n'est pas propre, si peut-être notre auteur se trouve compris sous l'un ou sous rauti*e genre, il ne me doit pas pour cela imputer ses erreurs.

Q. « Que dites- vous, je sais î » Lorsque j'ai dit que je savais qu'il ne pouvait y avoir de péril en cette abdication générale,

j'ai ajouté : « Parce qu*alors je ne considérais pasles choses pour « agir, mais seulement pour les connaître; ]» ce qui fait voir si manifestement que je n'ai parlé en cet endroit-là que d'une façon morale de savoir, qui suffit pour la conduite de la vie, et que j'ai souvent dît être fort différente de la façon métaphysique, dont il s'agit ici, qu'il semble qu'il n'y ait que notre auteur seul qui ait pu l'ignorer.

R. « Et l'on veut que je retienne celui-ci, qui est rempli de « doutes et de difficultés : Je ne saurais trop accorder à ma dé- « fiance !» Il y a encore ici derechef de la contrariété dans les paroles; car tout le monde sait que celui qui se défie, pendant qu'il se défie et que par conséquent il n'affirme ni ne nie aucune chose, ne peut être induit en erreur par aucun génie, pour rusé qu'il soit ; ce qu'on ne peut pas dire de celui qui ajoute deux et trois ensemble, ainsi que le prouve l'exemple qu'il a luimême apporté ci-dessus de celui qui comptait quatre fois une heure.

S. « Ce n'est pas sans une grande appréhension de paraître « trop défiant que je rejette ces maximes anciennes. » Encore qu'il emploie ici beaucoup de paroles pour tâcher de pei-suader qu'il ne faut pas se défier trop, c'est pourtant une chose digne de remarque qu'il n'apporte pas la moindre raison pour le prouver, sinon seulement celle-ci, qui est qu'il craint ou qu'il se défie qu'il ne faut pas tant se défier oii il y a encore de la répugnance ; car de cela seul qu'il craint et qu'il ne sait pas certainement qu'il ne doit point se défier, de là il sensuit qu'il doit se défier.

T. « Rejetez-vous sans scrupule comme une chose fausse cette <f proposition ancienne : J'ai en moi l'idée claire et distincte de <f Dieu ; ou celle-ci : Tout ce que je conçois fort clairement et « fort distinctement est vrai? » Il appelle ces choses-ci ancien- ' nés, pour ce qu'il craint qu'on ne les tienne pour nouvelles, et que j'aie la gloire de les avoir le premier remarquées , mais je m'en soucie fort peu. Il semble aussi vouloir faire glisser quelque scrupule touchant l'idée que nous avons de Dieu; mais ce n'est qu'en passant, de peur peut-être que ceux qui savent avec quel soin j'ai excepté de cette abdication toutes les choses qui regardent la piété, et en général les mœurs, ne le prissent pour un calomniateur.

Enfin, il ne voit pas que Tabdication ne regarde que celui qui

ne conçoit pas encore clairement et distinctement qudqœ chose; comme, par exemple, les sceptiques, auxquels cette abdication est familière, en tant que sceptiques, n'ont jamais rien conçu clairement; car, du moment qu'ils auront conçu clairement quelque chose, ils auront cessé d'en douter et d'être es cela sceptiques. Et pour ce qu'il est aussi fort difficile que personne, avant que d'avoir fait cette abdication, puisse jamais riea concevoir fort clairement, j'entends d'une clarté teUe qu'il est requis pour une certitude métaphysique; c'est pour cela que cette abdication est fort utile à ceux qui étant capables d'une connaissance si claire ne l'ont pourtant pas encore acquise, mais non pas à notre auteur, comme Tévéuemeut le montre ; j'estime au contraire qu'il la doit soigneusement éviter.

