PREMIÈRE INSTANCE SUR LA REPONSE A LA QUATRIEME DIFFICULTÉ
( i. c J avoue que je ne .sais point si elles sont absolument infinies ou non. »
Vous ne pouvez pourtant pas ignorer qu elles sont àb&olument ou infinies ou véritablement finies, quoiqu'il ne vous soit pas si facile de déterminer si c'est l'un ou l'autre : toutefois ce pourront ètrelpour vous un signe assez certain de l'infinité du monde , que vos tourbillons qui ne se rompent point , et auxquels il ne se fait pas la moindre fentfe. Pour moi en mon particulier , je déclare librement que , bien que je puisse souscrire hardiment à cet axiome , te monde est fini, ou non fini j ou , cè qui est ici la même chose, le monde est infini, mon esprit ne sauroit pourtant comprendre comme il faut l'infinité de quelque chose que ce* soit; mais il arrive ici à moii imagination cê que' iules Scaliger dit quelque part de la dilatation' et de la contraction des anges» qu'ils ne peuvent s'étendre à l'infini , ni se réduire à un point imperceptible ; cependant quand on recon-
noît Dieu positivement irifun , c'est-à-dire existant partout, comme vous faites avec raison, je ne vois pas qu'on puisse hésiter raisonnablement d'admettre sur-le-champ qu'il n'est oisif nulle part, mais qu'il a produit partout de la matière avec la même puissance et la même facilité qu'il a créé celle dans laquelle nous vivons , ou bien celle jusqu'où nos yeux et notre esprit peuvent s'étendre ; mais je m'aperçois que je m'étends plus loin que je ne m'étois proposé : j'arrête cette ardeur de mon esprit , de peur de vous déplaire.
2. Lorsque vous dites , <r si elle est seulement in- » finie par rapport à nous, elle sera réellement » finie, »
Cela est vrai , et j'ajoute de plus que c'est une conséquence très claire et très certaine , parceque la particule seulement exclut entièrement toute infinité de la chose , qui est dite infinie seulement par rapport à nous, et par conséquent ce sera une extension réellement finie , et que mon esprit comprend parfaitement, puisque je suis évidemment Certain que le monde est ou fini ou infini, comme je l'ai dit ci-dessus.
3. • Car c'est supposer que Dieu a des parties » séparées les unes des autres , qu'il est divisible ; * et c'est lui attribuer l'essence des corps. »
Non , ce n'est pas lui en attribuer; car je nie que
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l'étendue convienne au corps en tant que corps, mais seulement en tant qu'être, ou du moins en tant que substance ; outre cela , puisque Dieu, autant que notre esprit peut le comprendre , est tout entier partout , et que son essence entière se trouve présente dans tous les lieux ou dans tous les espaces , et dans chaque point de ces espaces , il ne s'ensuit point qu'il auroit des parties séparées les unes des autres , ou , ce qui en est une conséquence , qu'il seroit divisible , quoiqu'il occupe entièrement et précisément tous les lieux , sans laisser aucun intervalle vide , ce qui fait que je reconnois la présence de Dieu , ou la grandeur divine, comme vous l'appelez, capables d'être mesurées, sans que Dieu soit pour cela en aucune façon divisible. Que Dieu occupe et remplisse chaque point du monde , c'est ce que tous les philosophes et les ignorants avouent également et dont j'ai une idée claire et distincte , et que mon esprit embrasse sans peine : son essence divine est la même au dedans et au dehors du monde; en sorte que si nous supposons le monde enfermé ou terminé par le ciel visible des étoiles , le centre de l'essence divine et sa présence totale se réitérera hors du ciel étoilé , de la même manière que nous la concevons clairement au dedans. Or cette réitération du centre divin qui occupe lé monde, continuée plus loin, doit développer aVecsdihors
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du ciel visible des espaces infinis , et si elle n'est accompagnée de vQtre matière indéfinie, adieu vos tourbillons ; mais afin que ceci se fesse mieux admettre à l'esprit, essayons ce raisonnement sur la durée successive de Dieu.
Dieu est éternel, c'est-à-dire la vie divine embrasse les révolutions de tous les siècles, et Tordre des choses passées ,Yutures et présentes ; cependant cette vie éternelle est présente à tous les instants du temps et les suit pas à pas , en sorte qu'on peut dire avec justice et vérité que Dieu jouit de son éternité depuis tanj; de jours, de mois et d'heures. Far exemple, si ft©Vrô supposons que le monde a été créé depuis cent éms, cette éternité de Dieti entière, et qui eiftbrasse tout, iï'âura-t- elle pas duré jusqu'à ce jour par de$ heures , des jours , des mois et des années , c'est-à-dire cent ans qui se seront succédé jusqu'à ce jour : or Dieu n'est point autre depuis la création du monde qu'il a été auparavant.
Il est donc manifeste qu'outre l'éternité infinié,; la succession de durée convient encore à Dieu. Cela supposé , pourquoi ferons-nous difficulté de lui attribuer une extension qui remplisse des espaces infinis , aussi bien qu'une succession infinie" de durée.
Bien plus, toutes les fois que je reprends de plus haut et plus originairement ceè choses, je suis
dans ce sentiment , que Tune et l'autre extension , tant de l'espace que du temps , conviennent également aux non êtres et aux êtres ; et je me doute qu'on peut également se former un préjugé, que toutes les choses étendues sont corporelles , sur ce que tout ce que nous manions et ce que nous âentotts, qui est solide et corporel, est étendu, que cet autre préjugé, qu'il y a des choses non corporelles étendues.
Et, ce qui me fait conjecturer que l'étendue tombe aussi sur le non-être , c'est qu'être étendu ne dénote autre chose que des parties qui existent hors d'autres parties; or la partie et le tout, U sujet et l'adjoint) la cause et l'effet, les contraires et les relatifs 9 les contradictoires et les privatifs, et autres semblables , ne sont que termes de logique, et nous les appliquons également aux non-êtres comme aux autres; d'où il ne suit pas que tout ce que nous concevons avoir des parties existantes les unes hors des autres doive être conçu comme un être réel. ê
Mais combien de fois l'esprit humain lutte ici avec son ombre , semblable à ces petits chiens qui courent après leur queue: car notre esprit se forge' de tels combats ou de tels jeux , lorsque considérant les raisons et les modes de logique sur le pied des choses extérieures , il ne fait pas réflexion que ce sont seulement des manières de penser; mais
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croyant que c'est quelque chose de distinct dans les choses mêmes , il se joue jusqu'à se fatiguer en tâchant d'attraper , pour ainsi dire , sa propre queue r et se trouve comme pris dans des filets» Mais j'ai discouru ici imprudemment plus que je ne voulois; je passe à ce qui reste.