V. « Ou enfin cette autre-ci : Les facultés de penser, de se « nourrii* et de sentir n'appartiennent point au corps, mais à tt Tesprit. » 11 cite ces paroles comme venant de moi, et en même temps il les débite pour si certaines qu'il semble que personne ne puisse en aucune façon les révoquer en doute. Mais cependant il n'y a rien de plus clair dans mes Méditations que je rapporte au corps seul la puissance de se nourrir, et non pas à l'esprit ou à cette partie de Thomme qui pense; en telle sorte que par cela seul l'on voit manifestement, premièi-ement, qu'il ne les entend point, encore qu'il ait entrepris de les réfuter ; secondement 4 qu'il n'est pas vrai que , de ce que dans la deuxième Méditatiou j'ai parlé selon l'opinion du vulgaire, j'aie pour cela voulu rapporter la puissance de se nourrir à l'âme; et eafin qu'il tient plusieurs choses pour indubitables qu'il ne faut pas admettre pour telles sans un grand examen. Mais toutefois il a fort bien conclu, vers la un, que par toutes ces choses il a Dut ! seulement paraître la médiocrité de son esprit.

X. « Je commence de la sorte à philosopher : Je suis, je pense; « je suis pendant que je pense. » 11 est ici à remarquer qu'il avoue lui-même que pour bien commencer à philosopher, ou pour établir la certitude de quelque proposition , il faut suivre la voie que j'ai tenue, qui est de commencer pai' la connaissance de sa propre existence. Ce que je dis afin que l'on sache que, dans les autres endroits où il a feint que j'ai commencé par une positive ou affirmative abdication de toutes les choses qui sont douteuses, il a dit le contraire de ce qu'en effet il pensait. Je n'ajoute point ici avec quelle subtilité U m'introduit

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commençant à philosopher, lorsqu'il me fait parler de la sorte: « Je suis ; je pense, etc. ; » car Ton peut aisément reconnaître» sans même que j'en parle, la candeur qu'il garde en toutes choses.

Y. a Pourquoi faltes^vous mention de Fesprit quand Toui « dites, lorsque je la conçois en mon esprit ? n'aves-vous pas a même baimi le corps et Tesprit ? » J'ai déjà ci-devant averti qu'il cherchait occasion de pointiller sur le mot d'esprit. Mais ici concevoir en son esprit ne signifie rien autre chose que penser ; et partant il suppose mal que je ikis mention de l'esprit en tant que considéré comme une partie de l'homme. De plus, encore que j'aie rejeté ci-devant le corps et l'esprit, avec tout le reste de mes anciennes chinions, comme des choses dou« teuses ou des choses que je ne concevais pas encore clairement, cela n^empéche pas que je ne les puisse reprendre par après s'il arrive que je les conçoive clairement. Mais cela est au-dessus de la portée de notre auteur, qui pense que le doute soit quelque chose attaché inséparablement aux objets ; car il demande un peu après : « Gomment se pourra-t-il faire que les mêmes « choses qui auparavant étaient douteuses ne soient plus main« « tenant douteuses et incertaines? » 11 veut même que j'en aie fait une abdication sdennelle; et U admire aussi mon adresse, en ce que je me sers de ce qui est douteux pour chercher ce qui est certain, etc. ; comme si j'avais pris pour fondement de ma philosophie qu'il faut toujours tenir pour fausses les choses douteuses.

Z. « Voules-vous que je consulte ce que j*ai cru autrefois que « j'étais, votilez-vous que je reprenne ce vieux dictum, » etc. t Je me servirai ici d'un exemple fort familier pour lui faire ici entendre la conduite de mon procédé, afin que désormais il ne Tigiiore plus, ou qu'il n'ose plus feindre qu'il ne l'entend pas.

Si d'aventure il avait une corbeille pleine de pommes, et qu'il appri^hcndât que quelques-unes ne fussent pourries, et qu'il voulût les ôter, de peur qu'dies ne coirompissent le reste , comment s'y prendrait-il pour le fidre î Ne commencerait-il pas tout d'abord à vider sa corbeille; et après cela, regardant toutes ces pomtnes les unes après les autres, ne choisirait-il pas celles-là seulrs qu'il viirait n'être point gfttées; et, laissant là les auti-es, ne les ivnul trait-il pas dans son panier î Tout de niènie aussi, ceux qui if ont jamais bien philosophe ont diverses

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opinions en leur esprit qu^ils ont commencé à y amasser dès leur bas âge ; et, appréhendant avec raison que la plupart ne soient pas vraies, ils tâchent de les séparer d'avec les autres, de peur que leur mélange ne les rende toutes incertaines. Et, pour ne se point tromper, ils ne sauraient mieux faire que de les rejeter une fois toutes ensemble, ni phis ni moins que si elles étaient toutes fausses et incertaines ; puis, les examinant par ordre les unes après les autres, reprendre celles-là seules qu'ils reconnaîtront être vraies et indubitables. (Test pourquoi je n'ai pas mal fait au commencement de rejeter tout; puis, •onsidërant que je ne connaissais rien plus certainement ni plus évidemment sinon que moi, qui pensais , étais quelque chose, je n'ai pas eu aussi mauvaise liaison d'établir cela comme le premier fondement de toute ma connaissance ; et enfin je n'ai pas aussi mal fait de demander après cela ce que j'avais cru autrefois que j'étais : non pas afin que je crusse encore de mot toutes les mêmes choses, mais afln de reprendre celles que je reconnaîtrais être vraies, de rejeter celles que je trouverai être fausses, et de remettre à examiner à un autre temps celles qui me sembleraient douteuses. Ce qui fait voir que notre auteur n'a pas raison d'appeler ceci un art de tirer les choses certaines des incertaines^ ou, comme il dit ci-après, une méthode de rêver ; et que tout ce qu'il raconte ici et dans les deux paragraphes suivants du coq de Pythagore, et des opinions des philosophes touchant la nature du corps et de l'âme, sont choses tout à fait inutiles et hors de propos, puisque, selon la méthode que je m'étais prescrite, je n'ai point dû et n'ai point aussi voulu me mêler de rapporter rien de ce que les autres ont jamais pensé là-dessus, mais seulement ce qui m'en a semblé autrefois à moi-même, et ce qui a coutunse de sembler aux autres en se laissant seulement conduire par la lumière naturelle, soil qu'il fût vrai, soit qu'il fût faux; pour ce que je ne Tai point lapporté afin de le croire, mais seulement pour Texaminer.

AA. « Ou sentir comme un chien, on penser comme un singe, « ou imaginer comme un mulet, v II tâche ici de nous suiprendre dans ces mots; et, pour faire en sorte qu'on trouve que j^aie mal établi la différence qui est entre l'esprit et le corps, en ce que celui-là pense, et que celui-ci ne pense point, mais est étendu, il dit que tout ce qui sent, qui imagine et qui pense, fi

rappelle corps; mais qu'il l'appelle aussi un mulet ou un singe, si bon lui semble. S'il peut jamais faire que ces mots nouveaux viennent en usage, je ne refuserai pas de m'en servir ; mais cependant il n'a aucun droit de me reprendre de ce que je me sers de ceux qui sont communément reçus et approuvés.

BB. <x C'est cela même, me dites-vous. » Ici, et presque partout ailleurs, il m'introduit lui répondant des choses tout à fait contraires à mon opinion. Mais il serait trop ennuyeux de faire remarquer toutes ces fictions.

ce. ce Et même, puisque votre dessein est d'établir et de dé- « montrer que l'esprit de l'homme n'est pas corporel, vous ne ic devez nullement le supposer. v> Il feint ici à tort que je suppose ce que j'ai dû prouver. Mais à des choses qui sont ainsi feintes gratuitement, et qui ne peuvent être appuyées et soutenues par aucune raison, on ne doit, ce me semble, répondre autre chose sinon qu'elles sont fausses ; et je n'ai jamais, en aucune façon, mis en dispute ce qui doit être appelé du nom de corps^ ou d'dme, ou à'^esprit^ mais j'ai seulement expliqué deux différentes sortes de choses, savoir est, celle qui pense et celle qui est étendue, auxquelles seules j'ai fait voir que toutes les autres se rapportent, et que j'ai prouvé aussi, par de bonnes raisons, être deux substances réellement distinctes, l'une desquelles j'ai appelée esprit, et l'autre corps. Mais si ces noms lui déplaisent, il leur en peut attribuer d'autres si bon lui semble, je ne l'empêcherai point.

DD. « Mais qu'est-ce que je suis? Sans difficulté, je suis quelle qu'une des choses que je croyais autrefois que j'étais. » Il m'attribue à son ordinaire ceci, et une infinité de choses semblables, sans aucune apparence de vérité.

EE. « J'en suisbicn certain depuis que j'en ai fait l'abdication. i» Il m'attribue encore ici une chose à quoi je n'ai jamais pensé, car je n'ai jamais rien inféré d'une chose pour en avoir fait l'abdication ; mais, tant s'en faut, j'ai expressément averti du contraire par ces termes : « Mais peut-être aussi qu'il se peut faire que ces choses-là même, que je suppose n'être point parce qu'elles me sont inconnues, ne sont point en effet différentes de moi que je connais, » etc.

FF. « Je suis donc un esprit?» 11 n'est pas vrai non plus que j'aie examiné si j'étais un esprit ; car pour lors je n'avais pas encore expliqué ce que j'entendais par le nom di'esprit. Mais j'ai

examiné si j'avais en moi quelqu'une des choses que j'attribuais à rame, dont je venais de faire la description; et, ne trouvant pas en moi toutes les choses que je lui avais attribuées, mais n'y remarquant que la pensée, pour cela je n'ai pas dit que j'étais une âme, mais seulement j'ai dit que j'étais une chose qui pense, et j'ai donné à cette chose qui pense le nom d'esprit, ou celui d'entendement et de raison, n'entendant rien de plus par le nom d'esprit que par celui d'une chose qui pense : et partant je n'avais garde de m'éciier, ifi^nixa, tuprixo, comme il fait ici mal à propos ; car, au conti*aire, j'ai expressément eyouté que j'ignorais auparavant la signification de ces mots, en sorte qu'il est impossible qu'on puisse douter que par ces mots je n'aie entendu précisément la même chose que par celui d'une chose qui pense.

GG. « ie n'ai donc rien cru qui vaille. — Tout au contraire, « vous écriez-vous, v Gela n'est pas vrai encore; car je n*ai jamais supposé que les choses que j'avais crues auparavant fussent vraies, mais seulement j'ai examiné si elles l'étaient.

HH. « 11 n'importe, dites-vous, vous êtes un corps ou un esa prit. » Il n'est pas vrai non plusque j'aie jamais dit cela*

II. « Vous aviez mal cm autrefois, dites-vous, que la pensée 0 appartenait au corps. Vous deviez croire, au contraire, qu'elle « appartenait à l'esprit. » 11 est faux encore que j'aie dit cela ; car qu'il dise, si bon lui semble, qu'une chose qui pense est mieux nommée du nom de corps que du nom d'esprit, je ne m'en mets pas en peine, et il n'a rien à démêler là-dessus avec moi, mais seulement avec les grammairiens. Mais s'il feint que j'aie voulu dire par le nom d'esprit quelque chose de plus que par celui d'ime chose qui pense, c'est à moi à le nier. Comme un peu après, où il dit : a Si vous posez ceci pour fondement d de toutes vos démonstrations, à savoir, que penser est quel- « que chose de propre à l'esprit, ou à une chose spirituelle et « incorporelle, etc., n'est-ce pas demander une grâce, et sup- « poser ce qui est en question? » Je nie que j'aie supposé ea aucune façon que l'esprit fût incorporel; mais je dis que je l'ai démontré dans la sixième Méditation.

Mais je suis si las de le reprendre de ne pas dire la vérité, que dorénavant je ne ferai pas semblant de le voir, et éooutcni seulement sans rien dire le reste de ses railleries jusques à la un. Quoique pourtant, si c'était un autre que lui, je croirais

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8im LES SEPTIÈMES OBJECTIONS. 479

quMl se serait voulu déguiser pour satisfaire à Fenvie déréglée qu*il aurait eue de railler, et qu^eri contrefaisant tantôt le craintif, tantôt le paresseux, et tantôt Thomme de peu de sens, il aurait youIu imiter, non les Ëpidiques ou les Parménons do Fancienne comédie, mais le plus vil personnage de la nôtre, qui par ses niaiseries et bouffonneries prend plaisir d*apprêter à rire aux autres.

Jusques ici le R. P. s^est joué ; et pour ce que dans la suite il semble vouloir agir sérieusement et prendre un autre personnage, je mettrai cependant ici en peu de paroles les remarques que j'ai faites sous les yeux de son esprit. Voici ce qu'il dit:

KK. « Autrefois? ce temps-là a-t-il été? i> et en un autre endroit : « Je rêve que je pense, je ne pense point ; » mais tout cela n*est que raillerie, digne du personnage qu'il a voulu représenter. Gomme aussi cette importante question qu'il propose, savoir, si et penser a plus d'étendue que rêver ; » et même ce bon mot, de la « méthode de rêver; » et cet autre, que « pour bien raisonner il faut rêver. 9 Mais je ne pense pas avoir donné la moindre occasion de se railler de la sorte; car j'ai dit en termes exprès, en parlant des choses dont j'avais fait abdication, que je n'assui-ais point qu'elles fussent, mais seulement qu'elles semblaient être : si bien qu'en cherchant ce que j'ai pensé que j'étais autrefois, je n'ai voulu chercher autre chose que ce qu'il me semblait à présent que j'avais pensé que j'étais autrefois. Et lorsque j'ai dit que je pensais, je n'ai poinl considéré si c'était en veillant ou en dormant ; et je m'étonne qu'il appelle cela la méthode de rêver, car il semble qu'elle ne l'a pas peu éveillé.

LL. 11 raisonne encore conformément à son personnage lorsque, pour chercher ce que j'ai pensé que j'étais autrefois, il veut que j'avance ceci comme une maxime fondamentale : « Jlî c< suis quelqu'une des choses que j'di cru autrefois que j'étais; » ou bien : « Je suis cela môme que j'ai cru autrefois que j'é- « tais. ï> Et un peu après, pour chercher si je ne suis point un corps, il veut que l'on prenne cette maxime pour guide : « Tai « bien pensé autrefois touchant ce qui appartient au corps ; » ou bien : « Rien n'appartient au corps que ce que j'ai cru au- « trefois qu'il hii appartenait; » car les maximes qui répugnent manifestement à la raison sont propres à faire rire. Et il est

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manifeste que j*ai pu rechercher utilement ce que f ai cru autrefois que j^étais, et même si j'étais un corps, bien que j'ignorasse si j'tHais quelqu'uue des choses que j'ai cru être autrefois, et que j'ignorasse même si j'avais lors bien cru ; afin que, par le moyen des choses que je viendrais à connaître tout de nouveau, j'examinasse le tout avec soin ; et si par ce moyen je ne découvrais rien autre chose, que j'apprisse au moins que je ne pouvais par là rien découvrir.

MM. 11 joue encore parfaitement bien son personnage quand il raconte la fable de ce paysan ; et il n'y a rien de plus plaisant que de voir qu'en pensant l'appliquera mes paroles, il rapplique seulement aux siennes. Car tout maintenant il me reprenait de n^avoir pas avancé cette maxime : <k J'ai fort bien pensé autrea fois touchant ce qui appartient au corps; » ou bien : « Rien « n'appailient au corps que ce que j'ai cru autrefois qui lui «c appartenait; » et maintenant, cela même qu'il se plaignait n'avoir pas été pai* moi avancé, et qu'il a tout tiré de son imagination propre, il le reprend comme s'il venait de raoi, et le compai^e avec le sot raisonnement de cet homme rustique. Pour moi, je n'ai jamais nié qu'une chose qui pense fût un corps, pour avoir supposé que j'avais autrefois bien pensé touchant la nature du corps ; mais parce que, ne me servant point du nom de corps sinon pour signifier une chose qui m'était bien connue, à savoir, pour signifier une substance étendue, fai reconnu que la substance qui pense est différente de celle qui est étendue.

NN. Ces façons de parler subtiles et galantes qui sont ici plusieurs fois répétées, c'est à savoir : «Je pense, dites-vous; — je « le nie, moi ; vous rêvez. — Gela est ceilain et évident, lyoïi- « tez-vous ; — je le nie, vous rêvez; il vous le semble seule- « ment, il le paraît, mais il ne Test pas, n etc. ; au moins seraient-elles capables de faire rire, de ce qu'en la bouche d^une personne qui agirait sérieusement elles seraient ineptes et ridicules. Mais de peur que ceux qui ne font que commencer ne se persuadent que rien ne peut être certain et évident à celui qui doute s'il dort ou s'il veille, mais peut seulement lui sembler et lui paraître, je les prie de se ressouvenir de ce que j'ai ci-devant remarqué sous la cote F : c'est à savoir que ce que l'on conçoit clairement et distinctement, par qui que ce puisse être qu'il soit ainsi conçu est vrai » et ne le semble ou ne le parait pas

SUR LES S£PTIÊX£S OBJECTIONS. 4dl

seulement ; quoique poui-tant, à vrai dire , il s'en trouve fort peu qui sachent bien faire distinction entre ce que Ton aperçoit véritablement et ce qu'on pense seulement apercevoir, parce qu'il y en a fort peu qui s'accoutument à ne se servir que de claires et distinctes perceptions.

00. Jusques ici notre auteur ne nous a encore faitlareprésenta* tien d'aucune mémorable action ; mais il s'est seulement forgé certains petits obstacles contre lesquels, après s'être un peu agité et tourmenté, tout aussitôt il a fait retraite, et a tourné visage ailleurs. 11 commence ici le premier célèbre combat contre un ennemi tout à fait digne de la scène, à savoir, contre mou ombre, qui n'est à la vérité visible qu'à lui, et qu'il a lui-même foiigée ; et de peur que cette ombre ne fût pas assez vaine, il l'a composée du néant même. Cependant, c'est tout de bon qu'il en vient aux prises avec elle ; il argumente, il sue, il demande trêve, il appelle la logique à son secours, il recommence le combat, il examine tout, il pèse tout, il balance tout ; et d'autant qu'il n'oserait pas recevoir sur son bouclier les coups d'un si puissant adversaire, il les esquive autant qu'il peut : il distingue; et enfin, par le moyen de ces mots, dèterminément et indéterminémerU, comme par autant de petits sentiers détournés, il s'enfliit et s'échappe. Sans mentir, le spectacle en est assez agréable, principalement quand on sait le sujet de la querelle, qui vient de ce qu'ayant lu par hasard dans mes écrits que, pour commencer à bien philosopher, il faut se résoudre une fois en sa vie de se défaire de toutes les opinions qu'on a auparavant reçues en sa créance, quoique peut-être il y en ait plusieurs parmi elles qui sont vraies, à cause qu'étant mêlées avec plusieurs autres qui sont la plupart ou fausses ou douteuses, il n*y a point de meilleur moyen pour séparer celles-là des autres que de les rejeter toutes du commencement sans en retenir aucune, afin de pouvoir par après plus aisément reconnaître celles qui sont vraies, en découvrir de nouvelles, et n'admettre que celles qui sont certaines et indubitables; ce qui est la même chose que si j'avais dit que, pour prendre garde que dans un panier plein de pommes il n'y en ait quelques-unes qui soient gâtées, il les faut toutes vider du commencement et n'y en laisser pas une, et puis n'y remettre que celles qu on aurait reconnues être tout à fait saines, ou n'y en mettre point d'autres; mais notre auteur, ne comprenant pas, ou plutôt feignant de ne pas

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comprendre un raisonnement d'une si sublime spéculation, 8*e8t principalement ëtonné de ce qu*on disait qu'il n*y avait rien qu'il ne Mût rejeter; et passant cel^ longtemps et souvent dans son esprit, il se Test si fortement imprimé dans son imagination, qu'encore qu*à présent il ne combatte le plus souvent que contre un rien et un fantôme, il a toutefois bien delà peine à s'en défendre.

PP. Après un combat si heureusement entrepris et achevé, devenu superbe par Topinion de la victoire, il attaque un nouvel ennemi qu'il croit encore être mon ombre : car elle se présente sans cesse à sa fantaisie ; mais il la compose d'une autre manière, à savoir, de mes paroles. « Je connais que j^existe , et « je recherche quel je suis, moi que je connais, » etc. Et parce qu'il ne la reconnaît pas si bien que la précédente, il se tient plus sur ses gardes, et ne l'attaque que de loin. La première pierre ou le premier dard qu'il lui jette est cdui-ci : a Pourquoi « le cherchez-vous si vous le connaissez?» Et pour ce qu'ail s'imagine que son ennemi, pour recevoir et soutenir ce coup, lui présente aussitôt ce bouclier : « Je connais que je suis, et ne « connais pas quel je suis, d tout aussitôt il lance contre elle ce long javelot: « Gomment pouvez-vous connaître quel vous êtes, « si ce n'est ou par les choses que vous avez autrefois connues, fl( ou par celles que vous connaîtrez ci-^près? Ce ne sera pas par « celles que vous avez autrefois connues; elles sont pleines de « doute, vous les avez toutes rejetées : ce sera donc par cdles « que vous ne connaissez pas encore et que vous connaîtrez ci- « après. » Et, croyant de ce coup avoh- terrassé et effrayé cette pauvre et misérable ombre, il s'imagine qu'il l'entend qui s'écrie: a Je ne sais pas encore si ces choses-là existent ; » et alors sa colère se changeant en pitié, il la console par ces paroles : « Ayez bonne espérance, vous le saurez quelque jour. » Et aussitôt il suppose que cette pauvre ombre, d'une voix plaintive et suppliante, lui répond : « Que ferai-je cependant? » Mais lui, d'un ton ipipérieux et superbe, tel qu'il convient à un victorieux, lui repart : « Vous aurez patience. » Et toutefois, conune il est bonasse, il ne la laisse pas longtemps en suspens ; mais, gagnant derechef ses détours ordinaires, « déterminément, infc déterminément ; clairement, confusément, » et ne voyant personne qui le suive, il se réjouit de sa victoire, et triomphe tout seul. Toutes lesquelles choses sont sans doute très-propre»

ftUR LES SEPTIÈMES OBJECTIONS. 483

à foire rire, étant dites par un homme qui, contrefaisant le grave et le sérieux, vient à dire quelque trait de raillerie à quoi Ton ne s*attendait point.

Mais, pour voir celaplus clairement, il faut se figurer notre acteur comme un personnage grave et docte, lequel, pourimpugner celte méttiode de rechercher la vérité qui veut qu'ayant rejeté foutes les choses où il y a la moindre apparence de doute, nous commencions à philosopher par la connaissance de notre propre existence, et que de là nous passions à la considération de notre nature ; lequel, dis-jè, tâche de montrer que par cette voie Ton ne saurait étendre plus avant sa connaissance, et qui pour le faire se sert de ce raisonnement : a Puisque vous connaissez « seulement que vous êtes, et non pas quel vous êtes , vous ne « le sauriez apprendre par le moyen des choses que vous avez a autrerois connues, puisque vous les avez toutes rejetées : donc « ce ne peut être que par le moyen de celles que vous ne conc( naissez pas encore. » A quoi un enfant même pourrait répondre que rien n*empêche qu'il ne le puisse apprendre par les clïoscs qu'il connaissait auparavant, à cause que, quoiqu'il les eût toutes rejetées pendant qu'elles lui paraissaient douteuses, il les pouvait néanmoins par après reprendre quand il les aurait reconnues pour vraies. Et, de plus, quand il lui aurait accordé qu'il ne pourrait rien apprendre par le moyen des choses qu'il aurait autrefois connues, au moins le pouiTait-il par le moyen de celles qu'il ne connaissait pas encore, mais qu'avec le soin et la diligence qu'il pourrait apporter, il pourrait connaître par après. Mais notre auteur se propose ici un adversaire qui ne lui accorde pas seulement que la première voie lui est bouchée, mais qui se bouche lui-même celle qui lui reste en disant : «Je a ne sais pas si ces choses-là existent. » Comme si nous ne pouvions acquérir de nouveau la connaissance de l'existence d'aucune chose, et comme si l'ignorance de l'existence d'une chose pouvait empêcher que nous n'eussions aucune connaissance de son essence ! Ce qui sans difficulté est fort impertinent. Mais il fkît allusion à quelques-unes de mes paroles ; car j'ai écrit en quelque endroit qu'il n'était pas possible que la connaissance que j'ai de l'existence d'une chose dépendît de la connaissance de celles dont l'existence ne m^est pas encore connue ; et ce que j^ai dit seulement du temps présent, il le transfère au temps futur, conune si, de ce que nous ne pouvons présentement voir

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les personnes qui ne sont pas encore nées, mais qui naltroDi cette année, il s'ensuivait que nous ne les pourrions jamais voir. Car certainement il est manifeste que la connaissance présente que Ton a d'une chose actuellement existante ne dépend point de la connaissance d'une chose que Ton ne sait pas encore être existante ; car de cela même que Ton conçoit une chose comme appartenant à une chose existante, on conçoit nécessairement en même temps que cette chose existe. Mais il n'en est pas de même à Tégard du futur ; car rien n'empêche que la connaissance d'une chose que je sais être existante ne soit augmentée par celle de plusieurs autres choses que je ne sais pas encore exister, mais que je pourrai connaître par après quand je saurai qu'elles lui appartiennent.

Après il continue, et dit : « A^ez bonne espérance, tous le « saurez quelque jour. » Et incontinent après il ajoute : a Je ne « vous tiendrai pas longtemps en suspens. » Par lesquelles paroles il \eut que nous attendions de lui ou qu il démontrera que par la >oie que j'ai proposée on ne saurait étendre plus avant sa connaissance; ou bien, s'il suppose que son adversaire même se Test bouchée, ce qui pourtant serait impertinent, qu'il nous en ouvrira quelque autre. Mais néanmoins il ne nous dit rien autre chose sinon : « Vous savez quel vous clés indétermitt nément et confusément, mais non pas détenninément et dai- « rement. » D'où Ton peut, ce me semble, foiibieu conclure que nous pouvons donc étendre plus avant notre connaissance, puisqu'en méditant et repassant les choses avec attention en notre esprit, nous pouvons faire que celles que nous ne connaissons que confusément et indétcrminément nous soient par après connues clairement et détenninément ; mais nonobstant cela il conclut que a ces deux mots seuls, détenninément et in- « déterminément, sont capables de nous arrêter un siècle ente lier, )) et partant que nous devons chercher une autre voie : par toutes lesquelles choses il fait si bien paraître la bassesse et la médiocrité d'un esprit, que je doute s'il eût pu rien inventer de mieux pour simuler celle du sien.

QQ. « Je suis, dites-vous. — Je le nie. Vous poursuive : Je « pense. — Je le nie, » etc. 11 recommence ici le combat contre la première ombre qu'il avait attaquée, et, croyant l'avoir taillée en pièces du premier coup, tout glorieux il s'écrie : « Voilà « sans doute un trait bien hardi et remarquable; j'ai d'un seul

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« coup tranché la tête à tout. y> Mais, d'autant que cette ombre ne tire sa vie que de son cerveau, et qu'elle ne peut mourir qu'avec lui, tout en pièces qu'elle est, elle ne laisse pas de revivre ; et, mettant la main à la conscience, elle Jure qu'elle est et qu'elle pense. Sur quoi, s'étant laissé fléchir et gagner, il lui permet de vivre et de dire même, après avoir repris ses esprits, tout plein de choses inutiles ou impertinentes auxquelles il ne répond rien, et à l'occasion desquelles il semble plutôt vouloir contracter amitié avec elle. Après quoi il passe à d'autres galanteries.

RR. Premièrement, il la tance ainsi : a Vous demandiez na- « guère qui vous étiez ; maintenant vous ne le savez pas seule- « ment, mais vous en avez même une claire et distincte no- <x tion. » Puis après il la prie « de lui faire voir cette notion claire « et distincte, pour être récréé de sa vue. » Après cela il feint qu'on la lui montre, et dit : « Je sais certainement que je suis, a que je pense, que je suis une substance qui pense ; il n'y a « rien à dire à cela, n II prouve ensuite que cela ne suffit pas par cet exemple : a Vous connaissez qu'il n'y a point de montagne c( sans vallée ; vous avez donc une notion claire et distincte « d'une montagne sans vallée. » Ce qu'il interprète ainsi : « La notion que vous avez est claire, parce que vous la con- « naissez certainement ; elle est distincte, parce que vous ne « connaissez rien autre chose ; et partant cette notion claire et ce distincte d'une substance qui pense, que vous formez, con- (( siste en ce qu'elle vous représente qu'une substance qui pense <c existe, sans penser au corps, à Fâme, à l'esprit ou à autre (c chose, mais seulement qu'elle existe. » Enfin, reprenant de nouvelles forces, il s'imagine voir là un grand appareil de guerre et de vieux soldats rangés en bataille qu'il renverse tous avec le souffle de sa parole, sans qu'il en reste pas un. Au premier soufQe il pousse ces mots : « Du connaître à l'être la « conséquence n'est pas bonne ; t» et en même temps il porte en forme de drapeau une table où il a mis à sa fantaisie la division de la substance qui pense. Au second il pousse ceux-ci : « Déterminément, indéterminément ; distinctement, confusé- « ment ; explicitement, implicitement. » Et au troisième ceuxci : « Ce qui conclut trop ne conclut rien. )> Et voici comme il s'explique : « Je connais que j'existe, moi qui suis une sub- « stance qui pense ; et néanmoins je ne connais pas encore

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